B. « RELIGION ». Le diable en personne.

Posté par papaours le 10 août 2017

 

Chronique de Luc Ferry

Tiré du Figaro du 3 août 2017

 

« Va-t’en Satan ! » furent les derniers mots du père Hamel, cet homme tout de bonté assassiné par une crapule islamiste. On l’oublie trop souvent, mais en théologie chrétienne, le mal radical n’est pas une abstraction, un symbole qui désignerait seulement des comportements humains haineux. C’est une entité incarnée dans un personnage bien réel, le Malin, Satan. Bien qu’il s’agisse d’un esprit, c’est une personne capable de produire des effets tangibles dans le monde sensible – et la pratique dé l’exorcisme, bien que rigoureusement encadrée par l’Église, témoigne encore aujourd’hui de la force de cette conviction. Du reste, le « Notre Père », jusqu’au XVIIe siècle, se terminait par la formule « Et délivre nous du Malin », et non pas, comme aujourd’hui, « Et délivre nous du mal », le Catéchisme officiel de l’Église apportant jusque dans ces dernières éditions cette précision importante « Dans cette demande de délivrance qui clôt le « Notre Père », le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le « diable » (dia-bolos), est celui qui se jette en travers du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. » Contre les chrétiens « modernistes », soucieux d’accommoder le christianisme au goût du jour, l’Église maintient donc la doctrine selon laquelle le Diable possède une existence personnelle. N’en déplaise aux théologiens gagnés par la psychanalyse, l’Adversaire n’est pas un symbole ou une image, une fantasmagorie psychique qui serait produite par notre inconscient ou une manière métaphorique de désigner la méchanceté humaine, mais bel et bien le « Prince des démons », sinon en chair et en os, puisqu’il s’agit d’un être spirituel, du moins suffisamment puissant pour s’incarner dans le corps d’un être humain pour engendrer le phénomène de la « possession ». C’est là ce que Paul VI soulignait dans un discours en date du 15 novembre 1972 et que rappellera encore un document de la Sacrée Congrégation publié en 1975 sous le titre « Foi chrétienne et démonologie ». Voici les paroles exactes de Paul VI : « Quiconque n’admet pas l’existence du démon ou la considère comme un phénomène indépendant, n’ayant pas, contrairement à toute créature, Dieu pour origine, ou bien encore la définit comme une pseudo-réalité, comme une personnification conceptuelle et fantastique des origines inconnues de nos maladies, transgresse l’enseignement biblique et ecclésiastique… » La pratique de l’exorcisme, pour archaïque qu’elle puisse paraître, n’a donc rien de superflu aux yeux de l’Église, comme le rappelle encore son Catéchisme officiel : « Quand l’Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus – Christ, qu’une personne ou un objet soit protégé contre l’emprise du Malin et soustrait à son empire, on parle « d’exorcisme » ( .. ). L’exorcisme solennel, appelé « grand exorcisme », ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l’Évêque… Il est important de s’assurer, avant de célébrer l’exorcisme, qu’il s’agit d’une présence du Malin, et non pas d’une maladie. » Précisons que Satan est défini d’emblée comme « homicide » et « meurtrier », termes qui ne signifient pas seulement que le Diable tue comme un humain assassin, mais qu’il s’oppose au salut, à la vie éternelle. L’oeuvre du diable n’est pas de tenter les humains avec des choux à la crème ou des décolletés plongeants, mais de séparer les mortels de cette voie de Salut qu’est ce qu’Augustin appelait « l’amour en Dieu », afin qu’ils soient voués à l’enfer – c’est-à-dire à la solitude éternelle, à une absence d’amour pour l’éternité. Son véritable but est de séparer les êtres humains de cette colonne de salut qu’est la relation d’amour et de confiance (fides) avec Dieu. S’il est homicide, c’est qu’il ne se contente pas de tuer le corps mortel des hommes, mais il veut tuer pour l’éternité, son homicide étant pour ainsi dire le symétrique inverse du salut, de la vie éternelle. L’amour sauve pourvu qu’il soit en Dieu et l’oeuvre du diable est de nous faire douter de sa parole, comme le serpent de la Genèse. Le non-croyant que je suis ne croit évidemment pas au diable, mais la théologie chrétienne avait du moins à mes yeux un mérite infiniment supérieur à celui des sciences sociales, celui de nommer encore le mal radical au lieu de l’excuser par des motifs psychologiques ou sociologiques comme on a tendance à le faire aujourd’hui. C’est en ce sens à juste titre que le père Hamel a voulu désigner le mal absolu en décelant le Malin dans la personne de son assassin.

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B. « RELIGION I ». Ce que nous devons au père Hamel.

Posté par papaours le 28 juillet 2017

Tiré du Figaro du 25 juillet 2017. Article de Pierre Adrian *

 

Dans les Pyrénées, en vallée d’Aspe, vit un vieux prêtre. A 90 ans, le père Albert est à la retraite. Malgré l’âge, sa faiblesse, Albert aide toujours le curé de la vallée. Ce n’est pas grand-chose. Il passe le balai dans la sacristie, range les armoires, célèbre une messe de temps en temps. Il tourne et retourne les pages de son missel. Il oublie ses mots, Albert. Un paroissien l’aide. Et puis certaines fois il n’y a personne. Je l’ai déjà vu, seul derrière son autel, dire la messe devant des bancs vides. Le reste du temps, chapelet en main, Albert tourne lentement dans le cloître du monastère de Sarrance. Le temps ne compte plus vraiment. Il prie. Il termine ses jours en priant.

 

Quand ils ont tué Jacques Hamel, le 26 juillet 2016, j’ai immédiatement pensé à Albert. Je me suis dit : en assassinant le père Jacques, c’est le vieil Albert qu’ils tuent. Alors on imagine ces horreurs comme on peut. Moi, je voyais ces deux garçons entrer dans la chapelle de Sarrance, là-bas dans la vallée. Je les voyais s’en prendre à Albert. C’est son corps fragile qu’ils brutalisaient avec la même violence. Et ce dernier cri lâché par le père Jacques : « Va-t-en, Satan! ».» Oui, j’ai pensé à Albert. Mais combien étions-nous à songer au vieux prêtre de nos vacances ou à celui qu’on croise en ville par habitude ? En tuant le père Jacques, les terroristes tuaient tous les Albert. Tous ces hommes qui ne comptent jamais les heures pour s’occuper des autres : ce petit monde qui aurait commence sur notre palier et le parvis de l’église. Le 26 juillet 2016, le meurtre faisait un tel dégât car il ne s’agissait pas que de la vie d’un homme. On tuait la simplicité. On tuait la normalité. Ces hommes de Dieu qu’on ne voit plus, le père Jacques a sans doute permis par sa mort qu’on leur donne enfin une valeur. Celle des hommes simples qui ramènent l’âme à son quotidien. Car il y a une vie de l’âme dans la simplicité des actes ordinaires. Un service rendu, une messe de semaine; la visite à un malade, une discussion à l’heure du café… C’est cette normalité-là qu’on a frappée. Même si on n’aime pas bien ce mot-là : normalité.

 

Un auteur quiaurait un peu d’ambition écrirait une pièce de théâtre sur la mort du père Jacques, ce huis clos aux gestes sacrés. Souvenez-vous du Dialogues des Carmélites. Georges Bernanos y raconte la mort qui guette les religieuses de Compiègne pendant la Révolution. Tout y est, quand il écrit : « Ainsi chaque prière, fût-ce celle d’un petit pâtre qui garde ses bêtes, c’est la prière du genre humain » .La prière du père Jacques était déjà celle du genre humain. Elle était cette fidélité aux petites choses qui bâtissent les grandes : « Cette simplicité de l’âme, ce tendre abandon à la Majesté divine qui est chez lui une inspiration du moment, une grâce, et comme l’illumination du génie, nous consacrons notre vie à l’acquérir, où à le retrouver si nous l’avons connu, car c’est un don de l’enfance qui le plus souvent ne survit pas à l’enfance… ». Bernanos, toujours.

 

Il y avait chez le père Hamel, comme souvent chez ces vieux prêtres en service, de l’affection et de la fragilité. Et plus encore, ce qui avait déjà quitté ses jeunes assassins. Il y avait l’esprit d’enfance. Voilà ce quimanque et ce qu’on abattait le 26 juillet 2016. Une joie d’enfant dans la plus quotidienne des vies. La simplicité dans cet amour à distribuer autour de soi. La mort d’un enfant est révoltante. Injuste, incompréhensible. J’ai ressenti la mort du père Jacques de la même manière. Récemment, en regardant Stalker, le film d’Andreï Tarkovski qui ressort dans les salles, j’ai été frappé par ces mots : « La faiblesse est grande, et la force insignifiante. Quand un arbre pousse, il est tendre et souple. Et quand est sec et dur, il se meurt. La dureté et la force sont les compagnons de la mort. La souplesse et la faiblesse expriment la fraîcheur de la vie. C’est pourquoi ce qui a durci ne peut pas vaincre. » L’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray tient dans ce mystère. La fraîcheur d’un vieil homme assassinée par la sécheresse de deux gamins. Et Tarkovski ne reprend rien d’autre que cette phrase énigmatique de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : « Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. ». Au Rouvray, qui oubliera le père Jacques désormais ? Par sa mort extraordinaire, il a rappelé la vie de ces hommes ordinaires.

 

Il y a quelques jours, je suis allé pour la première fois à Saint-Étienne-du-Rouvray. Un dimanche de début d’été dans cette petite France des périphéries. La porte de l’église était grande ouverte. On entendait les bruits du dehors. Un chien qui aboie. Une voiture qui passe vitres ouvertes, l’autoradio brisant un peu du silence de l’office. La soeur Danièle, rescapée du 26 juillet, animait les chants devant quelques dizaines de fidèles. Je n’étais pas le seul, à venir ici me recueillir. En tuant le père Jacques, les terroristes ont fait de Saint-Étienne un lieu de pèlerinage. Cette église semblable à mille autres est devenue un bastion d’amour. C’est ce qui me marquait, d’ailleurs, dans l’église et au cimetière de Bonsecours, où est enterré Jacques Hamel. Le mot « amour », partout.

 

En réalisant leur triste forfait, les pauvres avaient déjà perdu. Ils touchaient ce mystère qui les dépasse. Le ministère d’un prêtre et celui de centaines d’autres. Jour après jour, ces hommes poursuivent le même dessein que le curé de campagne de Bernanos quand il écrit dans son journal : « On me répète : « Soyez simple ! ». Je fais de mon mieux. C’est si difficile d’être simple ! Mais les gens du monde disent « les simples » comme ils disent « les humbles « , avec le même sourire indulgent. Ils devraient dire : les rois. » Le père Jacques, Albert dans sa vallée, et tous les autres… Vous savez, c’est leur simplicité qui nous sauve. Nous, les gens du monde.

* Son premier roman, La Piste Pasolini (éditions des Équateurs, 2015), a reçu le prix des Deux-Magots et le prix François-Mauriac de l’Académie française en 2016. Le nouveau roman de l’auteur : Des âmes simples, est paru en janvier dernier aux éditions des Équateurs.

 

 

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B. « FAMILLE ET SOCIETE ».Que faut-il conserver du conservatisme?

Posté par papaours le 16 juin 2017

Tiré de La Nef  de Juin 2017 (N° 293)

Philippe Bénéton

 

Le vocabulaire politique est plein d’écueils et d’embûches. Le mot conservatisme en est un exemple, il est tiraillé aujourd’hui entre différentes significations: le conservatisme qu’incarnent de Maistre et de Bonald se distingue fortement de celui du parti de Mme Theresa May ou du néo-conservatisme américain. La différence centrale est celle-ci: le premier est fondamentalement anti-moderne tandis que les seconds ne mettent plus en question les premiers principes de la modernité libérale (l’égalité de droit, les libertés publiques). Le conservatisme contemporain est en fait un libéralisme conservateur. Mais s’opposer à l’usage a des coûts, c’est pourquoi on tiendra pour équivalents « conservatisme moderne » et « libéralisme conservateur ».

 

LA RÉACTION CONSERVATRICE

 

La doctrine conservatrice est née contre-révolutionnaire. Les Pères fondateurs du conservatisme (Burke d’abord et puis Maistre et Bonald) ne condamnent pas seulement les pratiques de la Révolution française, ils récusent dès l’origine les principes dont elle se réclame. Les Lumières, les Droits de l’homme, autant d’illusions ou de prétextes qui sont contraires à la nature de l’homme moral et social. L’argumentation se ramène à trois critiques fondamentales:

 

1/ Une critique épistémologique: les révolutionnaires se montent la tête, ils ne prennent pas la mesure des limites de la raison humaine. Faire table rase pour reconstruire à neuf est une entreprise insensée. La sage raison indique un chemin tout différent: faire crédit à ce savoir que l’expérience et le temps ont engrangé dans les us et coutumes. La tradition est bonne parce qu’elle est le fruit d’un processus qui procède par essais et erreurs (elle est à la fois sélection et transmission) et parce qu’elle s’adapte aux caractères particuliers de chaque peuple. « L’individu est sot [ … 1, mais l’espèce est sage » (Burke).

 

2/ Une critique sociologique: la bonne société n’est pas un simple agrégat d’individus, elle est une communauté vivante et ordonnée. L’individualisme moderne dénoue les véritables liens sociaux qui sont des « liens d’attachement » (Southey) au profit de relations impersonnelles et utilitaires. Les attaches solides sont celles qui se créent au sein des communautés, autrement dit celles qui unissent les parents et leurs enfants, les fidèles à l’Église, les paysans à leurs villages, les Français ou les Anglais à leur patrie… Fonder la société sur de simples règles du jeu, c’est bâtir sur du sable.

 

3/ Une critique politique: le juste pouvoir est extérieur aux individus. La démocratie viole l’inégalité qui est dans la nature même et elle sape la véritable autorité politique qui doit contenir, maîtriser les passions humaines. La politique a une dimension morale. Comment le pouvoir pourrait-il jouer ce rôle si son principe de légitimité ne le rendait pas indépendant des volontés des individus? En fin de compte, l’homme s’insère dans un Ordre créé, il doit se soumettre à la nature des choses en même temps qu’à la sagesse de la tradition.

 

LES FAIBLESSES DU CONSERVATISME CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE

 

Pour l’essentiel, ces faiblesses sont, semble-t-il, celles-ci:

 

1/ Les contre-révolutionnaires ou conservateurs européens ont fait l’éloge de la tradition, opposée à l’universalisme abstrait des Lumières, mais ils n’ont jamais défendu que certaines traditions, celles de la vieille Europe. Un temps sans doute, ce traditionalisme a fait leur force – ils pouvaient s’appuyer sur une longue histoire contre ceux qui la dévoyaient –mais à partir du moment où l’histoire prenait durablement un nouveau chemin, ils butaient sur une difficulté. Comment plaider l’histoire contre l’histoire? Comment se réclamer de la tradition et récuser celles qui se formaient et se développaient au sein des régimes modernes? Les contre-révolutionnaires ont été amenés à mutiler l’histoire et à figer la tradition. A cela s’ajoute que le traditionalisme conduit logiquement à un relativisme culturel qu’il est difficile de concilier avec ce que croient par ailleurs les conservateurs: faut-il, au nom du respect des traditions, mettre sur le même plan pratique barbares et pratiques civilisées? Les vieux Romains qui s’opposaient au christianisme au nom de la religion traditionnelle avaient-ils raison ? La tradition n’a jamais de vertus que conditionnelles.

 

2/ La théorie, disent les contre-révolutionnaires, ne vaut pas une heure de peine. Les hommes peuvent se diriger au détail, c’est-à-dire dans les affaires précises et concrètes, ils sont impuissants à penser l’ordre politique et social comme un tout. Les choses sont compliquées, elles sont variables, ceux qui veulent tout réformer sur la base de principes abstraits sont des sots. Cependant, l’expérience politique moderne ne dit pas que cela: elle dit sans nul doute les conséquences funestes d’une Raison idéologique qui se prend pour la Providence et méconnaît la nature et la condition humaines; mais elle dit aussi le succès, de son point de vue, de la modernité libérale dans sa version modérée. Les Pères fondateurs du libéralisme avaient promis l’égalité de droit, la liberté et le confort pour tous. En gros, ces promesses ont été tenues. Après une longue période de résistance, l’Église catholique a pris acte de certains progrès: «II est certainement vrai qu’un sens plus aigu de la dignité et du caractère unique de la personne humaine aussi bien que du respect dû au cheminement de la conscience individuelle constitue un gain réel de la culture moderne » (Jean Paul II, Veritatis Splendor).

 

Mais il y a autre chose. La modernité libérale n’est pas d’un seul tenant. Si d’un côté elle est davantage conforme à la nature, d’un autre elle s’en éloigne à grands pas. Face à cette évolution, toute une part de la critique conservatrice reprend ses droits.

 

SUR L’HÉRITAGE DU CONSERVATISME

Notre modernité libérale s’éloigne de la nature en vidant ses propres principes – l’égalité, la démocratie, les droits de l’homme – de toute substance. Pourquoi les droits de l’homme? Non pas en raison d’une nature commune, mais parce que les volontés individuelles sont reines. Pourquoi l’égalité? Non pas parce que le fait d’être homme a un sens mais parce que l’humanité de l’homme se réduit à sa liberté indéterminée. Les individus sont autonomes, ils sont souverains. Ces principes sont devenus quasi officiels depuis la révolution morale des années 1960 et ils déroulent leur logique. Contre ces principes et leurs conséquences, la pensée contre-révolutionnaire offre des antidotes:

 

1/ Le mythe de l’autonomie: l’homme de la modernité radicale, l’homme parfaitement autonome, est une fiction. Les contre-révolutionnaires français, après Aristote et saint Thomas, après Burke, n’ont cessé d’insister avec des arguments difficiles à réfuter sur la dimension sociale de l’existence humaine: l’homme ne se fait pas tout seul, il reçoit des autres (ses proches, ses contemporains, les générations passées) bien davantage qu’il ne donne; l’homme ne vit pas tout seul, il a profondément, fondamentalement, besoin des autres parce qu’il est un être de relation. L’autonomie pleine et entière est un rêve et un rêve pernicieux. La conséquence est celle-ci: au sein de la société moderne, les liens forts entre les hommes se défont au profit de liens faibles. La critique sociologique des conservateurs n’a jamais été aussi pertinente.

 

2/ Le mythe de la solution: l’une des grandes illusions de notre modernité radicale est celle du système providentiel. Les hommes sont innocents quelles que soient leurs conduites, les procédures suffisent, les solutions suivent. Le système (l’organisation politique, les mécanismes sociaux, les techniques pédagogiques…) dispense les acteurs de toute obligation substantielle. Contre cette forme d’utopie, la pensée contre-révolutionnaire rappelle des vérités simples et essentielles: que, s’il est des systèmes pervers, il n’est pas de système providentiel, qu’on ne peut obtenir le Bien sans demander aux acteurs de bien se conduire, que les mœurs comptent et qu’il faut du temps pour faire de bonnes moeurs. La politique ne se réduit pas à une mécanique.

Dans cette perspective, celui qui, au sein de la pensée contre-révolutionnaire, a le mieux éclairé les limites de toute solution en politique est Edmund Burke. La politique, dit-il, a toujours quelque chose du bricolage. Elle n’aboutit au mieux qu’à des points d’équilibre parce que les fins sociales se limitent mutuellement.

 

3/ Les dangers de l’abstraction: la pensée moderne s’égare dans les « nuées », disent les contre-révolutionnaires, elle ampute l’homme réel, l’homme en chair et en os. D’un côté, elle découpe le sujet humain en rôles sociaux – le consommateur, le sujet de droit, le malade… – et par là s’engage dans des logiques qui ignorent l’homme comme un tout (l’économisme, le technicisme…). D’un autre côté, l’abstraction moderne tend à tout niveler au nom du sacro-saint principe d’égalité. Les différences vitales s’effacent, la qualité perd ses droits. La difficulté consiste à penser à la fois l’égalité et les inégalités. Là encore, il faut tâtonner à la recherche d’un point d’équilibre.

Récapitulons. La pensée contre-révolutionnaire a pour défaut de rejeter en bloc tout le monde moderne. L’erreur symétrique consiste à rejeter en bloc toute la pensée contre-révolutionnaire. Il faut distinguer, il faut autant que possible faire le bon tri: au sein de la modernité, au sein de la pensée contre-révolutionnaire. Plus précisément, il s’agit de combiner:

- Le rejet du traditionalisme inconditionnel mais aussi celui du constructivisme radical. Autrement dit: le temps n’a pas nécessairement raison mais il y a des choses que seul le temps peut faire; la raison politique et sociale n’est pas providentielle, elle n’est pas non plus infirme.

- L’adhésion à l’égalité moderne en tant qu’elle est la reconnaissance de l’honneur d’être homme que partage tout être humain, mais le rejet de l’égalité moderne en tant qu’elle est fondée sur une liberté indéterminée. Il y a une dignité, pour une part mystérieuse, propre à l’être humain en tant que tel, mais il n’en résulte pas que toutes les conduites se valent.

- Le rejet de la souveraineté de l’individu mais l’affirmation des droits de la conscience: l’homme n’est pas, ne saurait être pleinement autonome, il ne s’ensuit pas que les communautés aient permission d’être oppressives.

Autrement dit, la bonne formule ou la moins mauvaise est peut-être celle d’un libéralisme conservateur ou, si l’on veut, d’un conservatisme moderne. En tout cas elle ne peut être qu’une formule mixte, et elle doit tenir compte des singularités historiques. Burke et davantage encore Tocqueville ont toujours beaucoup à nous apprendre.

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B. « RELIGION ». PRETRES ET SEMINARISTE AUJOURD4HUI

Posté par papaours le 21 juillet 2017

1. Un quart des jeunes prêtres sont «tradi»

 Parmi la centaine de séminaristes français ordonnés en 2017, la mouvance traditionaliste n’est plus marginale.

 Articles de Jean-Marie Guesnois, Le Figaro des 8 et 9 juillet 2017.

 

C’est la saison des ordinations sacerdotales, mais avec  ordinations de piètres diocésains en 2017 l’église de France est inquiète. Même si l’on constate un léger progrès depuis les basses eaux de 2015, où seulement 68 prêtres avaient été ordonnés, la courbe, qui est passée sous la barre symbolique des 100 ordinations annuelles après les années 2000, indique qu’elle ne repassera pas le cap de la centaine avant longtemps. L’autre donnée de l’équation n’est pas plus réjouissante. Près de la moitié des prêtres diocésains en activité ont plus de 75 ans « 5 410 exactement fin 2015 » pour 6 217 prêtres de moins de 75 ans. Cet âge canonique marque normalement le départ à la retraite. Mais beaucoup de prêtres français continuent jusqu’à 80 ans. Voire jusqu’à 90 ans, comme le père de Mesmay, prêtre parisien (lire ci-dessous) qui a attendu cet âge pour prendre sa retraite ! Il y a bientôt un an, le 26 juillet, le père Hamel était assassiné en pleine messe en Normandie à l’âgé de 86 ans. Comme tant d’autres confrères, il avait tenu à continuer sa mission jusqu’au bout.

 

L’âge médian des prêtres français est ainsi de 74 ans, avec de fortes disparités régionales toutefois. La province ecclésiastique de Paris est la plus jeune, avec un âge médian des prêtres de 57 ans. Mais plusieurs diocèses ruraux connaissent un âge médian de prêtres de 81 ans.

 

À côté de ces courbes statistiques prévisibles depuis longtemps, l’Église de France est confrontée à un phénomène de fond assez inattendu et que les statistiques officielles de l’épiscopat ne prennent pas en compte. Il se trouve en effet qu’aux 84 prêtres diocésains ordonnés en France en 2017 « dont 25 viennent d’ailleurs de communautés nouvelles d’inspiration charismatique » il faudrait ajouter 22 jeunes prêtres français. Les uns ordonnés dans des structures lefebvristes (11 Français sur 23 ordonnés). Les autres dans le courant traditionaliste, comme la Fraternité Saint-Pierre (6 Français sur 19 ordonnés) et plusieurs autres instituts.

 

Ce qui signifie que sur la centaine de prêtres diocésains français ordonnés en 2017, près d’un quart sont explicitement inscrits dans une mouvance lefebvriste ou traditionaliste. Une tendance qui n’est plus marginale… mais qui reste marginalisée par la hiérarchie.

 

Témoin, le succès étonnant de la communauté Saint-Martin de sensibilité très classique. Elle compte, à elle seule, 90 prêtres actifs et autant de séminaristes sans compter une année propédeutique qui attire beaucoup de jeunes. Tout comme des séminaires diocésains de styles classiques séduisent davantage aujourd’hui. Dans ce contexte, le dixième anniversaire du motu proprio de Benoît XVI (lire ci-dessous) visant à normaliser la messe en latin selon le missel de 1962, n’est pas totalement anecdotique. La tendance lourde du goût des jeunes catholiques pour une certaine tradition se confirme de plus en plus clairement.

 

Comment, dès lors, l’Église de France voit-elle l’avenir des vocations dans ce climat auquel il faut ajouter les effets de la crise pédophile? Secrétaire général adjoint de l’épiscopat, le père Pierre-Yves Pecqueux admet que « la période est difficile » mais que « le réveil est possible » si « nous avons assez d’audace pour proposer le chemin du ministère à des jeunes hommes pour la vie » et « si nous sommes assez porteurs de la joie de l’Évangile qui n’est pas un slogan, mais une contagion ». Directeur du séminaire de Paris, le père Stéphane Duteurtre observe : « On a affaire, comme tous les contemporains, à une génération inquiète », mais « plusieurs centaines de garçons de grande qualité choisissent cette voie par amour du Christ. Ils ne sont pas une petite poignée en perdition ! »Son confrère, le directeur du séminaire de Lille, le père Jean-Luc Garin, ajoute : « Le nombre des vocations est proportionnel au nombre de chrétiens fervents et actifs. N’oublions pas que nous assistons incontestablement à la naissance d’une « génération François » motivée par une réelle créativité missionnaire. ».

 

2. Quid du retour de la messe en latin ?

 

Dans l’Église catholique, la France est le pays le plus travaillé par la question liturgique. C’est-à-dire par la façon de dire la messe. À l’ancienne, dos au peuple et en latin. Ou, moderne, le prêtre célébrant face aux fidèles en parlant leur langue. Les catholiques français se sont déchirés sur le sujet quand le concile Vatican II (1962-1965) a décidé de réformer la liturgie. Qui revenait à abandonner la messe en latin, selon le missel de Jean XXIII publié en 1962. Ce qui a provoqué alors la rupture de Mgr Marcel Lefebvre, dite « intégriste », et suscité toute une mouvance, appelée « traditionaliste », l’évêque restant fidèle au rituel latin mais refusant de rompre avec Rome.

 

L’un dès grands soucis de Benoît XVI, élu pape en 2005, fut de tenter une réconciliation sur ce terrain. Il y a dix ans, le 7 juillet 2007, il publie un motu proprio, Summorum pontificum, un décret d’application qui rétablit l’usage de la messe en latin selon l’ancien rituel. Non plus selon un mode dérogatoire ou exceptionnel, mais « extraordinaire », c’est-à-dire pleinement reconnu à côté du rite « ordinaire » du missel de Paul VI, partout célébré. L’idée forte de Benoît XVI, familier de l’ancien rite, était de favoriser « un enrichissement mutuel » entre ces deux façons de dire la messe. Et surtout entre… ceux qui la disent ! Car le problème le plus difficile à résoudre était et demeure celui d’un clergé profondément divisé à cet égard.

 

Pour surmonter cet obstacle humain, et en particulier la réticence de la majorité des évêques de France à faire un pas en direction des « traditionalistes » (souvent réduits à des « réactionnaires d’extrême droite ») , Benoît XVI a l’idée de court-circuiter l’échelon épiscopal et de créer, au niveau paroissial, une messe en latin à la demande. Ainsi ce paragraphe du motu proprio de 2017: « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera

La messe en latin est célébrée aujourd’hui dans 230 lieux, soit 100 de plus en dix ans, dont beaucoup en. région parisienne

 

 

 

 

volontiers leur demande de célébrer la messe selon le rite du missel romain édité en 1962. » Du jamais vu dans l’histoire de l’Église : des fidèles de base, en nombre suffisant, pouvaient demander à leur curé une messe en latin sans que l’évêque ne puisse s’y opposer.

 

Qu’en est-il dix ans plus tard? La commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle comptabilise 230 lieux où la messe dans sa forme extraordinaire est célébrée. Ils étaient 124 avant le motu proprio de 2007. Soit une progression d’une centaine en dix ans, dont beaucoup en région parisienne.

 

En France, une association, « La Paix liturgique », relie tous ceux qui demandent ces messes. L’un de ses responsables, Christian Marquant, observe que « la clé de la bonne application du motu proprio réside dans la bienveillance du clergé: un curé qui ne veut pas de la coexistence des deux formes du rite romain dans sa paroisse a mille façons de ne pas l’appliquer ». Et, selon lui, « beaucoup de demandeurs se sont découragés face à tant de mauvaise foi », Mais il précise: « La jeune génération de prêtres et de séminaristes est très encourageante sur cet aspect. Et ce texte pontifical a contribué à modifier les mentalités. S’il existe une grande opposition dans les faits, il n’est plus possible de dire que la célébration de la liturgie traditionnelle est interdite. En normalisant cette forme liturgique, le motu proprio a contribué à l’apaisement. ».

 

Christophe Geffroy dirige la revue catholique La Nef, qui vise une cohabitation « en bonne intelligence » entre ces deux formes liturgiques. Il constate, lui aussi, que ce motu proprio a « ouvert des voies à une nouvelle génération de prêtres décomplexés sur les questions liturgiques », même si « une partie de la hiérarchie demeure méfiante à l’égard des traditionalistes ». Ils sont toujours perçus comme des « fidèles suspects » alors que, « en proportion, ce courant a le plus de vocations ».

 

2. La retraite méritée   du P. de Mesmay, 90 ans

 

Il a l’enthousiasme d’un jeune homme, mais, à 90 ans, il vient de prendre sa retraite! Emblématique d’une génération qui entend se donner jusqu’au bout, alors qu’il aurait pu se retirer à 75 ans, comme le droit canonique l’autorise, le père Étienne de Mesmay reçoit dans la maison Marie-Thérèse, à Paris, lieu de retraite des prêtres parisiens. Sa grande stature n’y a pas encore trouvé ses marques, sinon à la chapelle, où ce prêtre puise à l’évidence le secret de sa jouvence: « La prière, confie-t-il, n’a pas été inventée pour être ennuyeuse. La prière, c’est comme un bain de soleil: on arrête tout pour se poser devant Dieu. Il nous traverse de rayons. Il nous réchauffe. C’est le Seigneur qui fait tout. Dieu n’est pas un être anonyme: c’est d’abord le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il faut simplement entretenir chaque jour une relation vivante, de confiance, avec Jésus. »

Dimanche, ce prêtre, qui a occupé tous les postes dans le diocèse de Paris, y compris celui de secrétaire du cardinal Jean-Marie Lustiger, et qui vient de quitter l’équipe pastorale de la paroisse Saint-Séverin dans le Quartier latin (où il retournera toutefois pour assurer la messe de lundi midi, le jour de repos des prêtres, et soulager ainsi ses jeunes confrères), va passer un test de bizutage : prêcher devant une centaine de confrères prêtres, retraités comme lui! Pas facile, mais cela n’impressionne plus ce prédicateur hors pair, véritable conteur de l’Évangile avec une Terre Sainte qu’il connaît par coeur. Le comble, c’est qu’il n’aura jamais été « curé »! « Il faut être doué pour la gestion et l’organisation, ce n’est pas mon charisme. J’ai toujours été un vicaire, un bon numéro deux. Je l’ai compris dès les scouts où j’ai senti ma vocation » Ce passionné de rencontres humaines, toujours visiblement heureux d’être prêtre, ne regrette pas un instant son choix. Il est toutefois frappé par « l’inconnu » qui pèse sur l’avenir de l’Église et se dit « très admiratif des jeunes qui s’y engagent aujourd’hui ».

 

Quand il fut en effet ordonné en 1954, ils étaient 40 à s’engager dans Notre-Dame de Paris. Partout en France, les séminaristes de ces générations, chaque année, se comptaient par centaines. « Devenir prêtre était banal à l’époque. Depuis, Mai 68 est passé par là. Tout s’est divisé par sept: baptêmes, mariages, ordinations… Les uns accusent la liturgie, les autres, la sécularisation. On charge beaucoup l’Église, mais tant de gens se détournent de la foi. » Rien ne décourage toutefois ce pasteur qui a vu tant de fidèles redécouvrir une « relation personnelle avec Jésus ». C’est pour lui la clé de l’avenir de l’Église.

 

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B. « RELIGION ». L’EVANGELISATION POUR LES NULS.

Posté par papaours le 25 juin 2017

Tiré de Famille Chrétienne n° 2057 du 17 au 23 juin 2017

 Article de Juliette Levivier

 

Si, de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur; si, dans ton cœur, tu crois que Dieu L’a ressuscité ; alors, tu seras sauvé (Rm 10, 9).

 

Evangéliser? Vous voulez «évangéliser»? Mais vous allez vous faire lapider ! Maintenant que la laïcité est devenue la religion officielle, l’évangélisateur se sent parfois un peu seul… Dans une société qui renie ses racines chrétiennes, tout ce qui ressemble à une annonce de la foi est aussitôt requalifié de prosélytisme fanatique, voire de fascisme.

 

Paradoxalement, les apôtres du « vivre ensemble » ont effectivement la lapidation facile ! Même certains chrétiens estiment qu’annoncer la Bonne Nouvelle est une insupportable atteinte à la liberté individuelle… Les missionnaires à l’ancienne qui se sont fait trucider sur tous les continents pour porter Jésus aux Indiens, aux Pygmées, aux Chinois et aux Papous doivent se retourner dans leur tombe… Et il y a de quoi ! Comme saint Paul autrefois, «l’Évangile nous presse ». Qui portera l’Évangile aux nations si nous, nous ne le faisons pas?

 

Résumé par saint Luc, le message tient en peu de mots : « Jésus est le Seigneur » (Ac 11, 20). Le cœur de l’évangélisation, c’est l’Évangile, et le cœur de l’Évangile, c’est Jésus. Donc, évangéliser, c’est parler de Jésus. CQFD. Or, « ce Jésus, Dieu L’a ressuscité [ ... ], nous en sommes témoins » (Ac 2, 32), affirme Pierre. «Nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde», confirme Jean (1 Jn 4, 14).

 

Avec Pierre, avec Jean, Paul et tous les Apôtres (donc avec et dans l’Église), nous le proclamons : mort pour nos péchés, Jésus est ressuscité pour nous donner la vie éternelle. Voilà, en quelques mots simples, ce que l’on appelle le kérygme : une première annonce du salut, le noyau dur de notre foi.

 

Kérygme, voilà un mot d’autant moins barbare qu’il est d’origine grecque! Il signifie « proclamation ». Pas une petite annonce confidentielle, non, non : une proclamation, une vraie, à voix haute, sur la place publique par un crieur assermenté. Pour les Grecs de la grande époque, un kérygme était l’annonce publique d’une victoire militaire, d’une médaille aux JO, bref d’une bonne nouvelle à diffuser largement. L’Évangile, Bonne Nouvelle entre toutes, a évidemment une dimension kérygmatique : il doit être proclamé, crié sur tous les toits, avec joie !

Missionnaires du catéchisme paroissial, de l’aumônerie du lycée, de l’hôpital ou de la prison du quartier, du catéchuménat, de la préparation au mariage, de l’accompagnement des personnes souffrantes et en deuil, assermentés par notre baptême et notre confirmation, nous sommes les crieurs de l’Évangile. Inutile de nous perdre dans des discours édulcorés qui font « pschitt » : toute première annonce de la foi, dont nous portons la responsabilité dans les missions que l’Église nous confie, tourne autour du kérygme.

 

Concentrons-nous sur l’essentiel: si les brebis repartent en sachant que Jésus les aime tant qu’Il a donné sa vie pour elles, pour les sauver, elles, et que maintenant Il est vivant à leurs côtés, chaque jour pour les éclairer, les fortifier, les libérer (le pape François, La Joie de l’Évangile, n’ 164), nous n’aurons pas perdu notre temps.

 

Evangéliser, ce n’est pas manipuler les masses innocentes, convertir l’infidèle à coups de versets bibliques ou conquérir du terrain au bazooka, mais se faire l’humble serviteur de l’Évangile, témoigner de l’amour de Dieu, annoncer le salut et porter le Christ à ceux qui ne Le connaissent pas encore, avec tout ce que cela suppose de patience, de délicatesse, d’humilité, de simplicité, et aussi d’assurance dans la foi. Souvenons-nous, lorsque nous doutons de nos talents de hérauts, que les Apôtres n’étaient pas des « pros de la com’ », mais qu’avec l’aide de l’Esprit Saint, ils ont fait des choses étonnantes !

 

La mission nous dépasse? Évidemment, qu’elle nous dépasse ! Alors, dépassons-nous pour dépasser ce qui nous dépasse. Prions l’Esprit Saint de nous fortifier, de nous inspirer, de nous remplir de cette assurance qui portait les Apôtres (Ac 2, 29). Reposons-nous sur l’Église, portée par la dynamique de la nouvelle évangélisation. Aujourd’hui encore, beaucoup de nos frères chrétiens versent leur sang pour le Christ, pensons-y si, d’aventure, nous faiblissons…

 

_________________

 

 

Jean, qu’est-ce qu’il a vu dans la tombe de Jésus ?

 

Là, Joséphine, je vais t’étonner! Qu’a vu Jean en entrant dans le tombeau? Rien, ou presque : juste deux morceaux de tissu…

 

En courant vers le lieu où le corps de Jésus avait été déposé trois jours plus tôt, Jean a eu le temps de réfléchir. Les femmes lui ayant dit qu’elles avaient vu Jésus ressuscité et bien vivant, il savait ce qu’il allait trouver : un tombeau vide. Cela ne prouvait pas pour autant que Jésus était ressuscité, n’importe qui aurait pu prendre son corps et le déposer ailleurs. Ce qui a frappé Jean, nous dit l’Évangile, c’est que si le corps de Jésus n’était effectivement plus là, les linges qui L’avaient enveloppé étaient bien à leur place.

 

Jean, tu t’en souviens peut-être, était au pied de la Croix lors de l’agonie et de la mort de Jésus. Il a certainement aidé Joseph d’Arimathie à Le descendre de la Croix et à Le transporter dans le tombeau. Ils L’avaient alors enveloppé dans un grand morceau de tissu (que l’on appelle un linceul) et noué des bandes de tissu autour de ce linceul, pour qu’Il ne glisse pas. Ce qui a provoqué comme une illumination dans le coeur de Jean, ce sont ces linges «  bien à leur place », avec les bandelettes encore nouées, comme si Jésus s’était évaporé. Peut-être a-t-il vu aussi l’empreinte du corps et du visage de Jésus sur ce linceul, si l’on suppose qu’il s’agit bien de celui de Turin?

 

« Il vit et il crut », nous dit Jean lui-même ! Ce n’est pas son petit génie personnel qui lui a permis de croire l’incroyable en n’ayant rien vu d’autre qu’un linceul vide ! C’est une grâce particulière de l’Esprit Saint. Il a cru, car il était capable de croire, avec la grâce de Dieu, comme Pierre, auquel Jésus avait dit, quand il avait reconnu en Lui le Christ, le Fils de Dieu: « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 17)

 

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B. « FAMILLE ET SOCIETE ». UNE RÉACTION FRANÇAISE

Posté par papaours le 16 juin 2017

Tiré de La Nef, N° 293 de Juin 2017. DOSSIER « Le conservatisme »

Article de Chantal Delsol

 

 

La Manif pour tous et plus encore les multiples initiatives qu’elle a suscitées sont le signe d’un renouveau du conservatisme unique dans son genre, seule la France ayant vu se lever une jeunesse formée et décomplexée pour s’opposer à la déconstruction de la famille.

 

Sans conteste il y a un renouveau du conservatisme en France. Ce phénomène est très récent. Quelques années peut-être. Il est apparu à l’occasion des Manif pour tous. Le succès considérable de ces manifestations était une surprise. Mais ce qui s’est passé après, encore plus. Dans les mois et les quelques années qui ont suivi, se sont créés un nombre incroyable d’associations et de groupements au sein de ce courant de pensée. Ces associations touchent tous les domaines possibles, en leur appliquant leurs principes. Comme si toute la vie sociale était à repenser. Et c’est le cas en effet. Le phénomène dont je parle est loin d’être clos. Nous sommes, en ce moment même, en pleine effervescence de re-création. On a l’impression que chaque jour apparaissent de nouveaux mouvements d’obédience conservatrice, concernant tous les domaines. Merci Taubira.

 

Ce réveil qui est pour nous, conservateurs, une divine surprise, ne laisse pas de poser des questions. D’où viennent tous ces gens, ou plutôt tous ces jeunes, car c’est la génération des 20-40 ans qui se lève? On dirait un continent qui sort de l’eau, jusque là ignoré. 11 faut d’abord préciser ce que nous savons tous : le conservatisme est détesté et interdit de parole depuis cinquante ans, assimilé au vichysme et au fascisme. Qu’il ait été tout à fait silencieux ne signifie pas qu’il n’ait pas existé durant tout ce temps: il était simplement dissimulé. Dans les familles conservatrices on déployait en secret une contre-culture qu’il ne s’agissait pas d’exhiber à l’école. Pourtant, on sait bien qu’à force de ne pouvoir dire ce qu’on pense, on cesse peu ou prou de le penser. L’émergence de ce continent conservateur est donc un mystère. D’autant plus que la génération de 68 ayant refusé par principe de transmettre, on se demande comment elle a pu produire des enfants riches de substance. Les familles conservatrices, en général dotées de nombreux enfants, transmettaient en secret par la force des choses. C’est ainsi qu’elles constituaient dans le silence un formidable réservoir qui allait se montrer au grand jour à l’occasion de la loi sur le mariage. Nous avons devant les yeux une sorte d’immense coming out, suscité par un événement: des lois sociétales carrément monstrueuses. Merci Taubira.

 

Il faut mesurer la distance parcourue pendant ces cinquante dernières années, et le changement profond qui s’est accompli. Dans les années soixante, le mouvement conservateur existe bien, quoique minuscule et, évidemment, détesté par la presse et par l’opinion. Les journaux de droite sont beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui. Les intellectuels sont presque tous marxisants d’une manière ou de l’autre, à ce point que des universitaires comme Julien Freund sont ostracisés en permanence. La « philosophie française » de Derrida et Deleuze bat son plein. Une grande partie du clergé se prosterne devant le marxisme s’il ne l’adopte pas. Les conservateurs chrétiens forment des groupuscules comme les Silencieux de l’Eglise ou les réseaux « Ichtus ». Ces gens existent. Au congrès de Lausanne qui a lieu chaque année, organisé par ce qui deviendra « Ichtus », plusieurs milliers de jeunes se pressent. Pourtant, ces mouvements très limités ne sont en aucun cas le « fer de lance » qui peut, comme les révolutionnaires de 1917, renverser une situation. Il y a parmi eux beaucoup de gens très pieux mais bien peu d’intellectuels. Ils sont extrêmement civilisés, mais trop souvent incultes. En bref, ces gens ont l’immense mérite d’avoir veillé la flamme vacillante à une époque de catacombes ; mais ils n’avaient en aucun cas les moyens de sortir du tunnel.

 

La situation que nous avons devant les yeux aujourd’hui est très différente. Les groupes de jeunes chrétiens conservateurs révélés au moment de la Manif pour tous, sont nombreux, mais pas seulement. Ils sont décomplexés, et osent dire frontalement ce qu’ils croient et pensent. Et ils ont le niveau de culture qui justement le leur permet. J’ai coutume de résumer la différence entre les deux époques d’un seul exemple signifiant: dans les années 60, les premiers à l’agrégation étaient des trotskystes, aujourd’hui les premiers à l’agrégation sont des Veilleurs. C’est là l’espoir. Quand on est mal aimé et qu’on veut être un fer de lance, il faut tenir le rang sur tous les plans, et la ferveur ne suffit pas.

 

Pourquoi les conservateurs sont-ils récusés et même détestés – car ils le sont encore aujourd’hui, même si leur existence s’affirme davantage de jour en jour? Dans la deuxième moitié du XX° siècle, le marxisme omniprésent et sous toutes ses formes a été le fossoyeur du conservatisme, qui, il faut le dire, a creusé aussi sa propre tombe en s’alliant tout au long du siècle avec les fascismes de toutes obédiences. Mais derrière le marxisme en perte de vitesse s’est développé un courant progressiste/technocratique, qu’on voit proliférer dans les institutions européennes, tout aussi hystérique contre les conservatismes de tout poil. Au fond, on peut dire que le conservatisme, qui se définit par la croyance que le progrès a des limites, se heurte au fil des décennies à un mouvement multiforme qui n’accepte pas l’idée même de limite. Le marxisme n’était que l’une des formes de ce mouvement, aujourd’hui concrétisé par l’individualisme de la « société liquide ».

 

 

RÉPONSE AUX DÉLIRES « SOCIÉTAUX »

 

Les mouvements émancipateurs sont allés tellement loin dans le franchissement des limites qu’ils ont fini par faire sortir de leurs gonds tout un monde de gens bien élevés, incapables de marcher dans les flaques et a priori persuadés que si la vie quotidienne est bien menée, la sagesse des nations a toujours le dernier mot. La sortie de l’ombre des conservateurs catholiques est la réponse à des délires « sociétaux » jamais vus auparavant. D’une part, c’est un signal envoyé à la société devenue païenne, que les catholiques existent encore; et que même s’ils reconnaissent n’être plus en chrétienté, ils participent aux débats et le font savoir – le judéo-christianisme est la seule culture au monde qui refuse de tuer les nouveau-nés surnuméraires et les vieillards inutiles, parce que pour elle la dignité de la personne n’est pas décrétée par la société, elle est intrinsèque à la personne. D’autre part, c’est un signe de refus adressé au nihilisme contemporain – le judéo-christianisme comme toutes les autres cultures refuse de légitimer les courants adeptes de perversions anthropologiques, lesquels peuvent selon les siècles tantôt prôner l’inceste (Diogène le cynique), tantôt légitimer le « mariage » entre personnes du même sexe (Néron), tantôt tenir la cruauté gratuite pour un bien (Sade).

 

Quand on parle avec nos voisins européens ou québécois, on mesure à quel point cette réaction française est unique en son genre. Dans la plupart des pays de la zone, ces réformes païennes ou nihilistes se sont accomplies sans bruit ni contradiction, comme une affaire absolument naturelle. Il faut croire que dans le pays de Robespierre et de Vincent Peillon, le fondement a résisté.

 

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B; « FAMILLE ET SOCIETE » . Attentats de Londres: les défis de l’«uber-terrorisme»

Posté par papaours le 14 juin 2017

 

Tiré du Figaro du 5 juin 2017

Article de Hughes Moutouh

 

Un nouvel attentat meurtrier vient de frapper la capitale britannique, deux semaines après la tragédie de Manchester. Le mode opératoire nous est malheureusement devenu familier : une camionnette bélier qui percute des passants dans un lieu fréquenté, puis des tueurs qui finissent leur cavale sanglante, armes à la main, avant d’être abattus par les forces de police.

 

Il est encore trop tôt pour connaître le profil des assaillants. Peu importe, du reste. On le connaît déjà : sans doute de jeunes Britanniques issus de l’immigration, élevés en Angleterre, ayant fait plus ou moins officiellement acte d’allégeance à l’État islamique. Le mode opératoire fait plus penser à celui de «néophytes» qu’à celui de djihadistes endurcis, de retour du front irako-syrien. Peu de logistique, peu de savoir-faire, mais une féroce envie de tuer.

 

C’est une évidence bonne à rappeler : Daech a révolutionné le terrorisme, comme Uber et ses avatars sont venus bouleverser l’économie. Quand on y songe, le processus est très similaire, toute chose égale par ailleurs. Le système ancien reposait sur un marché oligopolistique hypercentralisé et spécialisé. Les organisations terroristes se sont construites historiquement en miroir des états-majors militaires traditionnels : fortement hiérarchisés et reposant sur une organisation professionnelle très réglementée. Une organisation repérait des individus, cherchait à les convaincre de la justesse de sa cause, investissait lourdement pour les former, les équiper et les projeter à l’étranger. Il fallait structurer des réseaux, mettre en affaire sérieuse, qui nécessitait du temps et de l’argent. Les opérations spectaculaires étaient complexes, donc rares. C’était le XXe siècle… Depuis, les choses ont bien changé.

 

Avec Daech, est arrivé l’« uber-terrorisme ». Une plateforme sur le Web met en contact des commanditaires avec des prestataires, partout dans le monde. Un peu comme les fondateurs d’Uber ont monté un service de chauffeurs privés à la demande, permettant à de simples particuliers de transporter des usagers, Daech a brisé les codes du terrorisme en le libéralisant totalement. Le coup de génie de l’État islamique est d’avoir compris que la main-d’œuvre n’était pas rare, mais pléthorique. Qu’il suffisait d’abattre les barrières à l’entrée de la filière, d’abolir la sélection et les intermédiaires pour révolutionner le terrorisme. Daech a compris que tout homme ayant un compte à régler avec la société était un terroriste en puissance, pour peu que l’on sache canaliser sa haine. Pour cette organisation 2.0, les terroristes en puissance constituent une « force de travail » disponible comme l’eau sortant d’un robinet, que l’on ouvre ou que l’on ferme à volonté. Presque n’importe qui peut devenir terroriste, pour peu qu’il en ait ou qu’on lui en donne, à un moment donné, l’envie. Le modèle économique de cet « uber-terrorisme » est tellement parfait que les candidats terroristes sont considérés comme des contractants individuels auxquels incombe même la charge du financement de l’opération. Daech offre un sens à la vie de ses « entrepreneurs indépendants » et leur garantit la célébrité, mais, en échange, il leur est demandé d’assumer tous les coûts, comme se procurer un véhicule ou des armes.

 

Face à la révolution que constitue cette nouvelle forme de terrorisme, les États victimes de leur force de sécurité sont dépassés. Jamais ils n’ont eu à faire face à un danger aussi permanent, diffus et généralisé. En moins de dix ans, la menace a non seulement changé d’échelle, mais presque aussi de nature. Notre appareil répressif (renseignement-police-justice) doit s’adapter en permanence pour lutter contre les deux formes, pour ne pas dire les deux générations de terroristes auxquelles il est aujourd’hui confronté. Pour ce qui est des djihadistes issus des filières irakiennes, syriennes ou libyennes, nos services ont une certaine expérience utile. Nous savons, la plupart du temps, les identifier, les suivre à la trace et les neutraliser. Reste que leur nombre et les problèmes de circulation de l’information entre les États leur donnent parfois un avantage stratégique décisif.

 

Mais le vrai défi concerne ces nouveaux « entrepreneurs individuels» de la terreur, apparus ces deux ou trois dernières années. Si nous n’y prenons pas garde et continuons d’appliquer les mêmes bonnes vieilles recettes à ce phénomène inédit, ne risquons-nous pas de connaître le sort que réserva en 1964 un jeune boxeur ambitieux mais inexpérimenté, nommé Mohamed Ali, au vieux champion du monde des poids lourds, Sonny Liston?

 

Jamais les fondations de nos sociétés libérales n’auront été soumises à une telle épreuve, du moins en temps de paix. Car nous sommes bien en paix actuellement, en dépit des discours mobilisateurs qui nous sont tenus. En temps de guerre, de vraie guerre, comme entre 1914 et 1918, par exemple, nos concitoyens ont su accepter le sacrifice de leurs droits et libertés individuels pour assurer le salut de la patrie. Quand un pays est en guerre, son gouvernement instaure la censure, interdit la liberté de réunion et d’aller et venir, interne les opposants dangereux ou les dissidents et n’hésite pas à fusiller ceux qui collaborent avec l’ennemi. Tous les régimes, mêmes démocratiques, se plient à la discipline militaire la plus stricte en vue de la victoire finale.

 

Notre état d’urgence, décrété après les attentats de 2015, nécessaire et utile, n’est à côté qu’une plaisanterie. Nous sommes évidemment en paix. Et en temps de paix, rien n’est plus sacré que la liberté individuelle et l’égalité devant la loi. En dépit de quelques légères entorses, le principe est que jusqu’à sa condamnation, un suspect est présumé innocent. Et que même après, il est davantage une personne à réinsérer au plus vite dans la société, qu’un coupable à isoler pour protéger les autres. En somme, en temps de paix, on refuse « de faire une omelette en cassant des œufs ».

 

Cela étant, nous ne sommes pas forcément rendus à l’impuissance. Tout est affaire de nuance, mais aussi et surtout de confiance. Or le nouveau gouvernement de la France jouit aujourd’hui de cette confiance. Il ne peut être suspecté de tentation autoritaire. Libéral, nul ne peut douter de son attachement aux principes fondamentaux issus de notre histoire républicaine. C’est pour cela qu’il peut, plus qu’aucun autre, faire preuve d’audace et de fermeté pour défendre nos concitoyens et protéger notre pays.

 

Seule une stratégie antiterroriste qui acceptera de déplacer les lignes nous donnera la sécurité à laquelle nous aspirons. Elle devra reposer sur une politique ambitieuse de renseignement et d’anticipation accordant sa priorité au décèlement précoce des profils à risque. C’est également au plus près du terrain qu’il faudra mettre les moyens. Cessons d’empiler les structures non opérationnelles à Paris et redéployons du personnel là où se trouve le danger. Les états-majors rassurent sans doute les décideurs mais ne contribuent pas à notre sécurité quotidienne. Face à l’ubérisation du terrorisme, il faut penser différemment, faire preuve de plasticité, d’innovation et de pragmatisme.

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B. « FAMILLE ET SOCIETE » . Politique et sens de la vie

Posté par papaours le 13 juin 2017

Par Luc Ferry

 Tiré du Figaro du 8 juin 2017

 

Dans un discours qu’il prononce en public au cours de l’année 1930, alors que la crise de 29 n’en finit pas de produire ses effets désastreux, John Mayhard Keynes, le plus grand économiste de son siècle avec Schumpeter, fait cette déclaration solennelle . « Je m’attends au plus grand changement qui se soit jamais produit dans l’histoire de l’humanité ». Contre toute attente, il n’annonce pas la catastrophe, mais au contraire la fin de la lutte pour la survie, le passage des sociétés de subsistance à celles d’abondance. L’humanité, déclare-t-il devant une audience quelque peu médusée, tant la période laisse plutôt présager le pire, « est en train de résoudre son problème économique. Je prédis que dans les pays de progrès, le niveau de vie dans cent ans sera de quatre à huit fois supérieur à celui d’aujourd’hui. Cela n’aurait rien d’étonnant, même à la lumière de nos connaissances actuelles. Et juger possible une amélioration de loin supérieure ne serait pas extravagant ».

 

L’histoire donnera raison à Keynes. Il n’en est pas moins conscient que le système capitaliste, qu’il n’aime guère, crée sans cesse des besoins artificiels en quantité potentiellement infinie. Mais ce qui est clair à ses yeux, c’est que les besoins basiques – se nourrir, se vêtir, se loger, s’habiller – seront, eux, entièrement satisfaits pour tous dans un avenir proche.

 

C’est alors la question métaphysique du sens de la vie, de la sagesse et de la vie bonne qui deviendra centrale et nous aurons enfin tout loisir de l’affronter de plain-pied. On verra deux attitudes se mettre en place. D’un côté, celle délétère, de ceux qui sacrifieront à la quête infinie des artifices, qui continueront à consommer pour consommer, à chercher l’avoir plutôt que l’être et la richesse plutôt que la sagesse. Deux aspirations folles domineront alors leur existence : l’argent plus que la joie de vivre et le futur plus que le présent. Où Keynes rejoint un des thèmes majeurs de l’épicurisme : lorsqu’on est dans l’addiction, dans la quête vaniteuse des biens de ce monde, la vie ressemble, nous dit déjà Lucrèce, au tonneau des Danaïdes. On est dans l’insatisfaction chronique, car on désire toujours ce qu’on n’a pas, sans jamais se contenter de ce qu’on a. Le véritable sage est au contraire celui qui sait habiter le présent à l’écart de ces deux illusions qui pèsent sur la vie humaine : le passé et le futur, tous deux peuplés de « passions tristes » (Spinoza). Voilà pourquoi notre économiste plaide pour une autre attitude, celle des sages qui se contenteront des désirs naturels et qui feront du fameux carpe diem d’Horace un mot d’ordre vital : « Je nous vois donc libres de revenir aux principes les plus sûrs de la religion et de la vertu traditionnelles : la cupidité est un vice, l’usure un délit, l’amour de l’argent est exécrable. »

 

On pourrait objecter que le goût de la perfectibilité, de l’amélioration sous toutes ses formes des conditions de vie, de la santé, mais aussi des objets de tous les jours, n’est pas simplement affaire d’addiction, de vanité, d’amour-propre et de distinction, mais tout simplement de progrès. Pourquoi, après tout, faudrait-il ne pas préférer ce qui est mieux à ce qui est moins bien ? Qui voudrait revenir aux voitures des années 1930 alors que celles d’aujourd’hui sont infiniment plus sûres, plus fiables, plus confortables, plus silencieuses, plus agréables et plus rapides ? Qui souhaiterait remplacer nos TGV par les tortillards lents et bruyants de mon enfance ? Qui voudrait revivre à des époques où, faute d’antibiotiques, la moindre coupure, voire une simple rage de dents pouvait vous ôter la vie ? Reste que la question posée par Keynes est la bonne et qu’il a sans nul doute raison de la placer dans le cadre de l’élévation du niveau de vie. De fait, il est clair que seule une certaine abondance peut nous permettre d’affronter les interrogations métaphysiques. Tant que les êtres humains sont plongés dans la logique de la survie, elles sont nécessairement plus ou moins secondaires. Au lieu de s’en tenir à des sujets, certes importants, mais de simple gestion – réforme du Code du travail, des retraites, de la fiscalité, etc. -, il est urgent que nos politiques replacent les progrès qu’ils sont censés favoriser dans la perspective d’un grand dessein, au sein d’une nouvelle conception de l’humanisme faute de quoi, les efforts qu’ils demanderont aux peuples se heurteront toujours à une majorité de refus tant il est vrai qu’adapter à tout prix notre pays à la mondialisation n’est pas une fin en soi.

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B. « Famille et société ». «Chaque enfance est un miracle »

Posté par papaours le 12 juin 2017

Entretien avec Chantal Delsol

Article tiré de familles chrétiennes N° 2056 du 10 au 16 juin 2017. « CULTURE »

 

Propos recueillis par Diane Gautret

Chantal Delsol  L’enfant veut ardemment s’inscrire dans le monde. L’amour de ses parents et leur capacité à produire du sens vont l’y aider. Mais cette mission est délicate, rappelle la philosophe dans un ouvrage passionnant.

 « Un personnage d’aventure. Petite philosophie de l’enfance ». Par Chantal Delsol, Editions Le Cerf

 

 Pourquoi ce livre sur l’enfance maintenant?

J’ai toujours eu envie de le faire, à un moment ou à un autre. Il fallait néanmoins du recul. L’intérêt d’un tel livre est que l’expérience de la maternité et de l’éducation est en même temps philosophique, comme il advient quand un médecin fait de la philosophie de la médecine ou si un prince écrit un art de gouverner. Il fallait donc disposer de suffisamment d’expérience. J’ai une famille nombreuse et bon nombre de petits-enfants, dont les attitudes sont parfois décrites dans ce livre.

 

Peut-on donner une définition de l’enfance?

C’est la période d’apprentissage du monde et de ses significations. Toutes les activités que l’enfant accomplit et répète sont prétexte pour devenir partenaire au milieu d’un univers de sens, qu’il s’agisse de taper dans un ballon, de mettre le couvert ou de lacer un soulier. Il recherche et même collectionne tout ce qui lui rend l’existence compréhensible, à commencer par les traces de sa propre filiation. Il intègre le monde, humain et culturel, en silence, dans le secret de son cœur et de son esprit.

 

Longtemps habité par un tumulte d’émotions, de sentiments, de significations enchevêtrées, il doit passer à l’âge l’adulte pour transformer le chaos en ordre. Et seul un immense amour, sacrificiel, peut le garder de la détresse diffuse, immense, qui le guette devant ce chaos et les dangers du monde. En ce sens, chaque enfance est un miracle, parce qu’il faut, pour la sauver, tant de sollicitude que c’en est presque impossible.

 

Vous notez que, déjà à son époque, Nietzsche décrit un refus de la formation, c’est-à-dire un refus de produire du sens pour l’enfant et de l’insérer dans un monde ordonné et aimable. C’est terrible…

Friedrich Nietzsche appelle ce refus de la «formation », au sens propre, le moment du « chaos redoublé ». Il s’agit d’un chaos suscité par la lassitude et dont la terrible caractéristique est celle-ci : ce chaos est aimé en tant que tel ! D’où vient-il? Essentiellement du préjugé faux selon leque l’enfant possède déjà sa liberté et son individualité, avant toute formation – jugée de surcroît inutile. Ce préjugé, repris à son compte par l’époque postmoderne, engendre des êtres semblables, désabusés et cyniques, privés de la conscience personnelle qu’aurait pu faire naître une vraie formation.

 

Les générations des idéologues déçus, devenus des hommes de trop par leur inappétence au monde, jettent sur la Terre des enfants qu’ils ne savent pas accueillir, parce que pour accueillir il faut un havre de sens. Vous aurez remarqué que parfois les enfants issus de familles où rien n’a été transmis sous couvert de liberté et de non-discrimination cherchent ailleurs des convictions structurées, et peuvent tomber dans des sectes. De la même manière, l’enfant privé de mots va s’affairer à détruire le monde auquel il n’a pas pu donner forme…

 

La « fabrique » des hommes telle que définie par les Grecs, puis reprise par le judéo-christianisme, serait-elle en panne?

Les sociétés occidentales postmodernes sont matérialistes et attachées spécifiquement au bien-être. Elles produisent donc nécessairement des enfants du bien-être exclusif. Mais cela ne façonne pas des humains et des citoyens capables de sortir la tête haute des épreuves de l’existence : plutôt des jeunes semblables aux héros du feuilleton «Plus belle la vie », mièvres et affolés. Or, apprendre à vivre consiste, non pas à accorder l’argent avec la liberté, mais à proposer une idée désirable de la vie bonne, avec les arguments attenants et le témoignage de l’éducateur lui-même.

 

Quelles sont, justement, les qualités d’un bon éducateur pour répondre aux attentes de l’enfant?

L’éducateur ne peut pas dire à l’enfant : « Nous vivons comme ça par hasard, cela s’est fait tout seul, cela nous est égal.» Parce qu’alors l’enfant ne s’intéressera pas à sa propre existence et aura le sentiment d’être un jouet chahuté par les événements. L’éducateur dit au contraire : «Voici comment je vois la vie bonne, même si j’ai beaucoup de mal à la réaliser. Tu feras plus tard comme tu voudras, je t’invite à faire le tri parmi le contenu transmis et à l’améliorer à nouveau frais. Libre à toi aussi de rejeter la tradition. Cependant, je veux que tu saches que l’existence n’est pas une simple inanité, une boursouflure, ou un immense tour de prestidigitation. »

 

Comme le dit Hannah Arendt par ailleurs, il s’agit également de laisser croître ce qui est neuf et révolutionnaire en chacun d’eux: la vérité n’est pas un trésor enfermé.

 

Cet éducateur, n’est-ce pas lui finalement ce véritable héros d’aventure?

Nietzsche parle de l’effroi qui devrait saisir tout éducateur devant la lourdeur de sa tâche et la mise en jeu de ses certitudes. Il n’y a aucune recette pour l’éducation, tout se passe dans une alchimie mystérieuse. L’éducateur doit donc disposer d’une bonne dose de courage, car il lui faudra courir des risques au-dessus de l’abîme (c’est pourquoi il est important d’être deux!). Mais il lui faut aussi vivre comme il parle. Car l’enfant voit tout, il devine tout. C’est une conscience qui veille. L’éducation repose sur la vérité, sinon elle est dénaturée.

 

L’obsession frénétique du bonheur est-elle la seule à expliquer l’incapacité à façonner des adultes responsables?

Oui, il n’est pas sûr qu’en donnant pour but ultime le bonheur, l’âge postmoderne soit capable de façonner vraiment des adultes. Le bonheur ne sera jamais qu’un corollaire, il est l’atmosphère inattendue de l’accomplissement d’une vie. Beaucoup de lâcheté et de faiblesse se cachent aussi derrière la rengaine de la quête de bonheur.

 

Quel est-il, cet accomplissement?

Chacun est appelé à «faire son métier d’homme », selon la belle expression d’Albert Camus. Et cela ne coule pas de source. Cela s’apprend et se conquiert. Se comporter comme un humain – ne céder ni à la bête ni à l’ange -, voilà un louable dessein. La vocation d’homme consiste à prendre le monde en charge, à commencer par les plus proches. Aucune culture dans le temps et l’espace n’a jamais trouvé autre chose que ce rôle de sentinelle, pour un humain normalement disposé. Révéler les talents de l’enfant, à la lumière d’une véritable éducation morale, ne signifie pas engendrer l’enfant parfait, le premier en tout ; mais plutôt l’aider à utiliser ses talents pour la garde du monde, en un lieu précis qui sera le sien.

 

Le problème est que trop souvent, nous avons tendance à n’éduquer que les cerveaux, comme s’il y avait une sorte de honte à éduquer les cœurs et les âmes. Et le métier d’homme brille moins que la vocation professionnelle, ou artistique, ou autre.

 

L’émerveillement sauvera-t-il le monde, pour pasticher une phrase célèbre?

L’enfant abrite l’enthousiasme, l’admiration et la conscience de la grandeur du monde. La vraie vie, une vie humaine, laisse place à toutes ces qualités. L’enfant le sait d’instinct. À charge pour nous, adultes, de ne pas les égarer en cours de route et de préserver un lien avec l’enfance. n

 

 

À l’école de «la petite vie»

 

Vantée par les poètes, observée à la loupe par les psychologues de tous poils, l’enfance est rarement abordée sous l’angle de la philosophie. Le dernier ouvrage de Chantal Delsol n’en est que plus intéressant. Conjuguant l’expérience de la mère de famille et la pensée charpentée de l’intellectuelle, il livre une réflexion passionnante sur ce que l’enfant exprime et traduit de l’humanité, à commencer par son extrême vulnérabilité appelant sans cesse protection, amour, sens, raison et espoir.

 

Dans une très belle prose, il revient aussi sur la vie de famille et sur ce qu’elle comporte de sacré. La sphère privée est le sanctuaire où l’enfant va pouvoir grandir en toute sécurité, et d’abord être aimé pour ce qu’il est, gratuitement. Elle est le lieu où il va lui-même apprendre à vivre et à aimer. Elle est le creuset de ses rêves les plus fous. Par cet attachement viscéral au foyer (famille et maison), l’enfant est aussi le gardien d’une humble réalité. Sur cet aspect rarement développé, Chantal Delsol s’appuie sur les pages de Charles Péguy consacrées à «la petite vie».

 

Pour lui, la vie simple et ordinaire représentait «la mer profonde», c’est-à-dire «le socle originaire et primordial de l’existence, et au fond sa vérité même. Ainsi tout ce qui, au contraire, pouvait se dire en termes d’ambitions, d’aventures, d’œuvres sociales ou politiques, artistiques, visibles, prendrait sa source dans la petite vie.» Et plus loin: «L’enfant est à l’école de la vie privée de la petite vie, qui est une thébaïde de l’intime, du refuge, du silence, de l’habitude, du recueillement. Au fond, une école de la vérité, parce qu’à moins de perversion (l’inceste pratiqué dans les chambres secrètes), la petite vie se donne telle qu’elle est

 

«Petite vie » pour Péguy, ou «petite voie d’enfance» pour sainte Thérèse de Lisieux: au fond, un seul chemin vers la grande Vie.  D. G.

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C. « DIVERS ». Les élections. Le choix de Jean d’Ormesson

Posté par papaours le 4 mai 2017

 

« Je voterai pour Emmanuel Macron »

 

Article de Jean d’Ormesson*. Le Figaro du 28 avril 2017

 

Une semaine après le premier tour de l’élection présidentielle, une semaine avant le second tour, les Français ne respirent pas le bonheur. Le passé les attriste. L’avenir les inquiète. Il y a de quoi. Un désastre les menace.

On l’a dit et répété : la campagne a été invraisemblable jusqu’à la folie. Elle a surtout été cruelle. Invraisemblable et folle elle n’a pourtant pas été une surprise. Attaqués avec violence et mis presque au ban de la société, les sondages ont prévu le résultat avec assez d’exactitude. Aucun rapport avec le 21 avril 2002, où l’irruption de Jean-Marie Le Pen avait été un coup de tonnerre. Tout le monde savait, cette fois-ci, que sa fille serait au second tour. Elle a été plutôt en deçà de ce qu’il était permis de prévoir. Elle progressera encore le 7 mai.

La grande, peut-être la seule, leçon du scrutin, c’est l’effondrement des deux partis de gouvernement de droite et de gauche.

Le parallèle n’est qu’apparent: ce qui était attendu il y a encore quelques mois, c’était l’effondrement de la gauche et le triomphe de la droite. Le Parti socialiste s’est écroulé comme prévu. La droite a subi une amère défaite alors qu’elle espérait la victoire.

Voilà longtemps déjà que les Français sont désabusés et pessimistes.

Le 23 avril n’a pas dissipé les nuages.

La gauche ne sait plus où donner de la tête.

La droite a la gueule de bois. La gauche est un champ de ruines. La droite sort à•peine d’un chemin de croix politique et moral. L’une et l’autre ont du mal à faire leur deuil et à se trouver des motifs d’espérance. Le rejet à la fois de la droite et de la gauche constitue l’idée-force d’’Emmanuel Macron, qui est le grand vainqueur du 23 avril. Deux mérites ne peuvent pas être refusés à Macron: l’abord, il est un des rares – après Raymond Aron – qui ont dénoncé l’hémiplégie droite-gauche; ensuite il est le seul à avoir barré la route au Front national.

Depuis des années, la bataille contre le Front national a été menée de façon misérable. Attaqué, vilipendé, mis à l’écart, le Front national a fini par représenter un électeur sur quatre et peut-être sur trois sans apparaître dans les instances dirigeantes du pays. Ses partisans sont des Français comme les autres et ils méritent d’être respectés. Mais les thèmes du Front national doivent être combattus avec la dernière vigueur.

À droite et à gauche, ce qui nous oppose catégoriquement au Front national, ce sont trois points décisifs : son programme économique et social, modèle de démagogie ; son rejet de l’Europe et de l’euro ; sa volonté de verrouiller les frontières contre l’afflux des réfugiés et des demandeurs d’asile et de revenir à une forme extrême de protectionnisme. Beaucoup de gens de gauche, de libéraux, de chrétiens, d’esprits attachés aux traditions françaises ne peuvent accepter aucune de ces revendications. L’accession au pouvoir de Mme Marine Le Pen serait un malheur, non seulement pour la France et les Français dont le niveau de vie baisserait aussitôt, mais pour l’Europe entière et sans doute pour un monde qui nous regarde avec stupeur.

Après l’élimination de Sarkozy, de Juppé, de Fillon, porteurs successifs des attentes de la droite et du centre, Emmanuel Macron est le seul obstacle aux ambitions de Marine Le Pen. Qu’on le veuille ou non, il incarne ce qui nous reste d’espérance en l’avenir.

Tous les Français qui ne se reconnaissent ni dans l’extrême droite ni dans l’extrême gauche ont le devoir de voter pour lui. S’abstenir serait meurtrier. À la différence de 2002, un succès du Front national n’est pas impossible. Le 7 mai, avec Sarkozy, avec Juppé, avec Fillon, il faut voter Macron. Allons un peu plus loin. Le vote pour Macron ne doit pas être un vote de résignation. À défaut d’enthousiasme, il doit être un vote d’adhésion et de conviction. Nous étions quelques-uns en France à penser que le programme de François Fillon était le seul capable d’assurer le redressement du pays. Pour les raisons que l’on connaît, la bataille imperdable a été perdue. Le 7 mai, n’allez pas voter la tête basse, en rechignant, faute de mieux. Votez la tête haute et l’espérance au coeur.

Votre premier choix, notre premier choix n’était pas Macron. Pendant des semaines et des mois, dans ces rudes journées qui nous laissent un goût amer et sur lesquelles il est inutile de revenir, nous avons pris l’habitude de regarder en face les situations les plus difficiles et les problèmes les plus ardus. Continuons dans cette voie.

Monsieur le Ministre,

Mon cher Emmanuel,

Vous êtes jeune, rapide, très habile, ambitieux, sympathique, brillant, vous avez une femme remarquable. Il y a pas mal de choses à porter à votre crédit – mais aussi à votre débit. Inutile de le dissimuler, nous n’avons pas toujours été d’accord avec vous. Sur plusieurs points, nous divergeons. On pourrait les énumérer. Tout le monde s’en souvient. Nous les avons tous à l’esprit. Contentons-nous de constater la plus sérieuse de ces réserves. Elle constitue un fameux paradoxe. Pendant des années, la colère populaire a monté contre le gouvernement en place. Voilà, en fin de compte, qu’un membre éminent de ce gouvernement, le plus lucide évidemment, le moins sectaire, le moins conformiste – c’est vous -, incarne notre espérance. Il y a de quoi se taper la tête contre les murs. Mais les faits sont là. Ils s’imposent. Vous êtes aujourd’hui, après le premier tour, le seul rempart contre les catastrophes promises par Mme Le Pen. Devant le péril, au lieu de nous attarder sur ce qui nous sépare, cherchons plutôt ce qui nous rassemble. Vous voulez dépasser l’opposition stérile et absurde entre la gauche sociale-démocrate et la droite modérée. Nous aussi. Vous voulez libérer le travail. Nous aussi. Vous voulez simplifier, un peu au-delà, espérons, des promesses fallacieuses de feu le quinquennat. Nous aussi. Vous voulez encourager l’entreprise. Nous aussi. Comment ne pas vous soutenir en face des délires démagogiques, antieuropéens et intolérants de Mme Le Pen? Nous sommes en marche avec vous, non certes pour des raisons d’opportunisme, maïs pour des raisons d’évidence où tiennent une place décisive la volonté de rassemblement, le désir de réconciliation, l’espérance en l’avenir. Et aussi, et d’abord, le reflux du cauchemar que représenterait pour le pays et pour chacun d’entre nous l’accession au pouvoir du Front national.

Le 7 mai, nous ne nous abstiendrons pas. Nous voterons pour vous avec résolution. Mais, imposé par l’urgence, ce soutien n’est pas un chèque en blanc.

Si vous deviez échouer dans la formidable entreprise où vous vous êtes engagé avec talent, avec audace et avec ambition, vous laisseriez le pays dans un état plus grave encore que celui, consternant, où il se trouve aujourd’hui après cinq années de socialisme. Tout serait alors possible. Le pire deviendrait presque sûr. La catastrophe n’aurait été que retardée. Votre tâche est immense. Votre responsabilité, écrasante. Aussi largement que possible face à une menace de malheur, vous allez gagner une bataille. Il vous faut gagner la guerre.

*De l’Académie française.

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