B. « FAMILLES ET SOCIETES ». QUI SONT VRAIMENT LES CATHOLIQUES ?

Posté par papaours le 20 mars 2017

« La Croix » et « Pèlerin » rendent publics les résultats d’une enquête réalisée à la demande du groupe Bayard par l’institut Ipsos et les sociologues Yann Raison du Cleuziou et Philippe Cibois. Cette étude montre que près d’un quart de la population française est engagé par rapport à l’Église, quelles que soient ses modalités d’engagement. Elle met aussi en lumière l’extrême diversité du catholicisme, en dégageant six profils types de catholiques.

 1.   SOMMAIRE

Une vaste étude sociologique commandée par le groupe Bayard et publiée conjointement par La Croix et Pèlerin, présente sous un jour inédit la composition du catholicisme français.

Les deux auteurs ont distingué six profils types, qui sont autant d’outils pour essayer de comprendre les logiques à l’oeuvre dans un monde catholique plus divers qu’il n’y paraît.

Que représentent les catholiques en France ? Les 5 % de la population qui, selon les sondages, vont à la messe régulièrement, ou les 53 % qui se disent catholiques? C’est un autre nombre que fait apparaître la vaste enquête confiée par le groupe Bayard à l’institut de sondage Ipsos sous la houlette de deux sociologues, Philippe Cibois et Yann Raison du Cleuziou : la France compte 23 % de catholiques « engagés », c’est-à-dire qui se sentent rattachés à la vie de l’Église par leurs dons, leur vie familiale, leurs engagements.

L’étude sort ainsi de la distinction habituelle entre pratiquants et non-pratiquants et intègre ceux qui n’assistent pas à la messe régulièrement « mais qui se considèrent quand même comme catholiques parce qu’ils vivent leur foi autrement », notent les auteurs. Cette étude donne ainsi, pour la première fois, une idée de l’influence réelle de l’Église dans la société, et propose une approche nouvelle du sujet, en définissant six « familles » de catholiques (voire. 3 à 5). Elle permet aussi de sortir d’une vision schématique selon laquelle des catholiques « identitaires », votant Fillon et défendant les crèches, s’opposent à des « cathos de gauche » ouverts mais vieillissants.

Pour mieux rendre compte d’une réalité bien plus complexe et nuancée, Yann Raison du Cleuziou et Philippe Cibois ne font pas disparaître le critère de la pratique religieuse, mais ils l’enrichissent considérablement. Depuis les années 1930, les catholiques sont repérés, classifiés, étudiés en fonction de leur participation ou non à la messe dominicale. Aujourd’hui, ce critère ne suffit plus à rendre compte du rapport des Français à l’Église. C’est d’ailleurs l’un des grands enseignements de l’enquête, que Yann Raison du Cleuziou résume ainsi: « Le catholicisme français est devenu une réalitéfestive. » Autrement dit, la pratique de l’immense majorité des catholiques français se limite aux événements de la vie (baptême, mariages, décès) et aux grandes fêtes. Quant aux pratiquants heb­domadaires, ils représentent… 1,8 % de la population française.

Trois « familles » se distinguent par leur assiduité à la messe domi­nicale -. les « conciliaires », les « observants » et les « inspirés ». Trois catégories, qui ont aussi en commun la multiplicité de leurs activités religieuses: prier le chapelet, faire des pèlerinages, soutenir des associations, lire la presse confessionnelle… « Plus un catholique va à la messe, plus il multiplie les engagements », affirme Yann Raison du Cleuziou. Toutefois, tous privilégient des dévotions individuelles (prier chez soi, allumer un cierge dans une église…), relève le sociologue. Quant aux catholiques peu pratiquants, il souligne également, brisant une autre idée très répandue dans les paroisses, qu’« ils ne sont pas demandeurs de participer davantage », notamment à la messe. L’enquête Ipsos dessine ainsi un monde catholique en forme de pyramide : à la base, une immense majorité de faibles pratiquants ; au sommet, une fine pointe de pratiquants « zélés » et multi-engagés. Mais ces derniers, si minoritaires soient-ils, ne sont pas homogènes. Ce qui les distin­gue ? Une forme de hiérarchie des valeurs, qui sépare ceux qui se si­tuent du côté de « l’hospitalité » et ceux qui donnent la priorité à la « sécurité ». La question de l’ac­cueil des migrants est au centre de cette distinction : les premiers y sont généralement favorables, et sont souvent des admirateurs du pape François ; les seconds défendent plutôt le catholicisme comme élément constitutif d’une identité, et perçoivent parfois, de ce point de vue, les migrants comme une menace. La question du vote reste très nuancée dans toutes les catégories, même si on observe des dominantes attendues (les « conciliaires» et les « saisonniers fraternels » votent plus souvent à gauche ou au centre droit; les « observants » et les « inspirés » à droite).

De manière générale, les clés de compréhension qu’offre cette typologie des six familles de catholiques engagés mettent en évidence la très grande diversité des opinions et des pratiques des catholiques français, et invitent à la prudence face à la tentation de les considérer comme un groupe homogène. Ainsi de « La manif pour tous », dont certains ont pu penser qu’elle avait rassemblé la majorité des catholiques français. L’étude montre au contraire que seuls 6 % d’entre eux ont participé aux grandes manifestations contre le mariage homosexuel, quand 73 % n’ont pas souhaité y prendre part.

(Texte de Anne-Bénédicte Hoffner et Gauthier Vaillant).

2.   La méthodologie de l’enquête

La méthodologie de l’enquête

Pour réaliser l’enquête « Chrétiens engagés », l’institut Ipsos a extrait d’un échantillon représentatif de la population métropolitaine âgée de 18 ans et plus, de 28 204 personnes, une sous-population de 15 174 personnes se désignant comme catholiques (pratiquantes ou non). Elles représentent 53,8 % de la population. Ce groupe se subdivise en fonction du rapport à la pratique de la messe.

Parmi eux, il a pu être constitué un nouvel échantillon (1 007 enquêtés) représentatif des catholiques considérés comme des « catholiques engagés », c’est-à-dire:

  • les catholiques pratiquants (hebdomadaire, quelques fois par mois, grands rassemblements, grandes fêtes religieuses), qu’ils se déclarent « engagés » ou non ;
  • les catholiques non-pratiquants qui se déclarent « engagés ».

L’enquête a été réalisée en juin 2016 par la méthode des quotas. La marge d’erreur pour un pourcentage donné dépend de la taille du sous-échantillon traité. Pour une population de 1 000 la marge d’erreur est environ de 3 %: elle peut être de 5 % pour une population de 500 et de 7 % pour une population de 200.

 3.   Les résultats de l’enquête

 

3.1    Les saisonniers fraternels

Ce qu’ils représentent : 26 %.

Ce qui les distingue : 87 % en faveur des migrants.

Pour eux, Jésus est : l’exemple de l’amour vécu. Ils sont moins attachés à sa personne qu’aux valeurs qu’il incarne (la générosité, l’accueil, l’ouverture aux autres).

Être catholique, c’est : être baptisé, vivre le partage.

Leur spiritualité : leur foi ne trouve pas forcément ses mots mais se manifeste dans des engagements solidaires et dans la convivialité des fêtes vécues en famille. Ils apprécient les belles célébrations et portent le désir de transmettre à leurs enfants l’héritage religieux reçu dans leur enfance.

Leur pratique : marquée par le rythme saisonnier; ils vont à la messe pour Noël, Pâques, la Toussaint… La dévotion qui leur est la plus familière est le don d’argent à des organisations caritatives.

Leur lieu : la paroisse. Comme les festifs culturels, ils sont peu engagés, mais on peut trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie : hétérogène. On a peu d’informations sur eux, notamment sur leur âge, mais on peut faire l’hypothèse que ce sont d’anciens conciliaires ou ,les enfants de ces derniers qui vont moins souvent à la messe.

Leurs figures de référence : l’abbé Perre, Sœur Emmanuelle… Ils sont très majoritairement favorables au pape François, devant les inspirés et les observants.

Leur vote : orientés vers la gauche et le centre droit. Ce sont les plus hostiles au FN et à la  « La manif pour tous ». A une immense majorité, ils sont pour un accueil inconditionnel des migrants.

Fiches réallisées par Céline Hoyeau et Yann Raiszon du Cleuziones réalisées par Céline Hoyeau inn Raison du Cleuziou.

Exemple type : BRUNO DE BOISGELIN

63 ans, retraité

Issu d’une famille de huit enfants, fils de parents très pratiquants – un « exemple de vie » pour lui -, Bruno de Boisgelin a longtemps fréquenté l’église de son village avec assiduité. Jeune homme, il a même intégré pendant deux ans le grand séminaire d’Avignon. « Puis j’ai pris beaucoup de recul sur la religion en général, et sur l’Église en tant qu’institution en particulier », affirme cet ancien directeur de cabinet de la mairie socialiste de Bourg-lès-Valence (Drôme) aujourd’hui retraité.

Mais sa vie ne s’est pas pour autant déroulée à l’écart du christianisme. « Ce qui m’a toujours guidé, ce sont les Évangiles, déclare-t-il, car ils sont porteurs de deux valeurs fondamentales: l’amour et la liberté ». Ainsi, s’il ne se rend pas chaque semaine à la messe dominicale, Bruno de Boisgelin cultive cet attrait et se rend volontiers à l’église pour les grandes fêtes, qui sont autant d’occasions de retrouver sa grande famille, notamment ses trois filles. « Quand je vais à la messe, c’est avant tout pour vivre des temps de partage avec des gens que j’aime », décrit-il, mettant en avant l’importance de la prière « comme un temps personnel de ressourcement ».

Désireux de mettre en pratique les valeurs auxquelles il croit, au premier rang desquelles la fraternité, Bruno de Boisgelin a été engagé en politique pendant de nombreuses années. Encarté au Parti socialiste, cet humaniste, admiratif de l’abbé Pierre et du pape François, a aussi été très investi dans le tissu associatif de la Drôme. Pour lui, l’accueil des migrants doit être inconditionnel : « J’aurais aimé que les chrétiens descendent aussi nombreux dans la rue pour demander des conditions dignes pour les réfugiés et contre les inégalités que pour « La manif pour tous »… »

(Texte de Marie Malzac)

 

3.2    Les festifs culturels

Ce qu’ils représentent : 45 %.

Ce qui les distingue : 59 % hostiles à l’accueil des migrants.

Pour eux, Jésus est: le fondateur de leur religion.

Etre catholique, c’est être baptisé

Leur spiritualité : la religion est de l’ordre du patrimoine commun, elle est un élément important de leur identité. Elle est essentiellement là pour rassurer, pour apporter une protection à leur famille.

Leur pratique : ils  vont à l’église pour les rites de passage, les fêtes de famille – mariages, baptêmes, enterrements. Ils demandent des rites à l’Église mais peuvent les vivre avec une certaine distance. Ils allument un cierge, donnent à des associations caritatives… Ils sont attachés à l’aspect culturel, au folklore et aux traditions (les crèches, le clocher…). Ils appré­cient assez la messe en latin.

Leur lieu : la paroisse, mais souvent ils décrochent de la pratique avec les regroupements paroissiaux. Ils sont faiblement engagés, mais on peut les trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie: ce sont ceux qu’on appelait les « non-pratiquants ». Ils représentent la plus grande masse des catholiques engagés. Ils sont de milieu populaire mais pas uniquement.

Leur figure de référence : une marraine, … une grand-mère.

Leur vote : orienté à droite ; c’est le groupe qui a le plus fort électorat FN, même s’il reste minoritaire (22 %, correspondant la la moyenne nnationale). Très peu favorables à la « manif. Pour tous », ils ont un taux élevé de défiance à l’égard du Pape dont ils n’acceptent pas les prises de position sur les migrants. À leur égard, ils sont très hostiles.

 

Exemple type : Sabine Brossard

 

43 ans, responsable magasin

Quand le diacre qui les préparait au baptême de leurs enfants leur a demandé pourquoi elle et son mari n’étaient pas mariés religieusement, Sabine l’a reconnu: elle aurait bien aimé se marier à l’église, « avec la robe blanche », mais ils avaient déjà leurs deux garçons, quand elle et son mari sont passés à la mairie.

Peu importe, « l’essentiel », pour cette chaleureuse responsable d’une boutique de prêt-à-porter à Cholet, était que ses enfants soient baptisés: « C’était quelque chose de fort pour moi. Je sais qu’au-dessus de moi, il y a quelqu’un qui va les protéger. C’est ma conception de l’Église. Ceux que j’ai aimés et qui sont morts aussi vont les protéger. Parfois dans les épreuves, je leur dis: protégez-moi. »

Sabine ne va à l’église que pour les baptêmes et les enterrements, mais elle se dit heureuse d’être marraine plusieurs fois. Son lien à l’Église et à ses racines catholiques, elle le doit à sa grand-mère, morte il y a un peu plus d’un an, et à laquelle elle était très attachée: « Quand on partait en voyage, elle nous disait qu’elle allait prier pour nous. Ça a beaucoup compté pour moi et je fais comme elle. Ce ne sont pas vraiment des prières mais plutôt des pensées, ça me rassure. »

Souvent, il lui arrive d’aller déposer un cierge à la chapelle de Haute-Foy, dans la campagne de son enfance. Elle et son mari ne manquent jamais une occasion de s’arrêter pour visiter les églises quand ils voyagent – « les clochers sont le symbole de notre religion! » – mais aussi les autres lieux de culte. « En vacances au Maroc, raconte-t-elle, nous avons pris un guide pour nous présenter la mosquée et nous aider à mieux comprendre l’islam. Nous avons des amis musulmans mais nous voulons mieux comprendre. »

(Texte de Céline Hoyau)

3.3    Les observants

Ce qu’ils représentent : 7 %

Ce qui les distinguent : 65 % ont défilé ou auraient voulu défiler<à « la manif. Pour tous ».

Pour eux, Jésus est : le fils de Dieu, mort sur la croix pour le salut des hommes.

Etre catholique c’est : rechercher la sainteté afin d’être digne de ce salut.

Leur spiritualité : pour eux, l’accès à Dieu suppose une certaine ascèse et une mise à distance du monde. Ils sont attachés à la beauté de la liturgie et à la messe en latin.

Leur pratique: messe (ce sont eux qui y assistent le plus), pè­lerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

Leur lieu : la paroisse, choisie en raison de leurs affinités.

Leur sociologie: le noyau dur appartient à une bourgeoisie de style de vie (et non de niveau de vie): prière en famille, scolarité privée, scoutisme (Europe, SUF) … Ils ont souvent été en contact avec des communautés nouvelles (soit traditionalistes, comme la Fraternité Saint-Pierre, soit néoclassiques, telles les communautés Saint-Jean ou Saint-Martin, soit charismatiques). Ils se pensent comme une minorité investie de valeurs universelles, y compris au sein de l’Église dont ils dénoncent les dérives des années 1970, sans pour autant être hostiles au concile Vatican Il… Ils se donnent pour mission de restaurer la vérité du catholicisme.

Leurs figures de référence, Fabrice Hadjadj, François-Xavier Bellamy, Jean-Paul II, Benoît XVI…

Leur vote : surtout à droite. Très proches de « La manif pour tous » (seul groupe où la mobilisation a été majoritaire) et « pro-life », ils se sentent porteurs du modèle de la famille catholique. Ils sont une majorité à se défier des migrants (et de l’islam dans une moindre mesure) et critiquent beaucoup le pape François.

 

Exemple type : Henri de Fraguier

 

24 ans, étudiant

Être désigné comme un catholique observant, Henri de Fraguier l’accepte bien volontiers. Et pour cause : élevé dans l’Ouest parisien, passé par toutes les étapes du scoutisme, de louveteau à chef de troupe (chez les Scouts Europe), cet aîné d’une famille catholique va à la messe tous les dimanches (en français, mais il apprécie aussi le latin), parfois en semaine quand il a du temps. Très marqué par Benoît XVI, il a participé aux JMJ de Madrid en 2011, et organisé la logistique de son groupe à Cracovie, l’été dernier.

Pour lui, la foi, c’est « croire en un Dieu qui nous a créés pour être en relation avec lui, chercher à vivre cette relation et tendre vers la sainteté ». C’est ce qu’il explique aux élèves de seconde à qui il donne un cours de caté chaque semaine dans le 18° arrondissement à Paris, un engagement proposé par le parcours Even qu’il a suivi pendant quatre ans pour consolider sa propre foi. « Ceux qui suivent mes cours ne sont pas forcément cathos. Ces jeunes se posent plein de questions auxquelles les médias et l’école ne répondent pas », confie-t-il, heureux de se confronter à cette réalité bien différente du milieu dans lequel il évolue traditionnellement.

Attaché à la protection de la vie « de ses débuts à sa fin », ainsi qu’aux valeurs familiales, Henri s’est engagé dans « La manif pour tous » dès 2013 et, depuis, en recrute les volontaires. Passionné par les questions politiques, l’étudiant en master 2 d’affaires publiques est sensible à la question de l’identité et au respect des valeurs chrétiennes, cite le pape François lorsqu’il invite à une certaine prudence dans l’accueil des migrants et ne cache pas une sensibilité politique de droite.

(Texte de Céline Hoyeau)

 3.4    Les conciliaires

Ce qu’ils représentent : 14 %

Ce qui les distinguent : 61 % aiment le Pape François.

Pour eux, Jésus est : celui qui témoigne de la miséricorde de Dieu en brisant les frontières de l’exclusion.

Etre catholique, c’est : rompre avec la logique exclus / ayants droit; la transcendance se découvre, pour eux, dans la communion avec tous les hommes.

Leur spiritualité : rappeler à tous les hommes leur commune dignité d’en­fants de Dieu (avec une méfiance à l’égard d’une « Église des purs ». S’ils avaient à choisir un passage de l’Évangile, ce serait le pardon à la femme adultère, la rencontre avec la Samaritaine ou avec Zachée. Ils sont hostiles à la messe en latin.

Leur pratique : messe, pèlerinage (à Lourdes plus qu’à Paray-le-Monial), chapelet… Ils figurent, avec les observants, parmi les plus zélés.

Leur lieu : la paroisse ; les structures diocésaines dans lesquelles ils sont omniprésents ; les mouvements comme le Secours catholique… Ils sont engagés dans tous les domaines, du caritatif à la défense de la famille.

Leur sociologie : ce groupe est assez hétérogène.

Leurs figures de référence : Sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre, Guy Gilbert, le jésuite Joseph Moingt…

Leur vote : ce sont ceux qui se positionnent le plus à gauche (plus d’un tiers), mais on les trouve aussi au centre droit et à droite. Ils sont majoritairement opposés au Front national.

Ce sont les plus fervents admirateurs du pape François. Ils sont assez proches de « La manif pour tous » et majoritairement favorables à l’accueil des migrants.

 

Exemple type : Hervé Dagommer

72 ans, retraité

Engagé, Hervé Dagommer l’est sans aucun doute. Marié « avec une sainte », père de quatre enfants – dont un seul pratique – et grand-père de dix petits enfants, il a toujours pris des responsabilités dans sa paroisse. Tout en travaillant comme associé dans une société informatique, il a géré pendant vingt ans la préparation des baptêmes dans sa paroisse de Rueil (Hauts-de-Seine). Depuis sa retraite, le rythme n’a fait qu’accélérer: économe de la paroisse, il fait partie aussi de la chorale et de l’équipe d’accompagnement des familles en deuil. Pour mieux « transmettre la foi de l’Eglise », qui est aussi la sienne Hervé Dagommer, qui « pélerine peu » a « du mal à prier », mais se rend à la messe « au moins deux ou trois fois par semaine » a suivi pendant sept ans et avec succès le cycle C de l’Institut catholique de Paris pour se former en théologie. « Parce qu’ils sont dans l’épreuve, les gens que je rencontre en préparant les funérailles sont à l’écoute. Implicitement, ils me demandent à quoi je crois ». Avec eux, Hervé Dagommer aime revenir à l’essentiel : non pas seulement  « un humanisme vague » mais cette foi en Dieu qui lui donne « une espérance ».

Lui qui n’a jamais voté à gauche mais plutôt au « centre droit », était de la première « manif pour tous », mais a considéré ensuite que « l’Église se trompait de combat ». Il estime que le pape François, lui, a « vraiment compris les enjeux actuels » pour l’Église: ne pas se concevoir comme une « Église de purs » -une tendance qu’il décèle chez les quadragénaires de sa paroisse – mais sortir « pour annoncer la bonne nou­velle ». Et rappeler à la société son rôle d’accueil. À la fin des années 1970, il a rénové une maison pour des boat people vietnamiens. L’an dernier, il a eu « honte » que la France n’ait pas accueilli plus de réfugiés

(Texte de Anne-Bénédicte Hoffner)

3.5    Les inspirés

 Ce qu’ils représentent : 5 %

Ce qui les distingue: 34% votent « Les républicains »

Pour eux, Jésus est : une personne rencontrée lors d’une expérience de conversion, avec qui ils entretiennent une relation personnelle, un dialogue quasi continu.

Être catholique, c’est: se convertir toujours plus intégralement, faire entrer Jésus dans tous les aspects de sa vie. Leur foi est une histoire d’amour, un chemin vers le bonheur.

Leur spiritualité : pour eux, la foi se transmet par le témoignage. Ils accordent une grande importance à la liturgie, attendant de la messe qu’elle soit communautaire, vivante et recueillie. Comme les observants, dont ils sont proches, ils apprécient la messe en latin.

Leur pratique: messe, en particulier dans les rassemblements ; pèlerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

 

Leur lieu. la communauté charismatique (l’Emmanuel, Chemin Neuf, Fondacio… ) ou la paroisse qui lui a été confiée, le groupe de prière… Ils attendent de l’Église un visage spirituel.

 

Leur sociologie: ils se présentent comme des convertis alors qu’ils ont souvent grandi dans une famille catholique. Mais ils ont réinvesti leur vie de foi, jugée formaliste ou superficielle avant leur « rencontre avec Jésus ». On trouve parmi eux tous les univers sociaux et classes d’âge.

Leurs figures de référence : Tim. Guénard, Jean Vanier, Daniel-Ange, P. René-Luc…

Leur vote : orienté majoritairement à droite voire vers le FN. Pour un quart proches de « La manif pour tous », ils sont majoritairement frileux à l’égard des migrants mais favorables au pape François.

 

Exemple type : Anne-Lise Rouyer

 

34 ans, professeur d’arts plastiques à Toulouse

Dernière de six enfants, elle a grandi dans une famille catholique mais se présente comme une « convertie ». « J’avais toujours eu la foi en Dieu mais je n’avais pas encore rencontré Jésus », explique Anne-Lise Rouyer en évoquant le « cœur à cœur avec le Christ » qui a fait basculer sa vie de foi, à 19 ans, lors d’une adoration du Saint-Sacrement. À l’adolescence, après « le drame familial » de la séparation de ses parents, Anne-Lise avait cessé de pratiquer, « très déçue » d’une Église qu’elle trouvait alors « étriquée ». Sans toutefois perdre la foi. C’est par des lectures tous azimuts, y compris New Age, qu’elle découvre un jour, sans le savoir, l’oraison et reprend le chemin de l’Église, demandant à être confirmée.

Ce Jésus qu’elle a rencontré, Anne-Lise ne va « plus le lâcher ». Elle s’engage pendant sept ans aux Semeurs d’espérance, une association qui anime des veillées d’adoration et des maraudes auprès des sans-abri à Paris. Là, elle apprend à connaître ceux qui vont devenir pour elle des modèles: Daniel-Ange, Soeur Emmanuelle, le P. Ceyrac, Jean Vanier, Stan Rougier… Autant de témoins qui incarnent l’Église dont elle rêve. « Des amoureux de Jésus, avec le cœur brûlant et cette audace d’aller jusqu’au bout, dans le don d’eux-mêmes ». Jeune maman, elle regrette de n’avoir plus autant de temps pour aller à la messe en semaine ou devant le Saint-Sacrement, mais cherche à « donner le plus d’amour possible, de l’espérance et le goût du ciel ». Soucieux d’une cohérence de vie, elle et son mari ont choisi de s’installer non loin d’une fraternité Lazare, à Toulouse, où cohabitent jeunes professionnels et anciens sans-abri. À Noël, ils étaient à Saint-Girons, en Ariège, pour animer avec la paroisse une mission d’évangélisation.

(Texte de Céline Hoyeau)

 

3.6    Les Emancipés

 Ce qu’ils représentent : 5 %

Ce qui les distingue : 34% votent à gauche

 

Pour eux, Jésus est : celui qui libère l’homme de ce qui lui fait perdre sa dignité, qui invite les hommes à assumer leur liberté dans le service du prochain.

Être catholique, c’est: être pleinement responsable de sa vie, conscient des conséquences collectives de ses actes.

Leur spiritualité : passe avant tout par un engagement dans les luttes sociales et politiques contre les injustices.

Leur pratique, une lecture personnelle de l’Évangile ou des temps de partage biblique; des retraites à Taizé… Ils ont peu de goût pour la messe dominicale qu’ils jugent déconnectée de la culture contemporaine. Comme les conciliaires, ils rejettent massivement la messe en latin.

Leur lieu: forte propension à des engagements non religieux, dans des associations humanitaires ou de défense de l’environnement. On les trouve aussi dans les mouvements d’Action catholique, chez les Scouts et Guides de France, au CCFD, au Secours catholique…

Leur sociologie : communément appelés « cathos de gauch », ils regrettent que l’Église se confonde trop souvent avec une classe bourgeoise et se focalise sur la morale sexuelle. On trouve toutes les classes d’âge dans ce groupe.

Leurs figures de référence: Guy Aurenche, François Soulage, Pierre Rabbi…

Leu vote . centre droit ou PS. Ils se défient du pape François qu’ils trouvent trop timoré dans ses réformes. Ils se démarquent de « La manif pour tous ». Curieusement, ce sont aussi les plus hostiles aux migrants, les assimilant sans doute aux musulmans qui, à leurs yeux, menacent l’émancipation des femmes et la liberté des homosexuels.

 

Exemple type : François Mandil

 

38 ans, délégué national à la communication des Scouts et Guides de France

« Pour moi, la vocation du chrétien n’est pas de passer une heure par semaine dans une église. » Pourtant, François Mandil a tout à fait le sentiment d’être un catholique pratiquant. Mais autrement. « Je vis des expériences de transcendance bien plus fortes avec les pieds dans l’herbe et en regardant le ciel étoilé », résume cet amoureux du scoutisme et de la nature.

Délégué national à la communication des Scouts et Guides de France, ancien militant écologiste adepte des actions coups-de-poing pas toujours légales, il le dit sans ambiguïté: « Le premier moteur de tous mes engagements, c’est que je suis catho. » Il raconte volontiers ses deux jours de retraite chez des clarisses avant son premier fauchage d’OGM.

Incapable de prier dans une « célébration classique », « très mal à l’aise lorsque des gens se mettent à genoux », François Mandil en convient: « C’est une question de sensibilité personnelle. Je ne veux pas faire de procès car j’ai trop souffert moi-même d’être traité de mauvais catholique », assure-t-il, allusion au « mariage pour tous », auquel il était favorable. Cet altermondialiste résolu se trouve même des points communs avec les cathos décroissants de la revue Limite, pourtant conservateurs sur les sujets de société.

Pour autant, celui qui relit régulièrement le Sermon sur la montagne continue de préférer vivre sa foi en dehors des chemins balisés. « J’ai davantage eu le sentiment de rencontrer le Christ dans des cercles de silence (groupes de soutien aux sans-papiers, NDLR) que dans une messe dominicale dont je cherche parfois le sens. »

(Texte de Gauthier Vaillant)

 

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