C. « DIVERS ». NOTRE ANCETRE LUCY EST MORTE EN TOMBANT D’UN ARBRE

Posté par papaours le 11 décembre 2017

Tiré de La Croix. Martelet

 

Au scanner, le fossile de l’australopithèque montre des traces de fractures, signe d’une chute depuis une grande hauteur.

 

Ce fossile dénommé « Lucy » date de 3,2 millions d’années et est considéré comme appartenant à un espèce à l’origine, ou proche cousine, de la lignée humaine. Des études récentes utilisant des techniques très modernes apportent quelques précisions à son sujet.

 

PALÉONTOLOGIE

 

Lucy, la plus célèbre des ancêtres de l’humanité, n’avait apparemment pas coupé tous les ponts avec ses ancêtres les singes et passait encore du temps à grimper dans les arbres, d’après une étude américaine parue lundi dans la revue britannique Nature. Une pratique qui aurait même provoqué sa mort, à cause d’une chute depuis de hautes branches.

 

La petite australopithèque (1,10 m pour 29 kg) a beau avoir été découverte il y a plus de quarante ans, en 1974 à Hadar en Éthiopie, par une équipe scientifique comptant les Français Maurice Taieb et Yves Coppens, ses ossements ont encore bien des choses à nous apprendre. Et surtout quand on fait appel aux technologies les plus modernes, comme les chercheurs dirigés par l’anthropologue John Kappelman, de l’université du Texas à Austin.

 

Les scientifiques américains ont profité d’un des très rares déplacements du fossile de Lucy, conservé comme un trésor national par le musée d’Addis-Abeba en Éthiopie. De 2007 à 2013, plusieurs grands musées américains ont payé à prix d’or le droit d’exposer les véritables restes, complets à un peu moins de 40 %, de la plus célèbre représentante des Australopithcus afarensis. Lors de son passage à Austin, les chercheurs, avec l’accord d’Addis-Abeba, ont fait passer tous les ossements de Lucy dans un micro-scanner à rayons X, qui permet de détailler en 3D l’intérieur des fossiles avec une résolution bien meilleure que les appareils médicaux. L’opération n’a pris pas moins de 10 jours et a produit 35 000 coupes aux rayons X du squelette. Une précision aidant à faire l’autopsie de l’australopithèque, 3,2 millions d’années après sa mort dans les plaines éthiopiennes. «Lucy est précieuse. Il n’y a qu’une Lucy, et on veut l’étudier aussi bien que possible», explique Richard Ketcham, professeur de géologie à l’université du Texas à Austin et, coauteur de l’étude. «Avec le scanner, on peut voir au cœur des fossiles, les détails et les structures internes dans les os».

 

«Clairement bipède»

 

Et c’est cette approche fine qui a permis aux chercheurs de détecter une fracture inhabituelle dans le fossile. L’extrémité de l’humérus droit (os du haut du bras lié à l’épaule) était cassée, non pas de manière franche et droite comme cela arrive parfois sur les ossements fossilisés, mais avec une série de petites fractures très nettes, accompagnées de fragments et d’échardes d’os encore en place.

 

«C’est une fracture de compression qui se produit quand la main touche le sol après une chute, ce qui projette les éléments de l’épaule les uns contre les autres et produit ce type de signature unique sur, l’humérus», détaille John Kappelman. L’anthropologue américain n’est pas spécialiste de ce type de blessure, mais il a profité de l’expertise du Dr Stephen Pearce, chirurgien orthopédiste à Austin, qui a constaté la blessure sur une reconstruction 3D des ossements de Lucy. Pour compléter ce tableau, les chercheurs ont également détecté d’autres fractures, moins sévères, à l’autre épaule, à la cheville droite, au genou et au bassin du côté gauche. Un tableau clinique concordant avec une chute depuis une grande hauteur, qui aurait pu provoquer des dommages mortels aux organes internes. Lucy serait donc tombée d’une hauteur d’au moins 12 mètres, à presque 60 km/ h. Ses pieds ont dû toucher le sol les premiers, la projetant vers l’avant. Sa blessure à l’humérus montre aussi qu’elle devait être consciente, durant sa chute, et a tenté de se protéger en mettant ses bras vers l’avant.

 

«C’est une étude très intéressante, qui nous apporte un regard nouveau et très convaincant, plus riche que la stricte étude anatomique, sur la vie de Lucy et ses derniers instants», estime Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l’évolution humaine à l’Institut Max Planck à Leipzig et professeur de la chaire internationale de paléoanthropologie au Collège de France. «Surtout cette étude apporte une nouvelle réponse à un vieux débat scientifique qui dure depuis la découverte de Lucy : elle était clairement bipède, mais avait-elle encore un comportement arboricole ? Sa chute d’un arbre nous prouve que c’était probablement, le cas» Même si elle devait trouver la plupart de sa nourriture près du sol, elle devait encore trouver un avantage à grimper, peut-être pour se mettre à l’abri des prédateurs pendant la nuit.

 

«Je me réjouis de cette très belle étude, confie Yves Coppens, qui fut l’un des découvreurs de Lucy en 1974. Les Américains ont fait du beau travail, et j’avoue qu’ils répondent à une question, comment est morte Lucy, à laquelle nous n’avions jamais pensé en l’étudiant il y a quarante ans!» Contre l’avis initial de bien de ses confrères américains, Yves Coppens défend depuis longtemps l’idée que Lucy combinait à la fois la bipédie avec un comportement arboricole. Un compromis pas idéal d’un point de vue anatomique. «Elle marchait moins bien que ceux qui lui ont succédé et devait grimper moins bien que ceux qui la précédaient, et c’est malheureusement peut-être à cause de cela qu’elle est tombée», conclut Yves Coppens. 

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NC. « NON CLASSE ». LA FIN DU TRAVAIL ? UNE ILLUSION

Posté par papaours le 12 novembre 2017

Tiré du Figaro du 14 septembre 2017. Article de Luc Ferry

 

C’est cette illusion, particulièrement funeste parce qu’elle alimente le fantasme de l’allocation universelle, que Nicolas Bouzou, l’économiste le plus brillant de sa génération, dénonce dans son dernier livre, Le travail est l’avenir de l’homme (Éditions de l’Observatoire). Faits et arguments à l’appui, il raconte l’histoire de cette erreur selon laquelle les innovations technologiques détruiraient les emplois sans en recréer d’autres. Elle possède une longue histoire qui remonte à l’Empire romain, se poursuit au Moyen Age, s’amplifie avec la révolution industrielle, la révolte des luddites de 1811, celle des canuts de 1831 et se prolonge aujourd’hui avec celle des taxis ou des hôteliers contre Uber et Airbnb. Chaque fois, on voit les emplois que le progrès détruit, jamais ceux, bien plus nombreux et plus profitables, qu’il recrée selon une logique que Schumpeter avait déjà analysée. Sauf que, ainsi objectent les pessimistes, l’intelligence artificielle (IA) et la robotique viendraient changer la donne et invalider le raisonnement du grand économiste autrichien.

 

Dans un passage particulièrement passionnant de son livre, Bouzou s’attaque à l’objection. Suivant ici les meilleurs spécialistes, il propose de distinguer trois phases d’évolution de L’IA. Entre 2015 et 2025, elle remplacera de nombreuses tâches, non seulement routinières (caissières de supermarché), mais aussi sophistiquées, en médecine, analyse financière, juridique, comptabilité… Le chômage technologique transitoire, celui qui est engendré par l’innovation, sera relativement violent, mais avec une formation professionnelle adaptée et un marché du travail plus flexible, nous pourrions atteindre le plein-emploi si nos politiques comprenaient enfin les enjeux. Entre 2025 et 2050, L’IA pourra remplir des tâches bien plus complexes, y compris celles qui supposent une bonne coordination sensorimotrice (cuisinier, serveur, jardinier, hôtesse de l’air…), ce dont elle était encore incapable au stade précédent. La complémentarité humain/robot restera néanmoins possible, pourvu là encore que nos politiques anticipent ces évolutions. En revanche, si l’on parvenait en 2050 à créer une IA « forte « , c’est-à-dire un humanoïde réellement intelligent, doté d’un cerveau non biologique comparable au nôtre et par conséquent capable de conscience de soi, de pensée (et pas simplement de calcul) et d’émotions, alors là, oui, nous aurions créé une post humanité qui rendrait la nôtre obsolète.

 

Elle remplirait les deux conditions requises pour que la fin du travail devienne réalité : L’IA serait supérieure à nous dans tous les domaines, rien ne la différencierait du cerveau humain, sinon qu’elle serait des milliers de fois supérieure au nôtre et connectée à tous les réseaux. Nous serions alors comme Neandertal face à Cro-Magnon, en voie de disparition, car nous aurions créé une machine darwinienne dont la première préoccupation serait d’éliminer ceux qui peuvent l’éliminer, c’est-à-dire nous. Mais à ce stade, disons-le clairement, la question de la fin du travail serait le cadet de nos soucis. Elon Musk, qui n’est pas le premier venu, y croit dur comme fer, ce pourquoi il vient de créer Neuralink, une entreprise destinée à booster nos malheureux cerveaux afin de les rendre compétitifs face aux progrès de L’IA. Du reste, il n’est pas le seul, Stephen Hawking, Bill Gates, Ray Kurzweil, Laurent Alexandre ou Yann Le Cun par exemple, en sont convaincus eux aussi. Personnellement, j’ai tendance à penser que ce troisième étage de L’IA, contrairement aux deux premiers, relève plus de la science-fiction que de la science, mais qui peut dire où nous conduiront les biotechnologies associées à L’IA dans cinquante ou cent ans ? La vérité, c’est que nul n’en sait rien. Ce qui est certain à tout le moins, c’est que dans quelques décennies, il n’y aura plus de chauffeurs de camions, de bus, de taxis ou de trains, et ce qui est sidérant, c’est que nos politiques ne s’y intéressent toujours pas, qu’ils n’y comprennent à peu près rien, le nez qu’ils ont dans le guidon d’un vélo qui n’a qu’un seul et unique nom : la « com. ».Voilà pourquoi la lecture du livre de Bouzou devrait être obligatoire pour eux, car c’est tout simplement l’avenir de nos enfants qui se joue aujourd’hui. Pendant que la Silicone Valley et l’est de la Chine se dotent des moyens de dominer le monde sans partage, nos élites intellectuelles continuent de s’empêtrer dans des débats du XIXe siècle entre nostalgiques de la « Troisième Rep. », archéomarxistes et ultralibéraux. Consternant !

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c; « DIVERS ». MUHAMAD YUNUS : « PARIS 2024 SERA AUSSI LES JO DE L’ECONOMIE SOCIALE »

Posté par papaours le 12 novembre 2017

Le prix Nobel de la paix, qui plaide pour rénover le capitalisme, justifie son choix de Paris pour son bureau européen et rêve de Jeux de l’économie sociale en 2014.

Tiré du Figaro du 25 octobre 2017. Article de Caroline de Malet

 

Le père du microcrédit, avec la Grameen Bank, Prix Nobel de la paix 2006, publie demain un nouveau livre : Vers une économie à trois zéros: zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission carbone (JCLattès). Alors qu’il a ouvert en juin un bureau au Pavillon des Canaux, et à dix jours du 8e Sommet mondial du social business, qu’il organise à Paris du 4 au 9 novembre, Muhammad Yunus s’exprime sur la place de la France dans l’entrepreneuriat social.

 

LE FIGARO. – Cette « économie à trois zéros » que vous prônez est-elle réaliste?

Muhammad YUNUS. – On a vu comment les femmes ont pu sortir de la pauvreté grâce au microcrédit. Aussi l’objectif « zéro pauvreté » est-il réaliste, grâce au travail. Certains ont des opportunités, d’autres non. C’est comme un bonsaï: si vous plantez un arbre dans un pot de fleurs, il ne s’épanouira pas. Les 9 millions de femmes qui ont emprunté à la Grameen Bank sont illettrées, mais nous faisons en sorte que leurs enfants aillent à l’école. En une génération, ils peuvent s’en sortir…

 

LE FIGARO. - Vous stigmatisez le capitalisme alors que vous vous faites le chantre de l’entrepreneuriat.

Ne croyez-vous pas que les deux soient compatibles? Je pointe les effets pervers du capitalisme. Huit personnes sur terre détiennent plus de richesses que la moitié de la population mondiale et cette concentration s’accélère, ce qui provoque des tensions sociales et de la colère. C’est une véritable bombe à retardement. Je conteste le postulat du capitalisme selon lequel les êtres humains sont mus uniquement par l’intérêt personnel. Selon moi, tout homme est mû également par l’altruisme, car chacun a intérêt à ce que des problèmes comme la pauvreté, l’accès aux soins, l’éducation ou la pollution soient résolus. Tout entrepreneur a le choix de ne pas être gouverné par le seul profit. Et je suis convaincu que l’économie sera de plus en plus sociale. Autre défaut du capitalisme actuel: faire travailler la quasi-totalité de la population pour le compte d’autres. L’homme est par nature entrepreneur. Personne n’a envie de travailler pour un autre. À l’origine, nous étions des chasseurs, des cueilleurs, des éleveurs. Chaque enfant devrait savoir qu’il a le choix entre devenir salarié ou entrepreneur. Je plaide pour rénover le capitalisme et non pour l’abandonner.

 

LE FIGARO. - Comment expliquez-vous les faillites de nombreux projets financés par le microcrédit en Inde ?

 

Il s’agit de projets mal conçus. La Grameen Bank fonctionne très bien depuis quarante et un ans. Et ce modèle est applicable partout dans le monde, y compris dans les pays riches, comme en Amérique depuis neuf ans. Vingt antennes aux États-Unis comptent 100 000 emprunteurs, à 99,6% des femmes. Mais c’est également le cas au Japon, en Europe, en Fran­ce. Si cela ne fonctionne pas dans certains pays, c’est que certains n’ont pas compris le microcrédit. Il y a aussi des gens qui cherchent juste à faire du profit.

 

LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous choisi Paris pour installer votre bureau européen, le Yunus Centre ?

En fait, je ne l’ai pas vraiment choisi. J’ai rencontré, aux Jeux olympiques de Rio, Anne Hidalgo, qui m’a convaincu que le sport avait un rôle important à jouer comme facteur de changement social. C’est elle qui m’a suggéré d’ouvrir un bureau au Pavillon des Canaux à Paris, même si nous avons déjà un bureau en Allemagne pour la Grameen Creative Lab. Les Jeux olympiques de 2024 seront les Jeux de l’économie sociale. Notre ambition est d’aider Paris à devenir la capitale de l’entrepreneuriat social.

 

LE FIGARO. - Considérez-vous que la France est en pointe en matière d’économie sociale et solidaire ?

Plusieurs grands groupes, comme Danone – avec lequel nous avons créé au Bangladesh Grameen Danone Foods, une entreprise sociale pour distribuer des micronutriments aux enfants défavorisés – Renault-Nissan, Sodexo ou Essilor contribuent à créer un environnement favorable. De nombreuses entreprises sociales, animées par des jeunes, comme MakeSense, participent également à cet écosystème, y compris à l’international.

 

Quel regard portez-vous sur la succession d’Emmanuel Faber à la tête de Danone ?

Emmanuel Faber est un véritable patron, d’un nouveau genre. Je le connais personnellement. Loin des sentiers battus, il voit loin et avec audace. Il se dédie à redéfinir le concept des entreprises de demain. Franck Riboud l’a choisi et lui a confié les rênes de son groupe car il a considéré qu’il avait toutes les qualités pour l’accompagner sur le chemin qu’il s’était fixé. Danone est devenu un exemple phare de multinationale qui a créé un modèle économique et social unique. Aucune société ne risque de souffrir financièrement d’avoir créé une activité parallèle à vocation sociale. Au contraire: le respect qu’inspirent ces initiatives rejaillira certainement positivement sur les marques commerciales.

 

Faites-vous confiance à Emmanuel Macron pour soutenir l’entrepreneuriat social?

Le président Macron affirme vouloir soutenir l’entrepreneuriat social. Je lui ferai confiance jusqu’à ce que je constate que rien n’est fait. Laissons-lui du temps et attendons de voir quelle sera son action effective. Pour l’instant, il soutient déjà l’idée de Jeux olympiques porteurs de création d’emplois (construction de logements, restauration…) au profit des plus défavorisés en banlieue, comme à Saint-Denis.

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B. « FAMILLES ET SOCIETES ». QUI SONT VRAIMENT LES CATHOLIQUES ?

Posté par papaours le 20 mars 2017

« La Croix » et « Pèlerin » rendent publics les résultats d’une enquête réalisée à la demande du groupe Bayard par l’institut Ipsos et les sociologues Yann Raison du Cleuziou et Philippe Cibois. Cette étude montre que près d’un quart de la population française est engagé par rapport à l’Église, quelles que soient ses modalités d’engagement. Elle met aussi en lumière l’extrême diversité du catholicisme, en dégageant six profils types de catholiques.

 1.   SOMMAIRE

Une vaste étude sociologique commandée par le groupe Bayard et publiée conjointement par La Croix et Pèlerin, présente sous un jour inédit la composition du catholicisme français.

Les deux auteurs ont distingué six profils types, qui sont autant d’outils pour essayer de comprendre les logiques à l’oeuvre dans un monde catholique plus divers qu’il n’y paraît.

Que représentent les catholiques en France ? Les 5 % de la population qui, selon les sondages, vont à la messe régulièrement, ou les 53 % qui se disent catholiques? C’est un autre nombre que fait apparaître la vaste enquête confiée par le groupe Bayard à l’institut de sondage Ipsos sous la houlette de deux sociologues, Philippe Cibois et Yann Raison du Cleuziou : la France compte 23 % de catholiques « engagés », c’est-à-dire qui se sentent rattachés à la vie de l’Église par leurs dons, leur vie familiale, leurs engagements.

L’étude sort ainsi de la distinction habituelle entre pratiquants et non-pratiquants et intègre ceux qui n’assistent pas à la messe régulièrement « mais qui se considèrent quand même comme catholiques parce qu’ils vivent leur foi autrement », notent les auteurs. Cette étude donne ainsi, pour la première fois, une idée de l’influence réelle de l’Église dans la société, et propose une approche nouvelle du sujet, en définissant six « familles » de catholiques (voire. 3 à 5). Elle permet aussi de sortir d’une vision schématique selon laquelle des catholiques « identitaires », votant Fillon et défendant les crèches, s’opposent à des « cathos de gauche » ouverts mais vieillissants.

Pour mieux rendre compte d’une réalité bien plus complexe et nuancée, Yann Raison du Cleuziou et Philippe Cibois ne font pas disparaître le critère de la pratique religieuse, mais ils l’enrichissent considérablement. Depuis les années 1930, les catholiques sont repérés, classifiés, étudiés en fonction de leur participation ou non à la messe dominicale. Aujourd’hui, ce critère ne suffit plus à rendre compte du rapport des Français à l’Église. C’est d’ailleurs l’un des grands enseignements de l’enquête, que Yann Raison du Cleuziou résume ainsi: « Le catholicisme français est devenu une réalitéfestive. » Autrement dit, la pratique de l’immense majorité des catholiques français se limite aux événements de la vie (baptême, mariages, décès) et aux grandes fêtes. Quant aux pratiquants heb­domadaires, ils représentent… 1,8 % de la population française.

Trois « familles » se distinguent par leur assiduité à la messe domi­nicale -. les « conciliaires », les « observants » et les « inspirés ». Trois catégories, qui ont aussi en commun la multiplicité de leurs activités religieuses: prier le chapelet, faire des pèlerinages, soutenir des associations, lire la presse confessionnelle… « Plus un catholique va à la messe, plus il multiplie les engagements », affirme Yann Raison du Cleuziou. Toutefois, tous privilégient des dévotions individuelles (prier chez soi, allumer un cierge dans une église…), relève le sociologue. Quant aux catholiques peu pratiquants, il souligne également, brisant une autre idée très répandue dans les paroisses, qu’« ils ne sont pas demandeurs de participer davantage », notamment à la messe. L’enquête Ipsos dessine ainsi un monde catholique en forme de pyramide : à la base, une immense majorité de faibles pratiquants ; au sommet, une fine pointe de pratiquants « zélés » et multi-engagés. Mais ces derniers, si minoritaires soient-ils, ne sont pas homogènes. Ce qui les distin­gue ? Une forme de hiérarchie des valeurs, qui sépare ceux qui se si­tuent du côté de « l’hospitalité » et ceux qui donnent la priorité à la « sécurité ». La question de l’ac­cueil des migrants est au centre de cette distinction : les premiers y sont généralement favorables, et sont souvent des admirateurs du pape François ; les seconds défendent plutôt le catholicisme comme élément constitutif d’une identité, et perçoivent parfois, de ce point de vue, les migrants comme une menace. La question du vote reste très nuancée dans toutes les catégories, même si on observe des dominantes attendues (les « conciliaires» et les « saisonniers fraternels » votent plus souvent à gauche ou au centre droit; les « observants » et les « inspirés » à droite).

De manière générale, les clés de compréhension qu’offre cette typologie des six familles de catholiques engagés mettent en évidence la très grande diversité des opinions et des pratiques des catholiques français, et invitent à la prudence face à la tentation de les considérer comme un groupe homogène. Ainsi de « La manif pour tous », dont certains ont pu penser qu’elle avait rassemblé la majorité des catholiques français. L’étude montre au contraire que seuls 6 % d’entre eux ont participé aux grandes manifestations contre le mariage homosexuel, quand 73 % n’ont pas souhaité y prendre part.

(Texte de Anne-Bénédicte Hoffner et Gauthier Vaillant).

2.   La méthodologie de l’enquête

La méthodologie de l’enquête

Pour réaliser l’enquête « Chrétiens engagés », l’institut Ipsos a extrait d’un échantillon représentatif de la population métropolitaine âgée de 18 ans et plus, de 28 204 personnes, une sous-population de 15 174 personnes se désignant comme catholiques (pratiquantes ou non). Elles représentent 53,8 % de la population. Ce groupe se subdivise en fonction du rapport à la pratique de la messe.

Parmi eux, il a pu être constitué un nouvel échantillon (1 007 enquêtés) représentatif des catholiques considérés comme des « catholiques engagés », c’est-à-dire:

  • les catholiques pratiquants (hebdomadaire, quelques fois par mois, grands rassemblements, grandes fêtes religieuses), qu’ils se déclarent « engagés » ou non ;
  • les catholiques non-pratiquants qui se déclarent « engagés ».

L’enquête a été réalisée en juin 2016 par la méthode des quotas. La marge d’erreur pour un pourcentage donné dépend de la taille du sous-échantillon traité. Pour une population de 1 000 la marge d’erreur est environ de 3 %: elle peut être de 5 % pour une population de 500 et de 7 % pour une population de 200.

 3.   Les résultats de l’enquête

 

3.1    Les saisonniers fraternels

Ce qu’ils représentent : 26 %.

Ce qui les distingue : 87 % en faveur des migrants.

Pour eux, Jésus est : l’exemple de l’amour vécu. Ils sont moins attachés à sa personne qu’aux valeurs qu’il incarne (la générosité, l’accueil, l’ouverture aux autres).

Être catholique, c’est : être baptisé, vivre le partage.

Leur spiritualité : leur foi ne trouve pas forcément ses mots mais se manifeste dans des engagements solidaires et dans la convivialité des fêtes vécues en famille. Ils apprécient les belles célébrations et portent le désir de transmettre à leurs enfants l’héritage religieux reçu dans leur enfance.

Leur pratique : marquée par le rythme saisonnier; ils vont à la messe pour Noël, Pâques, la Toussaint… La dévotion qui leur est la plus familière est le don d’argent à des organisations caritatives.

Leur lieu : la paroisse. Comme les festifs culturels, ils sont peu engagés, mais on peut trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie : hétérogène. On a peu d’informations sur eux, notamment sur leur âge, mais on peut faire l’hypothèse que ce sont d’anciens conciliaires ou ,les enfants de ces derniers qui vont moins souvent à la messe.

Leurs figures de référence : l’abbé Perre, Sœur Emmanuelle… Ils sont très majoritairement favorables au pape François, devant les inspirés et les observants.

Leur vote : orientés vers la gauche et le centre droit. Ce sont les plus hostiles au FN et à la  « La manif pour tous ». A une immense majorité, ils sont pour un accueil inconditionnel des migrants.

Fiches réallisées par Céline Hoyeau et Yann Raiszon du Cleuziones réalisées par Céline Hoyeau inn Raison du Cleuziou.

Exemple type : BRUNO DE BOISGELIN

63 ans, retraité

Issu d’une famille de huit enfants, fils de parents très pratiquants – un « exemple de vie » pour lui -, Bruno de Boisgelin a longtemps fréquenté l’église de son village avec assiduité. Jeune homme, il a même intégré pendant deux ans le grand séminaire d’Avignon. « Puis j’ai pris beaucoup de recul sur la religion en général, et sur l’Église en tant qu’institution en particulier », affirme cet ancien directeur de cabinet de la mairie socialiste de Bourg-lès-Valence (Drôme) aujourd’hui retraité.

Mais sa vie ne s’est pas pour autant déroulée à l’écart du christianisme. « Ce qui m’a toujours guidé, ce sont les Évangiles, déclare-t-il, car ils sont porteurs de deux valeurs fondamentales: l’amour et la liberté ». Ainsi, s’il ne se rend pas chaque semaine à la messe dominicale, Bruno de Boisgelin cultive cet attrait et se rend volontiers à l’église pour les grandes fêtes, qui sont autant d’occasions de retrouver sa grande famille, notamment ses trois filles. « Quand je vais à la messe, c’est avant tout pour vivre des temps de partage avec des gens que j’aime », décrit-il, mettant en avant l’importance de la prière « comme un temps personnel de ressourcement ».

Désireux de mettre en pratique les valeurs auxquelles il croit, au premier rang desquelles la fraternité, Bruno de Boisgelin a été engagé en politique pendant de nombreuses années. Encarté au Parti socialiste, cet humaniste, admiratif de l’abbé Pierre et du pape François, a aussi été très investi dans le tissu associatif de la Drôme. Pour lui, l’accueil des migrants doit être inconditionnel : « J’aurais aimé que les chrétiens descendent aussi nombreux dans la rue pour demander des conditions dignes pour les réfugiés et contre les inégalités que pour « La manif pour tous »… »

(Texte de Marie Malzac)

 

3.2    Les festifs culturels

Ce qu’ils représentent : 45 %.

Ce qui les distingue : 59 % hostiles à l’accueil des migrants.

Pour eux, Jésus est: le fondateur de leur religion.

Etre catholique, c’est être baptisé

Leur spiritualité : la religion est de l’ordre du patrimoine commun, elle est un élément important de leur identité. Elle est essentiellement là pour rassurer, pour apporter une protection à leur famille.

Leur pratique : ils  vont à l’église pour les rites de passage, les fêtes de famille – mariages, baptêmes, enterrements. Ils demandent des rites à l’Église mais peuvent les vivre avec une certaine distance. Ils allument un cierge, donnent à des associations caritatives… Ils sont attachés à l’aspect culturel, au folklore et aux traditions (les crèches, le clocher…). Ils appré­cient assez la messe en latin.

Leur lieu : la paroisse, mais souvent ils décrochent de la pratique avec les regroupements paroissiaux. Ils sont faiblement engagés, mais on peut les trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie: ce sont ceux qu’on appelait les « non-pratiquants ». Ils représentent la plus grande masse des catholiques engagés. Ils sont de milieu populaire mais pas uniquement.

Leur figure de référence : une marraine, … une grand-mère.

Leur vote : orienté à droite ; c’est le groupe qui a le plus fort électorat FN, même s’il reste minoritaire (22 %, correspondant la la moyenne nnationale). Très peu favorables à la « manif. Pour tous », ils ont un taux élevé de défiance à l’égard du Pape dont ils n’acceptent pas les prises de position sur les migrants. À leur égard, ils sont très hostiles.

 

Exemple type : Sabine Brossard

 

43 ans, responsable magasin

Quand le diacre qui les préparait au baptême de leurs enfants leur a demandé pourquoi elle et son mari n’étaient pas mariés religieusement, Sabine l’a reconnu: elle aurait bien aimé se marier à l’église, « avec la robe blanche », mais ils avaient déjà leurs deux garçons, quand elle et son mari sont passés à la mairie.

Peu importe, « l’essentiel », pour cette chaleureuse responsable d’une boutique de prêt-à-porter à Cholet, était que ses enfants soient baptisés: « C’était quelque chose de fort pour moi. Je sais qu’au-dessus de moi, il y a quelqu’un qui va les protéger. C’est ma conception de l’Église. Ceux que j’ai aimés et qui sont morts aussi vont les protéger. Parfois dans les épreuves, je leur dis: protégez-moi. »

Sabine ne va à l’église que pour les baptêmes et les enterrements, mais elle se dit heureuse d’être marraine plusieurs fois. Son lien à l’Église et à ses racines catholiques, elle le doit à sa grand-mère, morte il y a un peu plus d’un an, et à laquelle elle était très attachée: « Quand on partait en voyage, elle nous disait qu’elle allait prier pour nous. Ça a beaucoup compté pour moi et je fais comme elle. Ce ne sont pas vraiment des prières mais plutôt des pensées, ça me rassure. »

Souvent, il lui arrive d’aller déposer un cierge à la chapelle de Haute-Foy, dans la campagne de son enfance. Elle et son mari ne manquent jamais une occasion de s’arrêter pour visiter les églises quand ils voyagent – « les clochers sont le symbole de notre religion! » – mais aussi les autres lieux de culte. « En vacances au Maroc, raconte-t-elle, nous avons pris un guide pour nous présenter la mosquée et nous aider à mieux comprendre l’islam. Nous avons des amis musulmans mais nous voulons mieux comprendre. »

(Texte de Céline Hoyau)

3.3    Les observants

Ce qu’ils représentent : 7 %

Ce qui les distinguent : 65 % ont défilé ou auraient voulu défiler<à « la manif. Pour tous ».

Pour eux, Jésus est : le fils de Dieu, mort sur la croix pour le salut des hommes.

Etre catholique c’est : rechercher la sainteté afin d’être digne de ce salut.

Leur spiritualité : pour eux, l’accès à Dieu suppose une certaine ascèse et une mise à distance du monde. Ils sont attachés à la beauté de la liturgie et à la messe en latin.

Leur pratique: messe (ce sont eux qui y assistent le plus), pè­lerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

Leur lieu : la paroisse, choisie en raison de leurs affinités.

Leur sociologie: le noyau dur appartient à une bourgeoisie de style de vie (et non de niveau de vie): prière en famille, scolarité privée, scoutisme (Europe, SUF) … Ils ont souvent été en contact avec des communautés nouvelles (soit traditionalistes, comme la Fraternité Saint-Pierre, soit néoclassiques, telles les communautés Saint-Jean ou Saint-Martin, soit charismatiques). Ils se pensent comme une minorité investie de valeurs universelles, y compris au sein de l’Église dont ils dénoncent les dérives des années 1970, sans pour autant être hostiles au concile Vatican Il… Ils se donnent pour mission de restaurer la vérité du catholicisme.

Leurs figures de référence, Fabrice Hadjadj, François-Xavier Bellamy, Jean-Paul II, Benoît XVI…

Leur vote : surtout à droite. Très proches de « La manif pour tous » (seul groupe où la mobilisation a été majoritaire) et « pro-life », ils se sentent porteurs du modèle de la famille catholique. Ils sont une majorité à se défier des migrants (et de l’islam dans une moindre mesure) et critiquent beaucoup le pape François.

 

Exemple type : Henri de Fraguier

 

24 ans, étudiant

Être désigné comme un catholique observant, Henri de Fraguier l’accepte bien volontiers. Et pour cause : élevé dans l’Ouest parisien, passé par toutes les étapes du scoutisme, de louveteau à chef de troupe (chez les Scouts Europe), cet aîné d’une famille catholique va à la messe tous les dimanches (en français, mais il apprécie aussi le latin), parfois en semaine quand il a du temps. Très marqué par Benoît XVI, il a participé aux JMJ de Madrid en 2011, et organisé la logistique de son groupe à Cracovie, l’été dernier.

Pour lui, la foi, c’est « croire en un Dieu qui nous a créés pour être en relation avec lui, chercher à vivre cette relation et tendre vers la sainteté ». C’est ce qu’il explique aux élèves de seconde à qui il donne un cours de caté chaque semaine dans le 18° arrondissement à Paris, un engagement proposé par le parcours Even qu’il a suivi pendant quatre ans pour consolider sa propre foi. « Ceux qui suivent mes cours ne sont pas forcément cathos. Ces jeunes se posent plein de questions auxquelles les médias et l’école ne répondent pas », confie-t-il, heureux de se confronter à cette réalité bien différente du milieu dans lequel il évolue traditionnellement.

Attaché à la protection de la vie « de ses débuts à sa fin », ainsi qu’aux valeurs familiales, Henri s’est engagé dans « La manif pour tous » dès 2013 et, depuis, en recrute les volontaires. Passionné par les questions politiques, l’étudiant en master 2 d’affaires publiques est sensible à la question de l’identité et au respect des valeurs chrétiennes, cite le pape François lorsqu’il invite à une certaine prudence dans l’accueil des migrants et ne cache pas une sensibilité politique de droite.

(Texte de Céline Hoyeau)

 3.4    Les conciliaires

Ce qu’ils représentent : 14 %

Ce qui les distinguent : 61 % aiment le Pape François.

Pour eux, Jésus est : celui qui témoigne de la miséricorde de Dieu en brisant les frontières de l’exclusion.

Etre catholique, c’est : rompre avec la logique exclus / ayants droit; la transcendance se découvre, pour eux, dans la communion avec tous les hommes.

Leur spiritualité : rappeler à tous les hommes leur commune dignité d’en­fants de Dieu (avec une méfiance à l’égard d’une « Église des purs ». S’ils avaient à choisir un passage de l’Évangile, ce serait le pardon à la femme adultère, la rencontre avec la Samaritaine ou avec Zachée. Ils sont hostiles à la messe en latin.

Leur pratique : messe, pèlerinage (à Lourdes plus qu’à Paray-le-Monial), chapelet… Ils figurent, avec les observants, parmi les plus zélés.

Leur lieu : la paroisse ; les structures diocésaines dans lesquelles ils sont omniprésents ; les mouvements comme le Secours catholique… Ils sont engagés dans tous les domaines, du caritatif à la défense de la famille.

Leur sociologie : ce groupe est assez hétérogène.

Leurs figures de référence : Sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre, Guy Gilbert, le jésuite Joseph Moingt…

Leur vote : ce sont ceux qui se positionnent le plus à gauche (plus d’un tiers), mais on les trouve aussi au centre droit et à droite. Ils sont majoritairement opposés au Front national.

Ce sont les plus fervents admirateurs du pape François. Ils sont assez proches de « La manif pour tous » et majoritairement favorables à l’accueil des migrants.

 

Exemple type : Hervé Dagommer

72 ans, retraité

Engagé, Hervé Dagommer l’est sans aucun doute. Marié « avec une sainte », père de quatre enfants – dont un seul pratique – et grand-père de dix petits enfants, il a toujours pris des responsabilités dans sa paroisse. Tout en travaillant comme associé dans une société informatique, il a géré pendant vingt ans la préparation des baptêmes dans sa paroisse de Rueil (Hauts-de-Seine). Depuis sa retraite, le rythme n’a fait qu’accélérer: économe de la paroisse, il fait partie aussi de la chorale et de l’équipe d’accompagnement des familles en deuil. Pour mieux « transmettre la foi de l’Eglise », qui est aussi la sienne Hervé Dagommer, qui « pélerine peu » a « du mal à prier », mais se rend à la messe « au moins deux ou trois fois par semaine » a suivi pendant sept ans et avec succès le cycle C de l’Institut catholique de Paris pour se former en théologie. « Parce qu’ils sont dans l’épreuve, les gens que je rencontre en préparant les funérailles sont à l’écoute. Implicitement, ils me demandent à quoi je crois ». Avec eux, Hervé Dagommer aime revenir à l’essentiel : non pas seulement  « un humanisme vague » mais cette foi en Dieu qui lui donne « une espérance ».

Lui qui n’a jamais voté à gauche mais plutôt au « centre droit », était de la première « manif pour tous », mais a considéré ensuite que « l’Église se trompait de combat ». Il estime que le pape François, lui, a « vraiment compris les enjeux actuels » pour l’Église: ne pas se concevoir comme une « Église de purs » -une tendance qu’il décèle chez les quadragénaires de sa paroisse – mais sortir « pour annoncer la bonne nou­velle ». Et rappeler à la société son rôle d’accueil. À la fin des années 1970, il a rénové une maison pour des boat people vietnamiens. L’an dernier, il a eu « honte » que la France n’ait pas accueilli plus de réfugiés

(Texte de Anne-Bénédicte Hoffner)

3.5    Les inspirés

 Ce qu’ils représentent : 5 %

Ce qui les distingue: 34% votent « Les républicains »

Pour eux, Jésus est : une personne rencontrée lors d’une expérience de conversion, avec qui ils entretiennent une relation personnelle, un dialogue quasi continu.

Être catholique, c’est: se convertir toujours plus intégralement, faire entrer Jésus dans tous les aspects de sa vie. Leur foi est une histoire d’amour, un chemin vers le bonheur.

Leur spiritualité : pour eux, la foi se transmet par le témoignage. Ils accordent une grande importance à la liturgie, attendant de la messe qu’elle soit communautaire, vivante et recueillie. Comme les observants, dont ils sont proches, ils apprécient la messe en latin.

Leur pratique: messe, en particulier dans les rassemblements ; pèlerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

 

Leur lieu. la communauté charismatique (l’Emmanuel, Chemin Neuf, Fondacio… ) ou la paroisse qui lui a été confiée, le groupe de prière… Ils attendent de l’Église un visage spirituel.

 

Leur sociologie: ils se présentent comme des convertis alors qu’ils ont souvent grandi dans une famille catholique. Mais ils ont réinvesti leur vie de foi, jugée formaliste ou superficielle avant leur « rencontre avec Jésus ». On trouve parmi eux tous les univers sociaux et classes d’âge.

Leurs figures de référence : Tim. Guénard, Jean Vanier, Daniel-Ange, P. René-Luc…

Leur vote : orienté majoritairement à droite voire vers le FN. Pour un quart proches de « La manif pour tous », ils sont majoritairement frileux à l’égard des migrants mais favorables au pape François.

 

Exemple type : Anne-Lise Rouyer

 

34 ans, professeur d’arts plastiques à Toulouse

Dernière de six enfants, elle a grandi dans une famille catholique mais se présente comme une « convertie ». « J’avais toujours eu la foi en Dieu mais je n’avais pas encore rencontré Jésus », explique Anne-Lise Rouyer en évoquant le « cœur à cœur avec le Christ » qui a fait basculer sa vie de foi, à 19 ans, lors d’une adoration du Saint-Sacrement. À l’adolescence, après « le drame familial » de la séparation de ses parents, Anne-Lise avait cessé de pratiquer, « très déçue » d’une Église qu’elle trouvait alors « étriquée ». Sans toutefois perdre la foi. C’est par des lectures tous azimuts, y compris New Age, qu’elle découvre un jour, sans le savoir, l’oraison et reprend le chemin de l’Église, demandant à être confirmée.

Ce Jésus qu’elle a rencontré, Anne-Lise ne va « plus le lâcher ». Elle s’engage pendant sept ans aux Semeurs d’espérance, une association qui anime des veillées d’adoration et des maraudes auprès des sans-abri à Paris. Là, elle apprend à connaître ceux qui vont devenir pour elle des modèles: Daniel-Ange, Soeur Emmanuelle, le P. Ceyrac, Jean Vanier, Stan Rougier… Autant de témoins qui incarnent l’Église dont elle rêve. « Des amoureux de Jésus, avec le cœur brûlant et cette audace d’aller jusqu’au bout, dans le don d’eux-mêmes ». Jeune maman, elle regrette de n’avoir plus autant de temps pour aller à la messe en semaine ou devant le Saint-Sacrement, mais cherche à « donner le plus d’amour possible, de l’espérance et le goût du ciel ». Soucieux d’une cohérence de vie, elle et son mari ont choisi de s’installer non loin d’une fraternité Lazare, à Toulouse, où cohabitent jeunes professionnels et anciens sans-abri. À Noël, ils étaient à Saint-Girons, en Ariège, pour animer avec la paroisse une mission d’évangélisation.

(Texte de Céline Hoyeau)

 

3.6    Les Emancipés

 Ce qu’ils représentent : 5 %

Ce qui les distingue : 34% votent à gauche

 

Pour eux, Jésus est : celui qui libère l’homme de ce qui lui fait perdre sa dignité, qui invite les hommes à assumer leur liberté dans le service du prochain.

Être catholique, c’est: être pleinement responsable de sa vie, conscient des conséquences collectives de ses actes.

Leur spiritualité : passe avant tout par un engagement dans les luttes sociales et politiques contre les injustices.

Leur pratique, une lecture personnelle de l’Évangile ou des temps de partage biblique; des retraites à Taizé… Ils ont peu de goût pour la messe dominicale qu’ils jugent déconnectée de la culture contemporaine. Comme les conciliaires, ils rejettent massivement la messe en latin.

Leur lieu: forte propension à des engagements non religieux, dans des associations humanitaires ou de défense de l’environnement. On les trouve aussi dans les mouvements d’Action catholique, chez les Scouts et Guides de France, au CCFD, au Secours catholique…

Leur sociologie : communément appelés « cathos de gauch », ils regrettent que l’Église se confonde trop souvent avec une classe bourgeoise et se focalise sur la morale sexuelle. On trouve toutes les classes d’âge dans ce groupe.

Leurs figures de référence: Guy Aurenche, François Soulage, Pierre Rabbi…

Leu vote . centre droit ou PS. Ils se défient du pape François qu’ils trouvent trop timoré dans ses réformes. Ils se démarquent de « La manif pour tous ». Curieusement, ce sont aussi les plus hostiles aux migrants, les assimilant sans doute aux musulmans qui, à leurs yeux, menacent l’émancipation des femmes et la liberté des homosexuels.

 

Exemple type : François Mandil

 

38 ans, délégué national à la communication des Scouts et Guides de France

« Pour moi, la vocation du chrétien n’est pas de passer une heure par semaine dans une église. » Pourtant, François Mandil a tout à fait le sentiment d’être un catholique pratiquant. Mais autrement. « Je vis des expériences de transcendance bien plus fortes avec les pieds dans l’herbe et en regardant le ciel étoilé », résume cet amoureux du scoutisme et de la nature.

Délégué national à la communication des Scouts et Guides de France, ancien militant écologiste adepte des actions coups-de-poing pas toujours légales, il le dit sans ambiguïté: « Le premier moteur de tous mes engagements, c’est que je suis catho. » Il raconte volontiers ses deux jours de retraite chez des clarisses avant son premier fauchage d’OGM.

Incapable de prier dans une « célébration classique », « très mal à l’aise lorsque des gens se mettent à genoux », François Mandil en convient: « C’est une question de sensibilité personnelle. Je ne veux pas faire de procès car j’ai trop souffert moi-même d’être traité de mauvais catholique », assure-t-il, allusion au « mariage pour tous », auquel il était favorable. Cet altermondialiste résolu se trouve même des points communs avec les cathos décroissants de la revue Limite, pourtant conservateurs sur les sujets de société.

Pour autant, celui qui relit régulièrement le Sermon sur la montagne continue de préférer vivre sa foi en dehors des chemins balisés. « J’ai davantage eu le sentiment de rencontrer le Christ dans des cercles de silence (groupes de soutien aux sans-papiers, NDLR) que dans une messe dominicale dont je cherche parfois le sens. »

(Texte de Gauthier Vaillant)

 

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C. « DIVERS ». Rencontre avec Eric-Emmanuel Schmitt

Posté par papaours le 16 novembre 2015

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CROIRE N’EST PAS SAVOIR

Tiré de Le Pelerin, jeudi 31 juillet 2014

 

C’est dans le désert, en 1989, que l’écrivain et homme de théâtre Eric-Emmanuel Schmitt a rencontré Dieu. Depuis, l’artiste éclaire sa vie et nourrit son œuvre des valeurs de l’évangile. Amour, tolérance, espérance, il explore avec nous, au cœur de l’été, les ressorts de sa foi chrétienne.

 

Etre chrétien aujourd’hui engage-t-il aussi naturellement qu’hier ?

 

Non, car nous ne vivons plus dans un monde monolithique. L’islam, le judaïsme et le bouddhisme nous côtoient. L’athéisme progresse au nom d’une vérité rationnelle supérieure à la foi. Nos contemporains ne se sentent plus reliés à une transcendance, ni portés par des valeurs supérieures. Plus l’incroyance gagne du terrain, plus la superstition progresse : astrologie, numérologie, voyance…, la France est devenue un grand bazar spirituel, comme l’était la Méditerranée au temps des Romains. Dans ce contexte où le matérialisme tutoie l’irrationnel, les chrétiens doivent plus que jamais exprimer leurs convictions.

 

Justement, comment exprimer ses convictions dans le respect de la foi de l’autre?

 

Face à la montée des fanatismes de tout , bord, il nous faut faire d’urgence la distinction entre croire et savoir. Croire c’est adhéré à une proposition spirituelle, ce n’est pas posséder la vérité. Dieu ne se démontre pas par la raison et aucune religion n’est ni vraie ni fausse. La tolérance de la croyance d’autrui passe par l’acceptation de notre ignorance commune. À partir de cet aveu d’ignorance, nous pouvons exprimer nos convictions en respectant la religion de l’autre. Pour ma part, j’ai conscience que je ne sais rien mais j’habite l’ignorance avec la lumière de Dieu et la révélation chrétienne.

 

En février 1989, vous entrez agnostique dans le Sahara, vous en sortez croyant…

 

Lorsque je fais une excursion avec des amis dans le désert du Hoggar, je me perds trente-deux heures dans les dunes. Le soir tombe, je n’ai ni eau, ni nourriture, ni vêtement chaud. Et cette nuit qui devait être la pire devient la plus belle. Je reçois une confiance inattendue. Avant de me perdre, j’étais convaincu de la toute-puissance de la raison. Mais sous le ciel étoilé, quelque chose est là qui m’échappe. Je ne prends plus mes: limites pour celles de l’Univers. Dieu existe qui donne sens à ma vie, à ma mort. Je fais crédit au monde. Je passe d’une philosophie de l’absurde (absence de sens) à une philosophie du mystère.

 

Si aucune religion n’est la vérité, pourquoi avoir préféré la religion chrétienne ?

Il m’a fallu  sept années pour devient chrétien. Quand je suis revenu du désert je me suis plongé dans la lecture des grands mystiques. Ils sont la chair vive de la foi et m’ont permis de découvrir les religions en évitant le: dogmes. Comme j’étais un intellectuel snob, j’ai débuté par l’étude des religions lointaines. Le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam, le soufisme le judaïsme. Une nuit enfin, après sept années de recherche, j’ai lu les quatre Évangiles d’une seule traite ; leur message d’amour m’a renversé.

 

Vous parlez des Évangiles comme si c’était une découverte. Vous ne les aviez pas étudiés enfant ?

Je n’avais rien compris. J’étais hermétique à la notion du Père, du Fils et de la Trinité. Pourtant, le prêtre qui m’enseignait le catéchisme était un être de lumière. Mais ce saint homme me donnait à boire alors que je n’avais pas soif. La nuit de ma lecture des Évangiles, j’étais prêt à recevoir cet amour mis en jeu jusqu’à la mort.

 

C’est l’amour qui vous convertit au christianisme ?

 

L’amour et la place laissée à l’intelligence. Car ces quatre textes ne racontent pas tout à fait la même histoire. Il y a des contradictions entre les témoignages des amis de Jésus. Cela me rassure car quatre faussaires auraient été d’accord. En ne racontant pas tout à fait la même chose, les apôtres me paraissent dignes de confiance. Ils me laissent un espace critique d’interprétation; ils font appel à mon libre arbitre.

 

Qu’est-ce qui emporte votre adhésion dans la personne du Christ ?

 

Son humanité. La dernière nuit, sur le mont des Oliviers, Jésus a peur, il transpire, il appelle son père. Son angoisse de l’abandon, ses doutes me touchent plus que toutes les certitudes. La lumière passe par les failles.

 

À partir de L’Évangile selon Pilate, votre foi irrigue toute votre oeuvre.

Ce roman, c’est mon « coming out » chrétien. Je ne peux garder pour moi cette révélation, je dois contribuer à faire briller la lumière du christianisme. Mais on peut avoir trouvé sa maison et s’intéresser à celle des autres.

 

Justement, dans votre cycle de l’invisible, vous vous passionnez pour les autres religions

.

Mon cycle de l’invisible part d’une démarche plus humaniste que religieuse ; il s’agit pour moi d’éviter tout prosélytisme. Dans Milarepa, j’explore le bouddhisme tibétain, avec L’enfant de Noé, le judaïsme; j’aborde la mystique musulmane du soufisme dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, le bouddhisme zen dans Le sumo qui ne pouvait pas grossir. Oscar et la dame rose met en scène l’espérance chrétienne par-delà la mort. Je suis convaincu que la connaissance est le premier pas vers la tolérance.

 

La tolérance, c’est l’un des défis du monde catholique ?

 

Le chrétien, c’est celui qui ne consent pas à la violence du monde, qui considère tout homme comme une valeur en soi quelles que soient son origine, sa fortune et son histoire.

 

Ces valeurs de tolérance, comment les mettez-vous en oeuvre pour appréhender les grands débats d’aujourd’hui ?

 

En tant que chrétien et au nom de l’amour,je suis favorable au mariage pour tous. Deux êtres qui s’aiment doivent pouvoir devenir responsables l’un de l’autre, quel que soit leur sexe. L’engagement mutuel du coeur doit être dissocié du charnel. En tant que chrétien, je m’élève aussi contre toute forme de rejet. Dans Ulysse from Bagdad, je montre l’héroïsme d’un sans-papiers considéré comme un sous-homme. Enfin, les récentes élections européennes m’alertent sur la montée des extrémismes. Quand le nationalisme mène au refus de l’étranger, je le récuse… en tant que chrétien.

 

Vous sentez-vous proche du pape François ?

J’aime ce Pape qui invite deux leaders opposés à prier ensemble pour la paix quand le Proche-Orient s’embrase à nouveau, qui se rend à Lampedusa auprès des exclus et refuse l’indifférence. Il dénonce le commerce des armes et l’économie sans visage. Il prêche une Église pauvre pour les pauvres et incarne cette Église. J’espère que ceux qui l’entourent lui permettront de faire bouger les lignes : évolution de la famille, mariage des prêtres, ordination des femmes… ce pape courageux doit nous aider à sortir des dogmes liés à l’histoire de l’Église, pas du message d’amour des Évangiles.

 

Ce choix de l’amour, il n’est jamais trop tard pour le faire ?

A part quelques personnes qui possèdent le don d’aimer, la plupart d’entre nous doivent apprendre à bâtir une relation d’amour lucide. Je ne parle pas de la passion qui obscurcit le jugement. Je me demande même si l’amour ne commence pas quand se termine la passion.

 

Votre dernier récit, L’élixir d’amour, explore les secrets de l’amour qui dure…

Les personnages, Adam et Louise, viennent de se séparer, malgré la force des sentiments qui les liaient. Ce couple est victime de notre civilisation du bonheur : nous restons amoureux tant que la relation est agréable alors que le véritable amour se construit dans l’épreuve. Suite à une correspondance soutenue et un stratagème, Adam et Louise finissent par s’aimer pour de bon. L’amour est un choix personnel, un pari, comme le philosophe Pascal osait le pari de Dieu. 

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B. « RELIGION ». L’ASSOMPTION (15 août 2015)

Posté par papaours le 16 août 2015

Voici, à l’intention de ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de les lire dans le Figaro et dans la Croix, deux  articles dont nous avons pensé qu’ils vous intéresseront.

  1. 15 août, pourquoi ils prient pour la France

 

Tiré de La Croix du 13 août 2015, article de SAMUEL BLEYNIE et GAUTHIER VAILLANT

 

La fin de la Neuvaine pour la France sera célébrée après-demain, jour de l’Assomption, dans plusieurs paroisses et sanctuaires français, notamment à L’Île-Bouchard où près de 2 000 personnes sont attendues.

Le succès de ces neuf mois de prière, qui montre un regain d’intérêt pour la prière nationale, interroge à l’heure de la mondialisation.

Samedi 15 août, fête de l’Assomption, sera clôturée la neuvaine pour la France, lancée le 15 novembre dernier par un groupe de laïcs catholiques. Sur le site Internet de l’initiative, ils sont plus de 25 000 à s’être inscrits et à avoir suivi pendant neuf mois les méditations proposées par plusieurs évêques (NNSS d’Ornellas, Rey, Aillet, etc.) et prêtres français. Pour la plupart, cette neuvaine consistait en la récitation quotidienne du chapelet et d’une prière spéciale. « Prier pour la France, c’est indispensable à partir du moment où les valeurs chrétiennes ne sont plus défendues par le gouvernement », témoigne Christophe, la trentaine, à la sortie d’une église parisienne. À côté de lui, Bénédicte affiche ses motivations : « L’épisode du mariage pour tous a été un déclencheur, car je m’inquiète pour mon pays. » La jeune femme a suivi la Neuvaine « de loin », mais a enregistré le texte de la prière sur son téléphone.

Une ferveur que ne partagent pas tous les catholiques. Certains se disent mal à l’aise avec l’idée même de prière pour la France. « Il faut élargir notre regard. Je prie pour le monde, qui comprend la France, mais il faut se rappeler que nous sommes un tout petit pays », estime Monique, rencontrée à l’issue de la messe dominicale à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Cette retraitée de 73 ans se dit moins préoccupée par la crise morale de l’Hexagone que par la crise écologique internationale.

Pourtant, depuis le vœu de Louis XIII en 1638, la fête de l’Assomption est traditionnellement dédiée à la prière pour la France (lire page 12). En 2012, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et alors président de la Conférence des évêques de France, avait ainsi choisi cette date pour faire lire dans toutes les églises du pays une prière universelle alertant implicitement sur le projet de loi sur le mariage homosexuel.

« Prier pour la France, c’est apprendre à aimer son pays

tel qu’il est, et c’est être dans l’espérance. »

L’usage de cette fête recouvre des enjeux internes à l’Église de France, avance le P. Nicolas de Bremond d’Ars, sociologue, chercheur associé au Césor (Centre d’études en sciences sociales du religieux). « Le 15 août est un moment où les différentes sensibilités essayent de s’exprimer », explique-t-il. Mais la prière pour la France, et particulièrement l’initiative de la Neuvaine, est aussi le fait, pour le chercheur, d’« un courant qui surfe sur une nostalgie politique de la grandeur de la France ».

Une analyse que réfute le P. Xavier Lefebvre, curé de la paroisse parisienne de Saint- Louis- d’Antin, qui a suivi et fait suivre à ses paroissiens la Neuvaine de près. Pour lui, « prier pour son pays est un devoir de chrétien », d’autant plus que « la France a des racines chrétiennes ». Mais surtout, pour le prêtre, « prier pour la France, c’est apprendre à aimer son pays tel qu’il est, et c’est être dans l’espérance, et donc ne pas rester dans les atermoiements du « c’était mieux avant »»

Pourtant, à l’époque de la mondialisation, ce regain d’intérêt pour la prière nationale interroge. « Nous ne pouvons plus prier pour la France comme avant, c’est une évidence », reconnaît le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et parrain de la Neuvaine, qui assure qu’il faut « prendre en compte les imbrications entre pays ». Les flux migratoires sont ainsi au cœur des préoccupations. « Prier pour la France, c’est avant tout prier pour une communauté composée de ceux qui vivent là depuis longtemps et de ceux qui arrivent. Il faut souhaiter une communauté solidaire, fraternelle, pacifiée et où chacun trouve sa place », explique Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France.

Qu’elle soit portée par des valeurs morales traditionnelles ou par un souci de solidarité, la prière pour la France n’en revêt pas moins toujours un caractère politique. « Prier pour la France, c’est prier pour les Français et leur prospérité, mais aussi pour qu’elle assume son rôle de fille aînée de l’Église. Qu’elle ne se replie pas sur elle-même mais que, forte de son héritage, elle sache en faire une contribution aux débats du monde », affirme Jean-Christophe Fromantin, député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine et catholique pratiquant. S’il soutient que la prière n’est pas un acte « militant » mais « intérieur », il espère qu’elle débouche sur un engagement concret. « Que ce soit dans le monde politique ou le monde associatif, notre pays souffre d’un déficit d’engagement », constate-t-il. Une manière de dire qu’il ne faut pas attendre de miracles, mais que c’est à chacun de prendre ses responsabilités, ce que semble partager le cardinal Barbarin. « Un miracle: tant mieux si cela arrive mais cela ne se commande pas et n’est pas l’objet premier de notre prière. Moi, je n’attends pas forcément des changements législatifs mais certainement un réveil spirituel. Après avoir prié pour la France, et si la France redevenait priante?»

 

SAMUEL BLEYNIE et GAUTHIER VAILLANT

2. France, et si c’était l’heure de ton réveil ?

Tiré du Figaro du 14 août 2015

MGR PHILIPPE BARBARIN, le cardinal-archevêque de Lyon, explique le sens de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie pour les catholiques.

 

Pendant neuf mois, des milliers de Français ont prié quotidiennement pour leur pays, dans la discrétion et la fidélité. Cette neuvaine pour la France s’achève le 15 août, jour hautement symbolique où notre pays fut jadis consacré à Marie et qui demeure le sommet spirituel de chaque été.

Oui, la fête de l’Assomption est la source d’une grande espérance. Quand la Vierge Marie connaît, la première après Jésus, la joie de la Résurrection, nous sommes renforcés dans la certitude que Dieu tient ses promesses et que jamais Il ne nous abandonnera. Nous avons donc prié pour la France. Nos intentions étaient nombreuses : la paix, l’emploi, la justice, la vérité du mariage, le respect des plus petits, des plus fragiles, l’enthousiasme de l’évangélisation…

Et maintenant, je propose que nous demandions la grâce d’une France priante !

La France a été appelée fille aînée de l’Église, et Marie, le bienheureux Paul VI, au concile Vatican II, l’a proclamée « Mère de l’Église ». J’aimerais que notre pays regarde Marie comme une mère, comme un fleuve regarde sa source, pour trouver son inspiration et son élan. Marie exprime le cœur de sa vocation dès les premiers mots qu’elle prononce : « Je suis la servante. » Ne serait-ce pas aussi la vocation de la France, comme le suggérait Jean-Paul II lors de son premier voyage dans notre pays, en 1980: « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? Permettez-moi de vous demander: France, Fille de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? »

Cette apostrophe, j’aimerais la prolonger aujourd’hui en demandant: « France, et si c’était l’heure de ton réveil ? »

Pour cette fête de l’Assomption, on lit dans l’Évangile la visite de Marie à sa vieille parente Élisabeth ainsi que le Magnificat, qui est une explosion de joie. Quand j’entends Marie chanter: «Sa miséricorde s’étend d’âge en âge », j’ai l’impression qu’elle résume en quelques mots tout ce qu’est pour elle le message de la Bible. C’est la phrase centrale de son cantique. Un des cadeaux de la Neuvaine, c’est d’avoir présenté les grâces dont la France a été si abondamment pourvue au fil des siècles. Oui, comme Marie, nous pouvons remercier Dieu qui fait pour nous des merveilles, – une miséricorde qui ne s’est jamais démentie.

Entre mille exemples possibles, je citerais le légat pontifical Eudes de Châteauroux : « La Gaule est le four où cuit le pain intellectuel du monde entier », et l’étonnante phrase de Paul VI : « Le Français exerce la magistrature de l’universel. » Quant à Jean-Paul II, dans la même homélie de 1980, il avait ajouté : « Cela crée beaucoup de devoirs! » C’est vrai : une si riche histoire ne doit pas nous enorgueillir ni nous écraser, mais elle impose des obligations.

Lacordaire avait comparé l’élection du peuple juif au choix de la France :

« Dieu, voyant les peuples s’éloigner de lui, en choisit un et il le forma Lui-même, annonçant à Abraham que toutes les nations seraient bénies en lui. » Après avoir traversé les siècles en évoquant la venue du Seigneur, puis Clotilde, Clovis et saint Remi, Lacordaire concluait : « De même que Dieu a dit à son Fils de toute éternité : « Tu es mon premier-né », la papauté a dit à la France : « Tu es ma fille aînée. «  » Ces lignes ne sont pas faciles à recopier aujourd’hui, etil ne me revient pas de juger de la justesse de cette intuition. Une chose est sûre: pour que cette promesse ne soit pas oublié, il est essentiel qu’elle continue d’être reçue par nous dans la prière. Les Français, dit-on, se plaignent à la moindre occasion ; la Vierge Marie, elle, exulte de joie. Les Français sont fiers, c’est même l’origine de leur nom ; Marie est humble. Les Français aiment régner en maîtres ; Marie se présente comme la servante. Les Français sont incrédules, même vis-à-vis d’eux-mêmes ; Marie croit. Et si les Français renouvelaient leur engagement dans la prière, pour que… les Français, comme Marie, prient ! Nous espérons que se lèvera la prière des enfants et de leurs aînés, des nouveaux Français et des anciens, des riches et des pauvres, des orgueilleux et des humbles, des incrédules même et des croyants : tous en prière !

Permettez-moi de lancer un appel. Puisqu’on dit qu’en bien des endroits nos églises sont vides, proposons aux catholiques de s’y retrouver régulièrement pour prier. Peu importe le nombre : Dieu reconnaît la fidélité des cœurs priants et exauce leurs demandes. Une prière du matin pour ceux qui partent au travail avec la lecture de la Parole de Dieu ; un rendez-vous de l’après-midi pour nos anciens : le chapelet récité en union avec ceux qui sont à la grotte de Lourdes ; un temps d’adoration du Saint Sacrement ou d’oraison silencieuse… Que nos églises vivent et revivent !

 

J’aimerais que notre pays regarde Marie comme une mère, comme un fleuve regarde sa source, pour trouver son inspiration et son élan.

 

Cet appel s’étend aussi à nos familles, pour que la prière retrouve sa place dans nos maisons et notre vie quotidienne. Qu’on prenne le temps de prier le soir ensemble, de préparer la Messe en lisant les lectures du dimanche qui arrive. N’oublions pas dans nos intentions les frères et sœurs chrétiens d’Orient pour qui les cloches sonneront demain à midi en tant d’endroits ! Prions aussi pour le pape François, car il en a besoin et il le demande. Chaque fois que je le vois, il me répète : « Dis-leur de prier pour moi. »

Oui, nous prions pour une France servante, comblée, humble et priante. Qu’elle poursuive sa route comme une fille qui prend modèle sur sa mère, car nous sommes sûrs qu’une telle mère n’abandonnera jamais ses enfants.

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C. « DIVERS ». Encore une loi qui porte atteinte à l’esprit de Voltaire.

Posté par papaours le 14 juin 2015

 

Article de Madame Anne-Marie Pourhiet, professeur de droit public

 

La schizophrénie gouvernementale atteint un tel sommet que l’on en vient légitimement à s’interroger sur notre sécurité juridique. Le 11 janvier, le premier ministre nous convoquait à une «marche républicaine » en faveur de la «liberté d’expression» où le crayon de Charlie fut érigé en symbole national. Dès le lendemain cependant, le ministre de la Santé n’hésitait pas à ordonner, sur injonction du lobby féministe, la censure d’une fresque de salle de garde hospitalière furieusement semblable aux dessins de Wolinski. Puis l’on vit de jeunes fanfarons se faire expédier au tribunal et lourdement condamner pour des propos bravaches érigés en délits d’«apologie du terrorisme» par des magistrats fébriles. Pis encore, le premier ministre nous annonça soudain vouloir ériger «la lutte contre le racisme et l’antisémitisme» en cause nationale au moyen d’un projet de loi aggravant encore l’arsenal pénal accumulé depuis plusieurs décennies et qui a multiplié les délits d’opinion punis de peine d’emprisonnement dans le droit de la presse. Rendre hommage à Charlie en renforçant la censure relève de la pure aberration.

L’idée principale du projet de loi consiste à sortir de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, pour incorporer dans le code pénal les délits de provocation à la haine ou à la violence, d’injure ou de diffamation commis «à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou un religion ». Les quelques protections spécifiques du droit de la presse concernant notamment la preuve, l’absence de comparution immédiate et de détention ainsi que les délais de prescription plus courts devraient donc être supprimés pour satisfaire « l’envie du pénal » de gouvernants déboussolés et complètement asservis à leurs clientèles communautaires. Dans le cadre de l’habituelle surenchère victimaire, l’on songe à étendre cette répression accrue aux propos « sexistes, handiphobes, homophobes et transphobes » déjà rajoutés au droit de la presse en 2004 et 2012, à la suite de débats parlementaires d’une affligeante médiocrité. L’on voit vraiment mal la cohérence entre ces délits d’outrage aux minorités sexuelles et la défense de l’esprit de Charlie Hebdo.

Politiquement correct oblige, beaucoup de ces lois scélérates n’ont pas été soumises au Conseil constitutionnel par l’opposition tandis que la Cour de cassation a refusé de les renvoyer au motif que la question de leur conformité à la Constitution ne serait pas « sérieuse » (sic). Toutefois, en validant l’extension de trois mois à un an du délai de prescription des délits institués par les lois Pleven et Gayssot, le Conseil constitutionnel a montré, en 2013, qu’il ne souhaitait nullement imiter la belle intransigeance de la Cour suprême américaine, qui n’accepte aucune censure en affirmant fièrement : «Notre nation a fait le choix de protéger le discours même blessant sur des questions publiques pour assurer que le débat public ne soit jamais étouffé ». Le Conseil d’État français n’a pas non plus brillé par son libéralisme en validant l’interdiction administrative préventive du spectacle de Dieudonné décidée en 2014 sur ordre d’un ministre de l’Intérieur peu «voltairien» .

La Cour européenne des droits de l’homme avait affirmé, dans un bel arrêt de 1976, que la liberté d’expression « vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population », mais sa jurisprudence ultérieure s’est révélée hésitante et décevante. L’expérience montre donc que les garanties juridictionnelles de la liberté d’expression fonctionnent mal et que les juges sont aussi perméables à la « tyrannie des minorités que les décideurs politiques.

Cet arsenal répressif n’est pas seulement antilibéral, il est aussi antirépublicain en ce qu’en accordant une protection pénale spécifique aux minorités ethno-raciales, religieuses ou sexuelles il porte atteinte au principe constitutionnel d’égalité devant la loi « sans distinction d’origine, de race et de religion» qui pose que « la loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ». Ce sont, en effet, de véritables privilèges, au sens étymologique de « lois privées », qui sont accordés à des communautés, au mépris des valeurs républicaines dont on prétend se parer. Cette inégalité est encore aggravée par le fait que les associations militantes sont habilitées à se constituer partie civile et donc à déclencher l’action pénale en faisant peser sur la société un véritable terrorisme judiciaire. Le droit commun de tous les Français se mue ainsi en droit communautaire. Lorsque, à l’occasion du débat sur la répression de la « transphobie », le sénateur socialiste Alain Richard a rappelé : « Il n’est pas conforme aux principes de la République de frapper plus lourdement le coupable suivant que la victime appartient à une catégorie ou à une autre. La loi ne discrimine pas ! », nul ne l’a entendu dans un hémicycle où l’on ne sait même plus ce que république veut dire.

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C. « DIVERS ». Un propos sur le travail aujourd’hui en France

Posté par papaours le 6 juin 2015

Ils continuent de démolir la valeur travail

Tiré du Figaro du 3 juin 2015, rubrique « OPINIONS », la chronique de Yves de Kerdrel

 

La France compte près de 5,6 millions de personnes pointant à Pôle emploi. Ce qui représente un triste record. Et bien que François Hollande annonce depuis deux ans le renversement de la courbe du chômage, rien n’y fait. Chaque mois ce sont, en moyenne, une dizaine de milliers d’emplois qui sont détruits. Un peu plus de trois ans après son entrée à l’Élysée, François Hollande, par sa politique absurde, a créé pas moins de 620 000 nouveaux chômeurs. Alors qu’en Allemagne, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, jamais le taux d’inactivité n’a été aussi bas. En 1967, alors que la France ne comptait que 400 000 chômeurs, Georges Pompidou avait déclaré : « Si un jour on atteint les 500 000 chômeurs en France, ça sera la révolution. »

 

Notre pays a passé le cap du million, puis celui des deux millions, puis celui des trois millions de chômeurs ne bénéficiant d’aucune activité. Et ce n’est toujours pas la révolution. Personne ne vient essayer de forcer les grilles de l’Élysée comme, en 1789, les Parisiennes affamées essayaient de pénétrer à Versailles. Il y a deux raisons à cela. D’abord notre système d’indemnisation des chômeurs est bien trop généreux. À la fois en valeur absolue et dans la durée. Même François Rebsamen, ministre socialiste du Travail et de l’Emploi, le reconnaît. Mais surtout la France a développé un état d’esprit très particulier à l’égard de la valeur travail, qui est attaquée en permanence. Qu’on ose évoquer la possibilité de travailler le dimanche et des dizaines de groupes de pression s’insurgent. Qu’on facilite le travail des seniors et l’on assiste à une levée de boucliers. Qu’on lance le sujet du travail jusqu’à 70 ans et l’on se fait traiter d’esclavagiste. Les Français sont schizophrènes, comme l’a très bien démontré l’universitaire américain Ezra Suleiman. Ils tiennent à leur emploi, et même à leur entreprise, où ils restent en moyenne douze ans, mais ils considèrent toujours le travail comme un asservissement.

 

Cette exception française n’est pas une surprise, compte tenu du travail de sape mené pendant des années par une gauche élevée au lait  de philosophes comme Marcuse ou Bourdieu, qui ont toujours proclamé que le travail était un moyen d’exploitation, voire « la meilleure des polices » pour Nietzsche, alors qu’il est d’abord épanouissement, force d’ascension sociale et instrument de réalisation personnelle. Ce que Voltaire avait résumé par ces mots: « Le travail éloigne de nous trois grands maux: l’ennui, le vice et le besoin ».

Mais le pire, c’est que moins il y a de travail disponible en France, plus celui-ci est attaqué en termes de valeur. Le droit du travail est devenu un labyrinthe pour tous les employeurs qui n’arrivent plus à en trouver la sortie, tant il y existe de droits pour les salariés et de devoirs pour les employeurs. Et les socialistes n’ont en rien renoncé à leurs vieilles lunes. Ils ont inventé la pénibilité, car le travail est forcément une souffrance. Si bien que la femme de chambre d’un hôtel va désormais voir son temps divisé en deux. Si elle fait un lit avec des draps, cela sera compté comme un travail normal. Si elle le fait avec une couette, considérée comme un objet lourd, elle bénéficiera d’un compte de pénibilité lui permettant de faire valoir ses droits à la retraite plus tôt. Il faut se pincer pour le croire.

Mais ce n’est pas fini. Puisque le travail, pour ceux qui ont pourtant la chance d’en avoir un, est considéré par la gauche comme un enfer, une souffrance, voire un supplice, dont c’est l’origine étymologique, à travers le mot latin tripalium, qui était un instrument à trois pieux servant à la torture. Si bien que l’ex-ministre Benoît Hamon veut faire inscrire le burn out comme une maladie professionnelle. Alors même que l’épuisement professionnel peut avoir bien d’autres causes que le travail en lui-même. Peu importe pour le député frondeur. Ce qui compte pour lui, c’est que si le burn out est intégré à la liste des maladies professionnelles, sa prise en charge revient dès lors aux employeurs.

Bien sûr, derrière toutes ces attaques systématiques contre la valeur travail, entamées il y a près d’une vingtaine d’années avec la volonté funeste de réduire le temps de travail, les syndicats ne sont jamais très loin. Eux dont le fonds de commerce vise à défendre des salariés aux dépens de chômeurs. Des salariés qui se reconnaissent de moins en moins dans ces combats d’un autre temps. La preuve en est que 72 % des Français se disent heureux au travail. Mais, comme disait Coluche, «  Il paraît que CGT signifie Cancer généralisé du travail. C’est faux. Parce que le cancer évolue. Alors que la CGT, elle, ne bouge pas ».

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