E. « LIVRES ». SAINT VINCENT DE PAUL

Posté par papaours le 9 mai 2018

 Un membre de la conférence Saint Vincent de Paul nous recommande le livre « Saint Vincent de Paul » de Chantal Crepey (Edition SALVATOR). C’est avec plaisir qu’à notre tour nous vous le recommandons. Vous trouverez ci-après un extrait du chapitre 9 de ce livre.

 

Chapitre 9. Le secret d’une vie

 

Un défi

 

Génial fondateur et organisateur reconnu de la charité, artisan de la formation ecclésiastique, réformateur audacieux dans l’Église, actif défenseur de la droite doctrine, partenaire influent des pouvoirs publics, éclaireur des consciences, théologien de la charité, promoteur de la femme dans l’Église et dans la société, ami des petits et des grands, évangélisateur ardent des pauvres, missionnaire de l’au-delà des frontières, quand Monsieur Vincent meurt à Paris en 1660, sans le proclamer, il a changé le visage de l’Église et de la société.

 

 

La vie de saint Vincent de Paul, comme son œuvre, est si riche et si diverse qu’elle surprend et captive comme l’épopée d’un mousquetaire. Sa personnalité éblouit, riche de mille facettes…

Vincent 1 enfant qui promet: le petit pâtre landais quitte la ferme familiale porteur de tous les espoirs de son père qui ira jusqu’à vendre une paire de boeufs pour payer ses études.

Vincent le jeune prêtre impatient: ordonné prêtre à vingt ans et à peine six mois, il se met à la recherche de bénéfices, se rend à Rome, à Bordeaux, galope de Toulouse à Marseille, puis au retour de sa captivité, encore Rome enfin… Paris!

Vincent le captif libéré par miracle: blessé et fait prisonnier par les Barbaresques, vendu comme esclave en Afrique du Nord, il s’évade au bout de deux ans par une grâce de la Sainte Vierge qu’il priait sans relâche.

Vincent l’homme meurtri: accusé publiquement de vol, il supporte en silence la calomnie.

Vincent le prêtre en crise: assailli par le doute, le voeu qu’il fait de se consacrer aux pauvres le délivre de sa crise spirituelle.

Vincent l’homme de cour: il fréquente, dans les salons de la reine Margot puis des Gondi, les plus grandes familles du royaume et la haute société des lettres et des arts.

Vincent le converti: Bérulle l’éblouit, François de Sales le transforme.

Vincent le père des pauvres: mordu au coeur par l’abandon spirituel des paysans puis par la misère matérielle qui se cache, à trente-sept ans il commence une nouvelle vie. Toute misère aura droit à sa sollicitude.

Vincent le fondateur: homme d’action, énergique et efficace, il pose les bases de multiples oeuvres qui, quatre siècles plus tard, sont encore d’actualité.

Vincent le missionnaire: il est dévoré du zèle des âmes: « Il ne suffit pas d’aimer Dieu si mon prochain ne l’aime ».

Vincent le promoteur des femmes dans l’Eglise et dans la société: il excelle dans la coopération avec les femmes. «J’ai donné aux femmes un ministère dans l’Église, le ministère de la charité. » Il mobilise les Filles de la Charité pour l’instruction des petites filles.

Vincent le théologien: il se déclare «écolier de quatrième » mais il est bachelier en théologie et licencié en droit canonique de l’Université de Paris.

Vincent le formateur des prêtres: il s’emploie avec ardeur à la formation du clergé et fonde des séminaires.

Vincent l’homme d’influence: apprécié des plus grands, consulté souvent par Richelieu, proche de Louis XIII, membre du Conseil de conscience, écouté par Anne d’Autriche… écarté par Mazarin.

Vincent le quêteur obstiné: il entraîne la haute société dans une charité effective en sollicitant le soutien financier des plus fortunés pour le développement de ses oeuvres; il perfectionne la recherche de fonds à travers ses lettres, les Relations.

Vincent l’homme de plume: il a écrit plus de trente mille lettres (en comptant les nombreuses copies), soit trois fois plus que Voltaire !

Vincent le prédicateur: ce paysan de génie est doué d’une puissance oratoire qui sait convaincre. Il mobilise son entourage par ses discours.

Vincent l’homme de raison: son premier biographe Louis Abelly disait de lui qu’ « il excellait pour le bon sens ».

Vincent le défenseur de la doctrine: le consolateur des affligés est aussi plein de zèle pour la défense de la vérité; il s’oppose farouchement aux déviations par rapport à la saine doctrine.

Vincent le mystique: il nous a livré son secret: « Il faut la vie intérieure, il faut tendre là; si on y manque, on manque à tout’ », et laissé son portrait: « Donnez-moi un homme d’oraison, et il sera capable de tout.»

 

Depuis la biographie de son vieil ami Louis Abelly en 1664, celle de Pierre Collet en 1748 et d’Ulysse Maynard en 1860, et l’œuvre de Pierre Coste publiée entre 1920 et 1925 en quatorze volumes complétée par ses trois volumes en 1933 Le Grand Saint du Grand Siècle: Saint Vincent de Paul, on citera, parmi tant d’autres, l’œuvre d’André Dodin (1926-1995), l’ouvrage de José Maria Romàn en 1981, les recherches actuelles de Bernard Koch, celles de John E. Rybolt, et l’ouvrage tout récent de Marie-Joëlle Guillaume’. Plus de mille publications se sont accumulées sur celui que Voltaire appelait « le patron des fondateurs »!

 

1. Marie-Joëlle Guillaume, Vincent de Paul, un saint au Grand siècle, Perrin, Paris, 2015, Grand Prix catholique de littérature en 2016.

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B. « RELIGIONI ». HARO SUR LA CALOTTE

Posté par papaours le 3 septembre 2018

Tiré du Figaro Magazine, du 31 août 2018

 Article de  Jean-Christophe Buisson

 

 France, fille aînée de l’anticléricalisme pavlovien… Il aura suffi d’une phrase du pape François pour que tout ce que notre pays compte de bouffeurs de curés retrouve ses vieux réflexes combistes. Depuis cinq ans, les propos de l’homme en blanc sur les migrants, les pauvres, l’écologie, l’extrémisme religieux ou les droits de l’homme avaient fini par semer le doute chez les plus sceptiques : et si ce souverain pontife, porteur émérite de la doctrine sociale de l’Église, prouvait définitivement (comme si besoin en était…) que celle-ci avait vraiment changé depuis l’Inquisition et Torquemada?

 

D’où le soulagement de ces sous-ministres, micro-associations et pseudo-intellectuels ayant cru comprendre que François suggérait de « soigner » par la psychiatrie les jeunes de l’homosexualité.

 

Oh la belle affaire : un pape homophobe ! Et subito, pieuses condamnations et odieux commentaires de pleuvoir comme à Gravelotte sur la calotte du Saint-Père. Sauf que le pape n’a pas dit cela. Il a suggéré aux parents engagés dans le difficile dialogue avec leurs enfants homosexuels de recourir, si besoin, à un accompagnement psychologique pour les aider, eux (les parents !), à accepter leurs fils et leurs filles tels qu’ils sont.

 

Au royaume des malentendants, les sourds sont rois.

 

Jean-Christophe Buisson

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B. « RELIGIONI » . François sur le banc des accusés

Posté par papaours le 3 septembre 2018

Tiré de Famille chrétienne, N° 2120 (du 1er au 7 septembre 2018

Article de Samuel Pruvot

 

Tandis que le pape cherche à sortir des scandales de pédophilie, l’ancien nonce Carlo Maria Vigano exige sa démission pour avoir couvert les abus du cardinal McCarrick. Enquête à chaud.

 

C’est une bombe qui a explosé au Vatican alors que le pape était encore en Irlande. Une bombe atomique qui le met en cause directement sur la question des abus sexuels. Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce apostolique aux États-Unis, révèle que François aurait couvert les agissements du cardinal Théodore McCarrick, ancien archevêque de Washington. Dans une déclaration de onze pages, il explique que le pape aurait été informé dès 2013 des agissements abominables du cardinal à l’encontre de nombreux séminaristes. Mais il aurait choisi de le couvrir… et même d’en faire un « conseiller ».

 

RETOUR SUR LES FAITS :

. Le 26 août, une lettre explosive de Mgr Vigano publiée par le site américain National Catholic Register met en cause le pape.

. L’ancien diplomate du Saint-Siège accuse le sommet de l’Église d’avoir été informé de Cinconduite sexuelle du cardinal américain Theodore McCarrick dès 2000 et de ravoir malgré tout nommé arche­vêque de Washington puis cardinal.

 

 La charge de Mgr Vigano contre François est très vigoureuse : «Le pape a suivi les conseils de quelqu’un qu’il connaissait bien pour être un pervers, multipliant ainsi de manière exponentielle par son autorité suprême le mal fait par McCarrick. Et combien d’autres pasteurs diaboliques François continue-t-il à soutenir dans leur destruction active de l’Église!» Par ailleurs — autre élément à charge —, François serait passé outre aux sanctions canoniques prises par Benoît XVI contre le cardinal McCarrick (sanctions non publiques et non exécutées) à la fin des années 2000.

 

Dans la foulée de ces « révélations » — toujours invérifiables à l’heure où nous bouclions —, Mgr Vigano a réclamé la démission du pape et celle de ses principaux collaborateurs impliqués dans l’affaire. « C’est une chose inouï »», commente Christophe Dickès, auteur de « Le Vatican. Vérités et légendes » (Perrin). « Cela révèle les graves oppositions et les clivages au sein de la Cité du Vatican. On atteint une forme de paroxysme. »  Interrogé dans l’avion de retour de Dublin, François n’a pas voulu commenter à chaud ces accusations devant les journalistes: « Lisez attentivement et faites-vous votre propre jugement. Je ne dirai pas un mot là-dessus. »

 

UNE AFFAIRE TRÈS COMPLEXE

 

C’est donc un long travail d’enquête qui commence pour démêler le vrai du faux. L’affaire est particulièrement complexe et passionnelle, car son extrême gravité ne fait aucun doute. Plusieurs vaticanistes, dont Andrea Tornielli, se demandent « pourquoi Benoît XVI aurait voulu tenir secrètes les mesures disciplinaires contre le cardinal McCarrick. Pourquoi elles n’auraient jamais été suivies d’effet ». Ce qui rendrait Benoît XVI lui aussi complice si l’existence de ces sanctions était avérée. Or Mgr Vigano tient pour certain que « le pape Benoît XVI a imposé les sanctions canoniques » .

 

« Je vois ici une contradiction », souligne Jesus Colina, du site Aleteia. «Quand Benoît XVI a condamné le Père Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ, la décision a été rendue publique. Le monde entier savait qu’il était condamné à demeurer dans un lieu de prière, à l’écart, pour faire pénitence jusqu’à la fin de ses jours. »

 

En attendant de nouvelles informations, c’est l’image du pape qui est d’ores et déjà abîmée. « Ce sont des accusations très graves compte tenu de la personnalité qui les profère », commente un évêque français. « Ce document sape les déclarations du pape sur les abus sexuels. Le message en creux est le suivant: le pape dit beaucoup de choses mais il ne fait rien. Et lui-même a couvert des abus. »

 

Mgr Viganô prétend, lui, défendre l’Église d’un grand péril: « Maintenant que la corruption a atteint le sommet de la hiérarchie de l’Église, ma conscience m’impose de révéler ces vérités. ». Il précise, avec des accents dramatiques: « Nous devons abattre la conspiration du silence par laquelle prêtres et évêques se sont protégés aux dépens de leurs fidèles, une conspiration du silence qui risque, aux yeux du monde, de faire paraître l’Église comme une secte, une conspiration du silence semblable à ce qui prévaut dans la mafia. »

 

Ces propos pourraient être jugés surréalistes s’ils n’étaient le fait d’une personnalité crédible. « L’action de Mgr Viganô s’inscrit dans la volonté de Benoît XVI de nettoyer les écuries d’Augias à la Curie», note Christophe Dickès. En charge de la gestion de la cité du Vatican en 2010, «Mgr Vigano s’est employé à mettre fin à tous les abus existants: surfacturation de prestations, appel d’offres plus ou moins douteux, copinage… Si bien que, quand il a été nommé nonce aux États-Unis… Dans le monde du Vatican, quand quelqu’un gêne, on assure sa promotion ailleurs. Il y a même un dicton latin pour cela: « Promoveatur ut amoveatur » (« Promouvoir afin de retirer’). Ce sentiment a été confirmé par la lettre que Mgr Vigano a écrite au pape Benoît XVI bien plus tard. Une lettre dont le contenu s’est retrouvé dans les journaux dans le cadre de la fameuse affaire Vatileaks.»

 

«Je crois que c’est une personne de bonne foi, estime le vaticaniste Jesus Colina. Mais, quand Mgr Vigano n’est pas entendu, il a tendance à voir le mal partout. Il a une psychologie un peu rigide. »

 

Les propos de Mgr Viganô pourraient être jugés surréalistes s’ils n’étaient le fait d’une personnalité crédible. Avec ses zones d’ombre néanmoins.

 

Si le prélat inspire confiance, certains à Rome refusent de faire de lui un chevalier blanc: «Ses motivations ne sont pas toutes pures. Ce document est aussi une forme de vengeance personnelle contre une partie de la Curie qui ne lui a pas permis d’obtenir la pourpre cardinalice. Il semble qu’il y ait aussi une vengeance personnelle contre François qui lui aurait fait quitter l’appartement qu’il avait encore à l’intérieur du Vatican pour le renvoyer dans son diocèse… »

 

Mais Mgr Vigano se défend d’avoir agi par ressentiment: « La principale raison pour laquelle je révèle ces faits maintenant est la situation tragique dans laquelle se trouve l’Église. Je le fais pour prévenir de nouvelles victimes et protéger l’Église: seule la vérité peut la libérer » Oui, la vérité doit être faite.

n Samuel Pruvot

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C. « DIVERS ». Limites de l’accueil des migrants.

Posté par papaours le 25 août 2018

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli

Tiré de « LES AMIS DU MONASTERE », Monastère Sainte-Madeleine, numéro du 11 juin 2018, saint Barnabé.

 Par F. Louis-Marie, O.S.B., Abbé

 

Nous connaissons tous l’histoire du peuple de l’ancienne Alliance, au moins dans les grandes lignes.

 C’est comme étranger que ce peuple a pris sa première forme, en exil en Égypte. D’abord bien accueilli grâce à Joseph, il a ensuite connu l’esclavage et une liberté chèrement acquise par la traversée de la mer Rouge, puis du désert pendant quarante ans. Cette réalité originelle a été souvent rappelée à ce peuple, et c’est pourquoi Yahvé lui a demandé d’accueillir l’étranger. Le pape François rappelle que cette exigence de droit divin est toujours actuelle : « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 34), et plus forte encore est la condamnation de Jésus : « J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli » (Mt 25, 35). Le magistère insiste sur ce point depuis au moins Pie XII. Il est clair que ce message ne rencontre pas un grand enthousiasme auprès des Européens, même auprès des catholiques. Il y a des raisons à cela : le terrorisme, les viols, le chômage et la défense de l’identité des pays accueillants. Certains prétendent que les évangiles ne concernent que les individus et non pas l’État. Ce point-là manque de précision.

 Faut-il donc accueillir tous les étrangers sans aucune limite et sans prudence politique ?

Je crois qu’il est bon de rappeler une distinction entre les commandements positifs (dits aussi

affirmatifs) qui exigent de faire le bien, et les commandements négatifs, qui interdisent de faire le mal. Ces derniers valent pour tous, toujours, à tout instant, et en tout lieu. « Ne pas tuer l’innocent, ne pas commettre d’impureté, ne pas voler et ne pas mentir » sont valables sans exception. Il n’y a pas de circonstance extrinsèque qui permettrait de les commettre. Par contre, pour les commandements positifs, bien qu’ils soient a priori toujours valables, ce n’est pas à tout instant. Leur application doit tenir compte des circonstances qui la rendent possible, opportune, ou non, et déterminent la mesure selon laquelle les exécuter. Par exemple « faire l’aumône » exige que l’on aide les pauvres mais n’oblige pas à mettre en péril sa propre famille ou son pays. C’est ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique au n° 2241:

« Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »

Ainsi, un pays peut décider de fermer ses frontières à tel type d’immigration si elle présente objectivement un danger important, qu’il soit économique ou politique, à court ou à long terme, et cela sans aller contre le commandement de Dieu.

 Saint Benoît demande que l’on accueille l’étranger comme le Christ, et qu’on lui témoigne toutes les marques d’humanité. Et il ajoute que l’on devra d’abord prier ensemble pour déjouer les ruses du démon, puis lire un passage de l’Écriture. Enfin, il précise que si l’hôte est exigeant, on le priera de se retirer.

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C. « DIVERS ».LE TRUMPISME VU PAR LUC FERRY

Posté par papaours le 22 août 2018

Le trumpisme, un bien mauvais modèle pour les souverainistes français

 Luc Ferry.  Le Figaro

Pour un Français attaché à nos traditions républicaines, l’actuel hôte de la Maison-Blanche représente une vivante anomalie. Nous avons sévèrement jugé les présidents qui n’ont su incarner le magistère auquel nous les avions élevés. Donald Trump, lui, n’hésite pas à bafouer toute forme de civilité en avilissant, avec un naturel déconcertant, la haute fonction qu’il occupe. La grossièreté du personnage, son inculture, son incuriosité, son irascibilité, sa susceptibilité, son imprévisibilité, surtout, et son usage pathologique du mensonge le servent, apparemment, autant qu’ils lui portent préjudice. Voici un chef d’Etat qui préfère aux procédures démocratiques habituelles – qu’il connaît mal et dont il n’a cure – les méthodes expéditives de la téléréalité, qu’il maîtrise en virtuose – tweets virulents, déclarations tapageuses, insultes ciblées, de préférence en direct, contre des chefs d’État étrangers, des journalistes indociles, des adversaires politiques, des législateurs récalcitrants et jusqu’à ses propres collaborateurs. Lui seul possède le secret de fabrication de son personnage, mélange détonant de culot et d’obscénité, qui résiste d’ailleurs à toute imitation.

 Même sa manière de tordre la réalité, ou de la fabriquer, échappe à l’ordinaire des mensonges politiques. Ce président-là réduit la vérité à un point de vue personnel, momentané, révisable. Ce qui lui importe n’est pas de dire la vérité mais de paraître véridique, pendant que les besogneux « fact­checkers » s’essoufflent à rattraper le flot ininterrompu de ses mensonges.

 Sa fortune, qu’il adore exhiber en l’exagérant, les possessions qui portent son nom en lettres géantes ont également de quoi indisposer dans un pays comme la France où parler d’argent relève toujours d’une faute de goût. Trump a la fortune vulgaire, et narcissique : il aime la montrer mais la réserve à son seul usage et ne songe à la gaspiller ni dans le mécénat ni pour des œuvres éducatives ou philanthropiques.

 Tout comme il n’hésite pas à assumer une forme de virilité, à l’heure de l’effacement de la domination masculine. Une virilité passablement fruste, la forme dégradée, si l’on veut, de l’honneur aristocratique dont Montesquieu avait immortalisé les traits. Comme l’a noté récemment le philosophe politique Harvey Mansfield, M. Trump ne vise en effet ni l’esprit de sacrifice ni l’oubli de soi. Son robuste égoïsme lui insuffle plutôt une soif inextinguible d’être aimé, encensé, applaudi. Pourtant, l’espèce « d’honneur au rabais » qu’il incarne, pimenté par la dénonciation des élites, continue à lui attacher ses électeurs, nullement contrariés par sa vulgarité et ses outrances ; ils y voient au contraire une expression d’authenticité à laquelle eux peuvent s’identifier.

  »Toute ma vie j’ai fait des deals. Je le fais vraiment bien ». La méthode est bien connue : tenir l’interlocuteur dans l’incertitude, prendre constamment l’initiative, passer à l’offensive, forcer l’autre à agir. Transposé au domaine politique, ce credo n’a produit guère de résultats. Sur les dossiers qui intéressent de près – la Corée, le commerce international, le nucléaire iranien, la Russie – , aucune issue claire ne se dessine à l’horizon, si ce n’est les risques d’une guerre commerciale et d’une sérieuse dégradation de la situation internationale.

 En France, certains reconnaissent à M. Trump le mérite de vouloir asphyxier l’immigration, de fustiger la tyrannie du politiquement correct et de revendiquer sans fard sa politique identitaire. Faut-il rappeler que l’immigration aux États-Unis touche des populations et soulève des problèmes sensiblement différents des conséquences produites en France par l’immigration arabe ou par la crise des migrants?

 Donald Trump a eu l’intuition infaillible en effet de retourner contre l’idéologie multiculturelle ses propres arguments : aux « minorités » qu’elle célébrait en victimes, il opposait les laissés-pour-compte de la crise économique, ignorés par les élites parce qu’ils étaient blancs et n’avaient rien de politiquement correct. Mais il l’a fait à sa manière, démagogique, venimeuse et auto promotionnelle.

 Quant à son brevet de patriotisme, il appelle aussi quelques correctifs. « L’Amérique d’abord »? Cette devise électorale a peu à voir avec le patriotisme et beaucoup avec le nationalisme, deux notions que George Orwell, dans un texte célèbre, distingue et même oppose. Le patriotisme, c’est l’attachement à un territoire, à une manière d’être, nationale, culturelle, qu’on vénère mais qu’on n’entend imposer à personne. Le nationalisme se nourrit de la volonté de puissance, de domination ; il est conçu en termes de victoires et de défaites, d’élévation et d’humiliation.

 

L’Amérique d’abord de Trump est un nationalisme vidé de son contenu patriotique, méfiant envers les nations étrangères, hostile aux conventions internationales et préférant un pur bilatéralisme à toute forme d’engagement multilatéral. D’où les récriminations contre L’OTAN, l’Europe, les accords de libre-échange… tous soupçonnés de parasiter la grandeur américaine.

 

Patriote, Donald Trump?

Voyez la consternante conférence de presse de Helsinki, où il avalisait les mensonges d’un autocrate étranger sur les ingérences russes dans les élections présidentielles américaines, en balayant les rapports accablants réunis par ses propres services de renseignements et assimilés à un acte de guerre : c’était désavouer, sans même s’en apercevoir, l’État qu’il préside au bénéfice de l’auteur même de ces délits. Bref, c’était Poutine d’abord.

 

M. Trump a raison d’admonester les États européens qui lésinent sur leur contribution au budget de L’OTAN. De pointer l’incohérence des Britanniques à vouloir se maintenir dans la zone de libre-échange européenne et obtenir un accord commercial avantageux avec les États-Unis. D’évoquer la dépendance excessive des Allemands au gaz russe. Et d’avoir arraché la question du politiquement correct à l’enceinte des campus pour l’agiter sur la place publique.

 

Mais une chose est de reconnaître le rôle « d’idiot utile » qu’il lui arrive quelquefois d’assumer, une autre de l’ériger en icône souverainiste ce qui le ferait sans doute bien rire.

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B. « RELIGIONI » . Non, il n’y a pas de nature humaine !

Posté par papaours le 22 juillet 2018

Tiré du Figaro du 5 juillet 2018

Article de Luc Ferry

 

Des Khmers verts aux bioconservateurs en passant par les fondamentalistes religieux, on ne cesse de ressasser l’idée qu’il existerait une « loi naturelle », une « nature humaine » qui serait pour nous comme un guide, voire comme un modèle moral. Or cette idée est fausse, radicalement fausse.

En vérité, la nature est aveugle, amorale et injuste. Les « gros y mangent les petits » (Spinoza) et jamais nous n’aurions inventé ni la démocratie, ni la protection des handicapés, ni la médecine moderne si nous avions imité une nature où la sélection naturelle règne sans partage. C’est dans le mythe de Prométhée tel que le sophiste Protagoras le raconte dans le dialogue de Platon qui porte son nom qu’apparaît pour la première fois l’idée que la notion de nature humaine est pure illusion. À la fin du XVe siècle, le mythe est transposé dans un cadre chrétien par Pic de la Mirandole dans son fameux Discours sur la dignité humaine dont je vous recommande la lecture. Pic y raconte comment Dieu a créé les mortels en commençant par les animaux. Pour chaque espèce, il conçoit un archétype, c’est-à-dire une nature qui détermine de part en part les individus qui en sont membres. C’est ainsi que les abeilles sont programmées de toute éternité pour butiner et les chats pour courir après les souris. Dieu les a équipés pour ça, offrant à chaque espèce des qualités propres qui lui permettent de survivre à côté des autres dans ce qu’on appellerait aujourd’hui un « écosystème ». Mais une fois les dons naturels attribués aux animaux, le Créateur s’aperçoit qu’il ne reste plus rien pour les humains : les griffes, les ailes, les nageoires, les fourrures, les carapaces, etc., tout a été donné aux bêtes de sorte que l’être humain est au départ privé de qualités, caractérisé par une absence totale de nature, d’archétype. C’est ce qui explique que pendant des années, dépourvu de tout instinct naturel qui pourrait le guider, le petit d’Homme est incapable de se débrouiller seul. Voici comment Pic raconte cette histoire : « Quand tout fut terminé, Dieu pensa en dernier à créer l’homme. Or il n’y avait pas dans les archétypes de quoi façonner une nouvelle espèce, ni dans les, trésors de quoi offrir au nouveau fils un héritage, ni sur les bancs du monde entier la moindre place où le contemplateur de l’univers pût s’asseoir. Tout était déjà rempli, tout avait été distribué aux ordres inférieurs », c’est-à-dire aux animaux. Bien entendu, c’est en ce point du mythe que tout se renverse : c’est justement parce que l’Homme n’est rien de déterminé a priori, parce qu’il n’a pas de nature ou d’essence qui le programmerait comme l’abeille ou le chat, qu’il peut devenir tout. C’est parce qu’il n’est préformé par aucun modèle qu’il va pouvoir, unique en cela parmi les vivants, inventer son avenir, construire sa destinée, inventer sa vie et remplir toutes les fonctions. N’ayant ni griffes, ni ailes, ni nageoires, ni carapace, ni fourrure, etc., il va fabriquer des armes, des avions, des bateaux, des maisons, des vêtements… En un paradoxe d’une profondeur abyssale, son néant de don, son absence totale de nature programmatique se renverse en une qualité supérieure à toutes les autres : la liberté. Voici comment le Dieu de Pic s’adresse alors au premier Homme : « Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons  que toi-même aurais souhaités, tu les acquières et tu les possèdes selon ton vœu, à ton idée. Pour les autres, leur nature définie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c’est ton propre jugement auquel je t’ai confié qui te permettra de définir ta nature afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aura ta préférence… » Passage sidérant de modernité qui annonce la pensée de Rousseau, la philosophie critique de Kant, mais aussi ce que l’existentialisme de Sartre et la phénoménologie de Husserl auront de plus profond. Pour formuler le message de Pic dans le langage de la philosophie contemporaine; on pourrait dire que c’est par ce que l’homme n’est rien qu’il est libre, parce qu’il n’est déterminé par aucune essence, parce qu’il n’a ni définition préalable, ni identité naturelle qu’il peut choisir sa vie. En quoi l’assigner à une nature, comme on assigne le criminel à résidence, revient tout simplement à nier sa liberté, c’est-à-dire son humanité.

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B. « RELIGION ». « Les catholiques contribuent réellement à la paix sociale »

Posté par papaours le 21 juillet 2018

RELIGION Pour la Pentecôte, Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, témoigne de l’engagement des croyant « au service du bien commun ».

Tiré du Figaro

Propos recueillis par Jean-Marie Guénois

 

LE FIGARO. – Vous venez d’organiser un grand rassemblement pour la Pentecôte, avec plus de 10 000 personnes et 1 100 confirmations. L’Église explicite sur la place publique, est-ce une démarche spirituelle ou du marketing ecclésial?

 

Mgr, Stanislas LALANNE. – L’Église n’a pas besoin de faire du marketing. Elle n’est pas une entreprise qui vend du rêve ou un produit de consommation! Si vous aviez la chance, comme moi, de lire les 1 100 lettres que m’ont envoyées ces adultes et ces jeunes, vous verriez que c’est un vrai bonheur! L’Esprit saint est toujours à l’oeuvre dans notre société individualiste et sécularisée. Et il travaille les consciences et les cœurs. J’en suis le témoin émerveillé.

Beaucoup viennent de très loin : familles agnostiques ou athées, ou d’autres religions. A l’occasion d’un événement, d’une rencontre, ils ont découvert la foi et ont fait l’expérience de Dieu. À partir de ce moment, l’Évangile leur parle et leur regard change vis-à-vis de leur conjoint, de leurs collègues de travail; leur rapport à l’argent et aux biens matériels se transforme. À n’en pas douter, nous venons de vivre lors de ce dimanche de Pentecôte une démarche profondément spirituelle.

 

LE FIGARO. – Vous avez une expérience longue et complète de l’Église de France, puisque vous avez été porte-parole, secrétaire général de l’épiscopat, évêque de Coutances et Avranches, avant d’être à Pontoise. Les indicateurs (vocations, chute du nombre de baptêmes, etc.) ne sont pas bons. Comment va vraiment l’Église catholique en France?

 

Mgr, Stanislas LALANNE. – Des indicateurs pas bons? Qu’est-ce que cela veut dire? Je préfère parler d’élan, de renouvellement des générations, du grand souffle de l’esprit de Jésus que traverse notre société. L’Église n’est pas une multinationale inscrite au CAC 40 ! C’est vrai, l’Église est fragilisée dans ce monde sécularisé et marquée par une crise de transmission sans précédent, touchant toute la société et laissant peu de place à l’intériorité et aux questions existentielles. Mais Jésus n’a pas dit : « Heureux les plus nombreux »! Il a dit : « Heureux les pauvres, les doux, les miséricordieux, les affamés et assoiffés de justice. » Ce sont des indicateurs d’un autre ordre, mais tellement pertinents pour apprécier la qualité d’une communauté. Et je sais que, sur le terrain, bien des catholiques retroussent leurs manches, sans faire de bruit, et travaillent au service du bien commun pour construire une société plus fraternelle. Sincèrement, je crois qu’ils contribuent, modestement mais réellement, au « vivre ensemble » et à la paix sociale.

La santé de l’Église ne se résume donc pas seulement à quelques chiffres, même si je suis très heureux, quand je vais à Sarcelles, Cergy ou Goussainville, de rencontrer des assemblées dynamiques dont les membres, de plus en plus nombreux, viennent des cinq continents. Aucune institution ne réunit régulièrement une foule aussi importante et cosmopolite.

 

LE FIGARO. – Vous racontez cette expérience dans un livre (Un évêque se confie, Bayard), mais que peut faire un évêque pour inverser ce que certains voient comme un déclin de l’Église?

 

Mgr, Stanislas LALANNE. – Un évêque tout seul ne peut pas grand-chose! Mais, justement, tous ces jeunes et adultes baptisés et confirmés chaque année sont un atout formidable pour l’Église et pour le monde. Ma mission est de les accompagner, de les encourager et de les guider pour oser dire que l’Évangile nous passionne, que les hommes et le monde qu’ils construisent nous passionnent aussi. Bien sûr, nous y rencontrons trop de violence, de souffrances, d’injustices. Mais c’est aussi là que se construisent de belles histoires d’amour, de solides amitiés, d’étonnantes solidarités. C’est en suivant le Christ que nous donnerons à ce monde un visage humain où chacun trouvera sa place.

 

LE FIGARO. – La Pentecôte est une grande fête chrétienne : quelles sont aujourd’hui vos raisons d’espérer? Pensez-vous que le grand public attend quelque chose de l’Église?

 

Mgr, Stanislas LALANNE. – Mes raisons d’espérer dans l’homme et dans l’humanité s’enracinent dans ces goûts du partage et de la soif de trouver le vrai sens de l’existence. À la Pentecôte, Dieu envoie son Esprit, qui vient habiter le coeur de chacun. Nombreux sont ceux qui attendent la parole de l’Église sur les interrogations les plus profondes de l’existence : comment réussir sa vie, comment vivre la mort, pourquoi l’amour et les relations aux autres sont-ils si importants, comment bâtir la paix, qu’est-ce qui explique la violence, pourquoi certains sont-ils atteints de maladies incurables? L’Église, « experte en humanité », est attendue pour éclairer les consciences. Comme chrétiens, nous sommes témoins et porteurs d’un message : Dieu aime gratuitement, il pardonne et veut le meilleur pour chacune et chacun. Quelle espérance dans un monde souvent sans horizon ni boussole !

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B. « RELIGION ». L’appel du pape François pour tendre vers la sainteté

Posté par papaours le 13 avril 2018

Tiré du Figaro du 10 avril 2018

Article de JEAN-MARIE GUÉNOIS

 

RELIGION La sainteté n’est pas une sinécure. Elle est combat. Tel est le message essentiel de la nouvelle « exhortation apostolique » du pape François, publiée le 9 avril, sous la forme d’une lettre de 120 pages intitulée Soyez dans la joie et l’allégresse (Gaudate et exsultate, en latin). En tutoyant son lecteur, le pape y lance un véritable « appel à la sainteté  , qu’il adresse à tous. Il parle de la « classe moyenne de la sainteté ». Car « il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux » pour la vivre : « Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve ». En particulier dans les « petits détails » de la vie.

Je demande à tous les chrétiens de faire chaque jour, en dialogue avec le seigneur qui nous aime, un sincère « examen de conscience ».

(Le Pape François)

En tout cas, la sainteté n’est pas ce que l’on croit. Il ne faut « pas en avoir peur ». Elle est avant tout « joyeuse ». Elle va avec « le sens de l’humour ». Elle ne « marche pas la tête basse ». Elle n’est pas « inhibée, triste, aigrie, mélancolique ». Pour autant elle ne peut se réduire à un « mot romantique ». Elle nécessite une « lutte permanente » contre « les tentations du diable », « le prince du mal », qui n’est pas « un mythe ». Le penser, affirme François, est une « erreur » qui « nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés ».

 

Comment atteindre la sainteté ? « Le saint est une personne dotée d’un esprit de prière et qui a besoin de communiquer avec Dieu. » Il doit agir avec « discernement » pour détecter « la corruption spirituelle ». Celle-ci est « pire » que la chute d’un pécheur parce qu’« il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes d’autoréférentialité ».

 

Mais le saint doit surtout agir et pas seulement prier : « Il n’est pas sain d’aimer le silence et de fuir la rencontre avec l’autre » ou « de chercher la prière et de mépriser le service », car « nous sommes appelés à vivre la contemplation également au sein de l’action ». La sainteté passe aussi par une pratique spirituelle qui était tombée dans l’oubli : « Je demande donc à tous les chrétiens de faire chaque jour, en dialogue avec le Seigneur qui nous aime, un sincère « examen de conscience ». Et, sur ce point, François demande de ne rien éluder, « en demandant à l’Esprit-Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie ». Et il pointe tout particulièrement deux sujets sensibles : l’aide aux pauvres et l’accueil des migrants.

 

Vis-à-vis des démunis : « Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »

 

Vis-à-vis des migrants : « On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions « sérieuses » de la bioéthique. Qu’un homme politique préoccupé par ses succès dise une telle chose, on peut arriver à la comprendre ; mais pas un chrétien, à qui ne sied que l’attitude de se mettre à la place de ce frère qui risque sa vie pour donner un avenir à ses enfants. Pouvons-nous reconnaître là précisément ce que Jésus-Christ nous demande quand il nous dit que nous l’accueillons lui-même dans chaque étranger ? [...] Par conséquent, il ne s’agit pas d’une invention d’un pape ou d’un délire passager ».

 

Plus globalement, cette exhortation apostolique vise enfin à combattre « la rigidité » dans l’Église pour « prendre en compte toutes les nuances de la réalité ». Sur ce plan, François attaque « deux falsifications » de la foi. Le « gnosticisme », qui consiste à « prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer ». Et le « pélagianisme », qu’il résume ainsi : « l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église ».

 

Il ne faut pas « suspecter l’engagement social des autres »

 

Voici un extrait de l’exhortation apostolique Gaudate et exsultate : « Chez ces grands saints, ni la prière, ni l’amour de Dieu, ni la lecture de l’Évangile n’ont diminué la passion ou l’efficacité du don de soi au prochain, mais bien au contraire. [...] Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste.

 

Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela.

 

Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation.»

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B. « FAMILLE ET SOCIÉTÉ ». Cédric Kahn, il était une foi.

Posté par papaours le 12 avril 2018

Tiré de Le Point, du 15 mars 2018-04-0218

PAR JÉRÔME CORDELIER

Avec « La prière » le réalisateur filme la rédemption d’un toxicomane touché par la grâce. Epoustouflant de justesse.

 

Thomas, jeune toxicomane en sevrage, rejoint une communauté religieuse au cœur d’un désert montagneux.

 

C’est un film qui va en déranger plus d’un. Elevé dans une communauté d’ex-soixante-huitards, quinquagénaire prolixe qui enchaîne les sujets les plus divers devant et derrière la caméra, Cédric Kahn vient de réussir un opus très inspiré dont certaines scènes se rapprochent par leur force du sacralisé « Des hommes et des dieux », de Xavier Beau vois. Aucune faute de goût, de jeunes comédiens inconnus qui jouent avec justesse, un scénario (coécrit avec Fanny Burdino et Samuel Doux) qui se déroule avec tact et intelligence grâce à une caméra pudique. Sans artifice, Cédric Kahn donne à voir la beauté et la pureté du monde au milieu de sa laideur, ‘o la légèreté sans la lourdeur, en suivant le chemin de rédemption d’un sans-famille de 22 ans accro à l’héroïne, Thomas (génial Anthony Bajon, Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin), qui a arrêté sa scolarité au cours de sa seconde et rejoint une communauté tenue par des religieux au cœur d’un désert montagneux. Dans ce décor austère, le jeune garçon se heurte tant aux règles strictes qu’imposent le sevrage et la vie en communauté qu’à ses compagnons – « Plus je vois vos gueules, plus j’ai envie de me défoncer », lâche-t-il avec hargne. Thomas reste sourd aux leçons de ses camarades, y compris pour apprendre à demander pardon – « Il est plus facile de prendre de la drogue que de se confronter à soi-même. »  Pas question pour le jeune insoumis de terminer comme ces ex-caïds amollis par le prêchi-prêcha qui leur fait chanter avec fougue : « Ce que nos yeux contemplent sans beauté ni éclat, c’est l’amour qui s’abaisse et nous élève à Lui» ; Gloussements dans la salle… Lesquels, peu à peu, s’estompent, à mesure que notre héros se laisse à son tour happer par des émotions simples et emprunte le même cheminement intérieur. Dieu serait-il tombé sur la tête de Cédric Kahn ? « Je suis moi-même allé à la rencontre de ces jeunes, explique le réalisateur, et leurs témoignages m’ont bouleversé. Tous disaient qu’ils étaient allés au bout du chemin et qu’ils avaient entrevu une petite lucarne. Leurs histoires se ressemblaient terriblement. Avant d’être unis par la prière, ils étaient déjà liés. ». Et voilà comment le cinéaste embarque sans en avoir l’air les spectateurs dans l’intimité du mystère. « La prière, ce n’est qu’un aspect du film, souligne-t-il. Pour moi, il s’agit surtout d’un travail sur l’honnêteté et le manque. On suit des individus qui viennent du pays du mensonge et de la roublardise, et deviennent naïfs. J’ai voulu faire un film sur le choix et la liberté.»  Sur le chemin de vie de Thomas, un face-à-face étonnant avec une religieuse, sœur Myriam, au charisme foudroyant (magistrale Hanna Schygulla), et la découverte de l’amour (on ne vous en dit pas plus) seront des jalons décisifs. Kahn filme la foi avec une justesse inouïe. Affaire de travail et de technique, assure-t-il. « Je me suis plongé dans cette matière, raconte Cédric Kahn. J’ai lu les psaumes, j’ai écouté des chants, je suis allé à la rencontre des gens fervents qui m’ont beaucoup touché. ».  Et lui ? «J’ai reçu une éducation ultra laïque,  j’ai donc commencé dans la vie en pensant que j’étais non-croyant, confie le réalisateur. Je ne suis pas récalcitrant, mais je me situe clairement du côté du doute. Même si je pense qu’il y a toujours une part de sacré, de mystère dans ce qu’on entreprend. Pour moi, c’est un film plus sur une expérience intime dénommée foi que sur la religion. ».

 

Certains y verront, par moments, niaiseries, d’autres, au contraire, considéreront que Cédric Kahn donne à voir la vie dans son éclat sublime, en approchant au plus près l’innocence et l’espérance retrouvées sans pour autant s’en faire le prosélyte aveugle. A notre époque, c’est courageux

 

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C. « DIVERS ». A l’occasion de l’anniversaire de la naissance de SOLJENITSINE

Posté par papaours le 12 avril 2018

Tiré du FIGARO. Article de Hevé Mariton *

 

Cette année marque les cent ans de la naissance d’Alexandre Soljenitsyne. Ce seront aussi les dix ans de sa mort, les quarante ans d’un de ses grands textes, le discours de Harvard consacré au déclin du courage dans les pays occidentaux. Ces anniversaires devront souligner l’importance de ce que le grand slaviste Georges Nivat appelle «le phénomène Soljenitsyne », un phénomène littéraire, politique, moral.

 

Nous aurons à cœur d’honorer le prix Nobel de littérature (1970), l’homme qui, avec Jean-Paul II, provoqua l’ébranlement du monde soviétique, du bloc communiste. La publication de L’Archipel du Goulag en 1973 eut un retentissement mondial considérable. Et Alexandre Soljenitsyne sut, avec une grande acuité, et parfois une violente sévérité, accuser les défauts de notre monde.

 

La France tient dans le phénomène Soljenitsyne une place particulière. C’est à Paris que L’Archipel du Goulag fut publié en russe pour la première fois; c’est en France qu’il dira avoir été le mieux lu, compris, reçu, sans oublier pour autant la longue complaisance d’une partie des élites politiques et littéraires françaises pour « le pays du socialisme réalisé ».

 

Cette voix n’est pas entendue aujourd’hui comme elle mérite de l’être. Elle est parfois oubliée – le mur de Berlin est tombé… Cette voix est parfois évitée car les questions morales que pose Soljenitsyne dérangent. Elle est parfois déformée dans une récupération idéologique qui pourra servir certains très à droite et fournir à d’autres très à gauche une caricature commode.

 

Surtout – et c’est toute la force de son témoignage – Soljenitsyne répond mal aux injonctions de notre temps. La lecture du monde est aujourd’hui polarisée par deux évidences, l’évidence populiste et l’évidence progressiste qui se nourrissent mutuellement. Le peuple est-il souverain ou doit-on le traiter à distance? Le progrès fait-il avancer le monde ou doit-on le récuser? Ces évidences sont simplistes et totalitaires. On n’aurait pas le droit de ne pas choisir son camp : celui du peuple qui ressent la réalité du monde, celui du progrès qui en perçoit la raison. Soljenitsyne, dans toute son oeuvre, et cela résonne aujourd’hui, nous appelle, hors de toute évidence, à une exigence. C’est plus difficile à entendre. Cette exigence est universelle. Soljenitsyne est parfois présenté comme «slavophile», or il récuse le mot; parfois décrit comme revêche à l’humanisme, or c’est mal lelire. Dans son discours du Liechtenstein (1993), il se revendique d’Érasme qui « concevait la politique comme une catégorie morale et y voyait l’expression des aspirations éthiques ». Oui, Soljenitsyne est universel, d’un universalisme qui parle de morale, de liberté et de limite, de mémoire et d’idéal.

 

Soljenitsyne puise la morale dans l’exigence du beau, du vrai et du bien. Avec Dostoïevski, il partage l’espoir que « la beauté sauvera le monde ». Le discours de Harvard développe la devise de cette université, « Ventas ». Et le bien doit inspirer les êtres les plus simples de La Maison de Matriona, sa nouvelle publiée en 1963, comme les grands, intellectuels ou politiques. Ce sont des exigences esthétiques de l’œuvre de Soljenitsyne, ce sont aussi des exigences de vie.

 

Le critère redoutable de la vérité conduit Soljenitsyne à des jugements sévères. Ses attaques contre la presse en Occident sont violentes, excessives même, jusqu’à l’ingratitude de la part de celui que la presse occidentale a protégé du régime soviétique. Les appréciations du grand écrivain, en la matière, relèvent d’un systématisme infondé, mais elles disent aussi ce que l’on observe encore mieux quelques décennies plus tard : le formatage, les emballements, les modes, autant de freins à la liberté.

 

L’exigence du bien amène Soljenitsyne à dire ce que l’affirmation des Droits de l’Homme ne suffit pas à construire. Cette critique du « droit-de-l’hommisme » autorise certains à enfermer Soljenitsyne dans une vision réactionnaire et autoritaire. Ce n’est pas juste. Avant même Soljenitsyne, Max Weber avait tout à la fois salué l’apport des Droits de l’Homme et regretté le fanatisme rationaliste qui peut en sourdre. Lorsque Soljenitsyne, dans le discours de Harvard, dénonce « la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du mondé ne porte en lui absolument aucun germe de mal », il ne récuse pas l’humanisme mais en limite l’ambition rationaliste, il rappelle que l’homme porte des germes de mal, que seule la conscience du beau du vrai et du bien empêche de prospérer.

 

Soljenitsyne est aussi un homme, un créateur épris de liberté. C’est le sens de son combat, de son oeuvre, de sa vie. Mais il y a la liberté de bien faire et la liberté de mal faire. Soljenitsyne croit au libre arbitre, en la responsabilité. Mais cette responsabilité est entravée par les excès, excès du juridisme, excès de la presse. Soljenitsyne chérit l’État de droit. Mais; comme la sagesse ancienne, il sait que « summum jus, summa injuria » (Le droit poussé trop loin est une injustice souveraine. Note du blogger). Cela vaut pour la personne, cela vaut aussi pour une société soumise au risque de dessèchement.

 

Soljenitsyne serait hostile au libéralisme ? Dans son dialogue avec le physicien Sakharov, il souligne que « c’est dans le développement de l’être moral de la Russie que le libéralisme russe a toujours vu pour lui (parfaitement à tort) le danger le plus noir ».

 

Selon Soljenitsyne, le ver était dans le fruit dès la révolution de février 1917 mais non pas en raison de l’idée libérale mais par son caractère incomplet. Le libéralisme russe s’est trompé de danger et l’histoire l’a prouvé!

 

En exergue à un essai, Le Printemps des libertés (L’Archipel, 2016), je citais Soljenitsyne : « Personne sur la terre, n’a d’autre issue que d’aller toujours plus haut ». Cet appel à l’élévation en dignité va avec la conscience de la limite. Une limite personnelle, une limite physique, une limite volontaire ou contrainte. La liberté est aussi dans la conscience de la limite, une limite qui appelle à la personne humaine, à sa dignité, jusque dans les conditions extrêmes subies par Ivan Denissovitch. L’auto-limitation, l’auto-restriction, aident à découvrir le beau, le vrai, le bien. L’auto-limitation est une condition nécessaire de la liberté, elle est « l’action primordiale et la plus sage pour tout homme qui a accédé à sa liberté. Pour ceux qui cherchent à l’obtenir, c’est également la voie la plus sûre ».

 

La limite pose une éthique individuelle, et inspire aussi une politique. Soljenitsyne est un militant de la sauvegarde de l’environnement. Il l’a exprimé, sans concession pour l’Occident, sans concession pour la Russie. Les analyses qu’il tient, les mots qu’il emploie sont d’une redoutable actualité.

 

Soljenitsyne nous fait aussi partager l’exigence de la mémoire. La mémoire dans laquelle il a écrit et retenu une partie de son oeuvre : l’univers du Goulag ne lui permettait pas d’écrire commodément. L’exigence de la mémoire soutient aussi l’ambition historique de Soljenitsyne dans son oeuvre, le dessin de l’histoire contemporaine, l’histoire de la Russie du début du XXe siècle et de son tréfonds. C’est encore la mémoire de la langue, le refus de la novlangue et du globish à la russe, la capacité à puiser dans l’ancien et à inventer du neuf. C’est enfin l’amour d’un pays, l’affirmation d’une identité meurtrie, mystérieuse et aimée. Cette mémoire ne rejette pas les autres, mais elle les aime en tant qu’ils sont autres. Les polémiques malicieuses, les propres écarts de Soljenitsyne, ont nourri les accusations de xénophobie et d’antisémitisme. Elles ne sont pas justes, mais il faut en effet une grande exigence morale, une grande ambition éthique, un grand amour des hommes pour être si fier de soi et sensible à l’autre.

 

La quête de Soljenitsyne est universelle et difficile, c’est une quête de l’idéal. Il est témoin de l’Est totalitaire comme d’une « chose horrible » ; à l’Ouest, l’humanisme d’Érasme s’est abîmé en égoïsme ; il ne peut pas recommander notre société comme idéal pour la transformation de la sienne. Parce qu’il est lucide, qu’il refuse les accommodements individuels ou collectifs, la quête est sans fin. Il apprécie la démocratie mais la soumet aux buts éthiques de la vie.

 

Soljenitsyne est trop scientifique pour bannir le progrès, trop philosophe pour le chérir. Il est trop historien pour ignorer le peuple, trop mystique pour s’y perdre. Soljenitsyne croit en l’homme.

 

 

* Membre du Comité pour le centenaire de Soljenitsyne et fin connaisseur de la culture russe, Hervé Mariton, ancien député LR, est maire de Crest (Drôme).

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