B. « RELIGION ». 70 ème miracle à Lourdes

Posté par papaours le 16 février 2018

Sœur Bernadette raconte sa guérison « miraculeuse »

La religieuse a livré pour la première fois le récit de son rétablissement éclair, après une visite à Lourdes.

Article de Jean-Marie Guénois. Le Figaro du 14 février 2018

 

C’est une petite souris blanche cachée derrière une forêt de micros et de caméras. Timide, la «miraculée» de Lourdes, soeur Bernadette Moriau, apparaît devant la presse, avec son pull en laine blanche et sa croix en T de franciscaine, dans la salle du diocèse de Beauvais. Humble et rayonnante, elle a 79 ans, mais saute d’un bond agile sur l’estrade. La religieuse est visiblement en bonne santé ! Elle a été reconnue miraculeusement guérie par l’Église catholique le 11 février 2018 (lire nos éditions du 12 février) d’un syndrome de la queue de cheval (atteinte pluriradiculaire des racines lombaires et sacrées) qui la paralysait. Les faits se sont produits, juste après un pèlerinage à Lourdes. Émue – car elle a tenu dix ans le secret « par obéissance à l’Église » -, c’est la première fois qu’elle se raconte en public. Souvent, elle saisira son mouchoir blanc pour s’essuyer les yeux.

 

« Je n’ai jamais demandé la guérison, explique-t-elle, mais, à Lourdes, en février 2008, j’ai prié pour les malades plus jeunes que moi qui m’entouraient. » Elle revient ensuite dans sa communauté près de Beauvais : « J’étais dans la chapelle devant le Saint-Sacrement. C’était le Il juillet 2008, il était 17h45. J’ai senti un bien-être, une détente dans tout le corps, une chaleur qui m’a traversée. De retour dans ma chambre, une voix m’a dit : « Enlève tes appareils.  » Dans un acte de foi, j’ai tout enlevé, corset, attelle… Mon pied était redressé, je pouvais bouger, je n’avais pas mal. J’ai arrêté la morphine que je prenais à forte dose depuis des années. Tout était rentré dans l’ordre. Le lendemain, je suis allée marcher cinq kilomètres dans la forêt! »

 

Le 70ème cas reconnu

 

Elle poursuit : «J’ai beaucoup pleuré… Je disais : « Pourquoi moi, Seigneur? Tant d’autres en auraient plus besoin… » On est dépassé. Mais ce n’est pas pour moi, c’est en Église que j’ai reçu cette guérison. Elle est pour la vie. » Elle insiste : «Je ne me présente pas en miraculée, ce serait prétentieux, je vis ce que l’on me demande. » Elle rêve toutefois d’une petite faveur : «Si le pape François m’appelait, je serais contente!» Et lance cette conclusion : « Je reste moi-même, je ne suis pas une star, je reste une petite soeur. Avec sainte Bernadette, j’aime à redire que je suis chargée de vous le témoigner, mais je ne suis pas chargée de vous le faire croire. » Et si elle retourne à Lourdes tous les ans, c’est pour «rendre grâce et accompagner et aider les malades ».

 

Mgr Jacques Benoît- Gonnin, évêque de Beauvais, qui a eu la responsabilité de reconnaître le miracle, avait introduit son témoignage : « Elle était gravement handicapée et malade; elle a été brutalement guérie. » Lui-même dit avoir imploré Dieu afin de recevoir un « signe » le confirmant dans sa décision de reconnaître le miracle.

 

Président du bureau des constatations médicales de Lourdes, le Dr. Alessandro de Franciscis, également présent, est revenu, lui, sur la longue contre-enquête médicale impliquant « 300 médecins» et finalement tranchée par le vote en 2016 d’un comité international de «27 professeurs de médecine », à l’unanimité «moins une voix». « Sœur Bernadette a vécu un calvaire pendant quarante ans, témoigne-t-il. Je l’ai reçue en 2006, mais, à ce stade, elle était pour moi une « guérison supposée », car nous travaillons comme membres du corps médical, et non comme membres de l’Église catholique. C’est seulement après un travail médical rigoureux et collégial que nous avons conclu à une guérison inexpliquée par la science.» Sur 7.400 cas de guérison déposés depuis 160 ans, c’est la 70ème guérison reconnue. Lourdes n’est pas obsédée par les miracles, c’est un lieu de pèlerinage marial, mais il s’y passe des choses extraordinaires. 

 

 

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B. « RELIGION ». COMMENT PEUT-ON ÊTRE CATHOLIQUE ?

Posté par papaours le 29 janvier 2018

Tiré du Figaro du 25 janvier 2018-01-29

 CHRONIQUE de Luc Ferry

 

Telle est la question à laquelle Denis Moreau, l’un des philosophes chrétiens les plus profonds du temps présent, entreprend de répondre dans son dernier livre (qui porte tout simplement ce titre, au Seuil). Et pour ne pas se faciliter la tâche, il part du constat, factuellement peu contestable, que « pour le catholicisme aujourd’hui, ça ne va pas fort ! ». Ses chiffres sont accablants : seuls 4 % des Français vont à la messe le dimanche alors qu’ils étaient plus de 30 % en 1950 et encore 15 % en 1980. 95 % des enfants étaient baptisés en 1950, ils ne sont plus que 30 % tandis que l’Église elle-même s’étiole à une vitesse vertigineuse : 45 000 prêtres en 1960, 25 000 en 1990… ils ne sont plus aujourd’hui que 6 000 à avoir moins de 65 ans… À ce rythme, combien en 2030 ? Alors Moreau, fervent catholique mais aussi éminent professeur de philosophie à l’université de Nantes, prend le problème à bras-le-corps, non pour convaincre à tout prix, mais pour expliquer, en empruntant pour une part la voie ouverte par Pascal, que « parier » sur le catholicisme est tout sauf déraisonnable. Et il donne, justement, ses raisons : s’il est catholique, c’est « parce qu’il n’est pas superman », parce qu’il y a de « bonnes raisons de croire en Dieu », « parce que Jésus », « parce qu’il aime la vie et

qu’elle est plus belle et joyeuse quand on est croyant », « parce qu’il aime aussi l’Église » malgré ses errements passés, mais surtout, et c’est là l’essentiel, parce qu’il n’a pas envie que « ce soit la mort qui gagne à la fin ».

 

C’est le point crucial, la « Bonne Nouvelle » par excellence (étymologiquement, l’Évangile, en grec : eu – anggelia) : la mort n’est pas le fin mot de l’existence, ou pour mieux dire, le mot de la fin, car le Christ nous promet de la faire mourir. Cette promesse ne change pas seulement notre avenir, comme dans le Pari de Pascal, mais elle bouleverse et enchante d’ores et déjà notre présent, ici et maintenant, pourvu bien entendu qu’on ait la foi : « Dans l’optique chrétienne, la découverte du tombeau vide constitue ainsi un ou même LE moment pivot dans l’histoire de la compréhension que les hommes ont de leur condition, et le jour de Pâques celui d’une mutation existentielle qui inscrit la vie humaine dans une situation et un horizon nouveaux ». Comme le dit Emmanuel Carrère dans son magnifique livre, Le Royaume, que Moreau cite à cette occasion : « En un point précis de l’espace et du temps, s’est produit un événement impossible qui coupe l’histoire en deux, avant et après, et qui coupe aussi l’humanité en deux, ceux qui ne le croient pas et ceux qui le croient ». C’est ainsi dans la croyance de la mort de la mort, de la résurrection des êtres humains « corps et âme », de ce « corps glorieux » qui apparaît dans l’épisode de la résurrection de Lazare, donc dans la promesse que nous allons retrouver après leur mort ceux que nous avons aimés en cette vie, que tout se joue. Il est clair qu’à cette promesse, dans un univers désenchanté par l’essor des sciences positives, les objections ne manquent pas. Moreau les analyse une à une, en toute objectivité, et sa réponse la plus forte tient au fond en un seul argument, à savoir qu’en la matière, tout est affaire de croyance, pour ceux qui ne croient pas tout autant que pour ceux qui croient. D’évidence, en effet la question de l’existence de Dieu se meut par nature hors du champ de la science : s’il est impossible de démontrer stricto sensu son existence, il est tout aussi impossible de prouver son inexistence, en quoi l’athéismes une croyance comme une autre, tout aussi indémontrable que son opposé. La conclusion de Moreau est alors tout simple : pourquoi ne pas accorder sa confiance à cet être extraordinaire que fut Jésus dès lors qu’on « vit mieux en faisant sienne la croyance que la mort a été vaincue par Lui qu’en ne l’adoptant pas. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas l’adopter ? En tout cas, il existe des raisons de le faire… », et ce sont ces raisons que le livre déploie une à une, en examinant arguments et contre-arguments.

 

Un athée objectera bien sûr que plus une croyance est intéressée, moins elle est crédible. Comme un homme qui, dans le désert, mourant de soif, aperçoit dans son mirage une source claire, celui qui a peur de la mort et qui voudrait ne jamais perdre ceux qu’il aime, n’est-il pas tenté par une promesse qui vient justement combler ses espoirs les plus ardents ? En toute hypothèse, ainsi plaide Moreau, la réponse à cette question est et restera à jamais affaire de foi.

 

En quoi la Révélation ne pourra, par sa nature même, jamais être vaincue par la rationalité scientifique.

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C. « DIVERS ». Peut-on punir les « fake news » sans instaurer une police de la pensée ?

Posté par papaours le 18 janvier 2018

Tiré du Figaro du 16 janvier 2018

 

Article de Madame Chantal Delsol, philosophe

 Fausses nouvelles

Lors de ses voeux à la presse, Emmanuel. Macron a annoncé son intention de mettre en oeuvre une loi contre la propagation de la désinformation sur les réseaux sociaux en période électorale. Si les contours en sont encore assez flous, cette mesure annoncée inquiète les opposants au président de la République, qui y perçoivent un risque de censure. Pour la philosophe Chantal Delsol, la possibilité du mensonge est le prix à payer pour la liberté d’expression. Toute tentative de définir précisément les « fake news » aboutirait à un contrôle de l’opinion. L’essayiste Mathieu Laine estime, lui, qu’on dramatise les intentions du président, tout en estimant qu’il vaut mieux en passer par l’éducation que par la loi.

 

 

Le président de la République vient d’annoncer qu’il se saisirait du problème des dites « fake news », ces fausses nouvelles annoncées dans les médias pour renforcer un programme politique ou un courant de pensée, capables d’induire en erreur l’opinion publique et de faire changer frauduleusement le vote des citoyens. Il parle de contrôler la véracité et de légiférer pour pouvoir parvenir à des sanctions, au moins en période électorale.

 

Les fausses nouvelles représentent l’un des poisons de la vie démocratique, de même que les méchantes rumeurs de village sont l’envers haïssable de la belle sociabilité. La liberté de la presse permet de tout dire, et nous nous en félicitons. Elle permet aussi d’inventer n’importe quoi pour faire prévaloir son point de vue auprès d’électeurs hésitants ou peu informés. Qu’on n’essaie pas de nous faire croire que le genre fausse nouvelle est né avec Donald Trump ou avec les partisans du Brexit. Ou qu’Emmanuel Macron en serait la première victime historique. Il suffit de se rappeler l’époque où une certaine presse affirmait que les goulags soviétiques n’existaient pas (envoyant l’infortuné Kravchenko au procès), ou plus tard que L’Archipel du Goulag avait été écrit par la CIA, et plus tard encore, où l’on écrivait partout que François Mitterrand n’avait jamais été décoré de la francisque. Il est impossible de citer une période de l’histoire démocratique qui ait été épargnée des fausses nouvelles de toutes sortes. On pourrait multiplier les exemples d’éhontés mensonges inventés pour une Cause et relayés par la presse. Mais cela marche aussi bien quand il s’agit des personnes. Et il est inquiétant de se rendre compte qu’Emmanuel Macron n’a pas supporté les fausses rumeurs colportées sur sa vie personnelle, comme si ce n’était pas le lot de tout politique en campagne et il lui faudrait une loi pour pouvoir venger ces affronts… Si on ne supporte pas de voir raconter par la presse qu’on possède un compte (inexistant) aux Bahamas ou qu’on porte une Rolex (inexistante), alors .il vaut mieux s’abstenir de sortir au grand jour, où les haines sont tenaces et l’air toujours vicié. Celui qui se trouve dans le collimateur des médias pour des raisons politiques, peut voir sa propre vie réinventée par la désinformation et sans rien pouvoir faire. Sauf si on lui a porté des coups bien prévus par la loi (antisémitisme, homophobie), la victime de la fausse nouvelle se trouve pratiquement sans défense. Son « droit de réponse », si peu appliqué et par des voies si complexes, ne vaut pas grand-chose. Elle peut juste attendre que l’orage passe – la vérité finit toujours par triompher, on finit par savoir comment a été écrit L’Archipel ou que tel présumé innocent mais donné pour coupable, n’était pas coupable – mais en général le démenti passe inaperçu et enfin les plumes infectes s’en tirent indemnes. Alors pourquoi tout à coup le genre fausse nouvelle apparaît-il insupportable ? Pourquoi faudrait-il s’en saisir davantage aujourd’hui qu’hier ? Les fausses nouvelles ont-elles pris tout récemment une ampleur inégalée – d’où la nécessité de se saisir du problème ? La liberté de la presse permet aussi les mensonges par la presse. Ils sont si liés l’un à l’autre que nous préférons risquer les mensonges pour demeurer libres de dire les vérités. Les réseaux sociaux multiplient les occasions de lancer de fausses nouvelles en même temps que les opportunités des échanges. D’autant que sur les réseaux, l’anonymat prospère : on peut lancer n’importe quelle affirmation sans en prendre la responsabilité. Il existe toujours des courants de pensée (auparavant la gauche communiste, aujourd’hui les courants populistes) capables de réinventer leur propre « réalité » en prétextant que l’officielle n’est pas la bonne – comme Orwell l’avait abondamment montré.

 

On se réjouirait si notre législateur découvrait un moyen de punir les fausses nouvelles sans instaurer en même temps une police de la pensée. Car qui décidera qu’il s’agit là d’une fausse nouvelle et au regard de quels critères ? Et quel genre d’inquisiteur nous faudra-t-il, capable de déceler les mensonges dans tous les camps, pas seulement chez ceux que l’opinion dominante déteste ? Tous les partis, tous les courants de pensée, pourront-ils demander justice des fausses nouvelles que l’on répand sur eux? Il est à craindre qu’un élan aussi vertueux ne joue pas dans tous les sens. Le président de la République semble convaincu qu’il s’agit là d’un combat de la raison pure contre la post-vérité populiste. C’est beaucoup moins simple que cela. À croire que c’est si simple, on finira par créer un instrument auréolé de vertu pour priver de parole les seuls opposants.

 

Car enfin, et c’est la question cruciale, qu’appelle-t-on une fausse nouvelle ? On nous donne par exemple comme fausses nouvelles toutes les théories du complot, ou bien les promesses électorales intenables, ou bien les propos alarmants (« Daech va infiltrer la vague migratoire »), ou bien les propos trop orientés… On voit que la confusion domine entre le fait objectif et l’opinion. Une théorie du complot par exemple n’est rien d’autre qu’une opinion. Il est très clair, à lire les sites qui réclament la loi sur les « fake news », qu’ils espèrent par là voir punir les opinions qui les dérangent. C’est tout le danger d’une loi. Le législateur n’a pas à séparer la vérité du mensonge, pas plus qu’il n’a à trier les bonnes opinions et les mauvaises. Qui caractérisera la fausse nouvelle, et sur quels critères ? On tremble. La société peut bien se défendre contre les canulars, tout autant qu’elle peut les inventer. Vouloir une loi contre ce genre de perversions, c’est mal aimer la liberté. C’est prendre le risque d’instaurer une police de la pensée.

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B. « RELIGION » . LA FONT DE PERTUS

Posté par papaours le 10 janvier 2018

Article de Sœur Placide O.S.B., Abesse

 Tiré de la lettre des « Moniales » du 26 octobre 2017

 

 Chers amis,

 « La plus grande confrérie du monde, c’est celle des mécontents », a-t-on écrit. Qui n’en fait partie à ses heures ? Il est si naturel de remarquer ce qui cloche dans le monde ! « Mécontent de tous et mécontent de moi », notait Baudelaire. Nous ne parlons pas là d’une juste indignation face au mal – comme serait par exemple la tristesse inspirée par la perte des âmes –, mais d’un état d’esprit insatisfait, du sentiment pénible d’être frustré dans ses aspirations, dans ses droits.

 D’où vient que nous sommes mécontents ? Nous avons reçu de grands dons, nous en recevons continuellement. Mais… au lieu de nous contenter de la réalité, nous demeurons insatisfaits de ce que nous avons, souvent parce que nous nous comparons aux autres. Nous restons comme incapables de trouver la joie dans ce que nous possédons. J’aperçois dans le poulailler une image de cette avidité : des poules picorent avec délices ; voyant que leurs congénères reçoivent quelque chose, elles accourent à toutes jambes pour y goûter, oubliant le bien dont elles jouissaient !

 Nous disposons, quant à nous, de raison et de volonté, donc de la capacité à renoncer à certains désirs. Pour prévenir la dépression, mal du siècle, qui développera une spiritualité du contentement ? Qui saura se satisfaire des dons de Dieu et l’en remercier ? Celui-là connaîtra le festin dont parle le Livre des Proverbes (15,15) : « Le cœur content est dans un festin perpétuel ». Ce repas de fête, un maître des novices bénédictin expliquait comment le savourer : « Je dis à mes novices : au monastère, on est content de ce qu’on reçoit. De temps en temps, faites l’oraison de contentement, en passant en revue tout ce que vous avez reçu au monastère en ayant fait vœu de pauvreté. »

 En effet, dans son chapitre sur l’humilité, saint Benoît déclare que le moine humble est « toujours content » car, convaincu d’être un serviteur inutile, il se trouve toujours assez bien traité. Et Dom Romain Banquet commente : « Être content de toutes choses : de Dieu, de nous-mêmes pour les dons que Dieu nous a départis, de nos supérieurs, de nos frères, de la santé, de la maladie, de la vie et de la mort ; toujours contents, toujours : car c’est là le caractère propre et le fond de la vie religieuse. »

 D’accord, diront certains, mais Dom Romain parlait pour les religieux ! – Certes, mais cette spiritualité ne prend-elle pas sa source dans l’Évangile, notamment dans les Béatitudes ? Ceux qui ne mettent leur bonheur ni dans l’argent ni dans le plaisir, mais dans la volonté divine, sont riches de joie. L’amour de Jésus informe leurs souffrances, leurs joies, leurs déceptions, leurs succès. Il donne sens à tout. Oui, seul le regard de foi nous permet d’adhérer au plan de Dieu, souvent déconcertant à nos yeux humains. « Tu comprendras plus tard », déclara Jésus à saint Pierre. Nous aussi, c’est souvent « plus tard » que nous apercevons la Sagesse infinie qui nous conduit. Lié aux vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, le contentement s’apprend, il se demande comme une grâce. Avec lui, la vie est tellement plus douce !

Ce fut l’idée maîtresse de Chesterton, ainsi que l’écrivain en témoigne dans son autobiographie : « Je ne dirai pas que c’est la doctrine que j’ai toujours enseignée, mais c’est la doctrine que j’aurais toujours aimé enseigner. Cette idée, c’est d’accepter toutes choses avec gratitude, et non de les tenir pour dues*. »

 Chers amis, ne soyons plus jamais de la confrérie des mécontents. Terminé ! Noël, la merveilleuse fête des cadeaux, approche. N’est-ce pas le moment de sacrifier tout ce qui, en nous, s’oppose à la joie de Dieu ? En la Nuit sainte, notre Père du Ciel nous offrira son Fils unique. Puissions-nous lui donner cette bonne volonté qui met la paix sur la terre, lui disant, avec le Père Bourdaloue : « Seigneur, je ne sais pas si vous êtes content de moi. Mais ce que je puis dire, et je suis heureux d’en donner ici le témoignage public, c’est que moi je suis très content de vous. »

 

*. Gilbert Keith Chaterton, L’homme à la clef d’or, Les Belles Lettres, Paris

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B. « RELIGION » . LE MOINE A-T-IL DES DROITS ?

Posté par papaours le 10 janvier 2018

 

Tiré de « Les amis du Monastère » du 22 septembre 2017, Abbaye Sainte Madeleine, 84330 Le Barroux

 Article de † F. Louis-Marie, O.S.B., abbé

 

Ne cherchez pas dans la Règle l’expression « les droits de l’homme », vous ne la trouverez pas. Les moines n’ont-ils alors aucun droit ? Formulé ainsi, aucun. Si ce n’est peut-être qu’au chapitre sur les choses impossibles il est dit que le moine a le droit de signaler au supérieur que l’ordre donné dépasse ses possibilités.

 Mais pour comprendre la pensée de saint Benoît, la belle harmonie qu’il veut faire régner dans le cloître, prenons quelques exemples. Le moine a-t-il le droit de posséder un crayon, du papier et toute autre chose indispensable à sa vie contemplative ? Il semblerait que oui, car saint Benoît juge ces objets indispensables, mais il ne dit pas explicitement que le moine « a le droit » de les avoir à son usage, il dit que l’abbé « a le devoir » de les donner. Autre exemple : « l’abbé a-t-il le droit d’être obéi par les moines ? » Nulle part dans la Règle vous ne trouverez ce droit exprimé de façon aussi directe. Non, saint Benoît entend simplement que les moines ont le devoir d’obéir à leur supérieur. Les moines ont-ils le droit de garder leur rang en communauté et ont-ils le droit de recevoir la même affection de la part du père Abbé ? Saint Benoît dit non pas cela, mais que le supérieur a le devoir de ne pas troubler l’ordre sans raison et surtout de ne point faire acception des personnes. Saint Benoît insiste donc sur les devoirs mutuels et non sur les droits.

 Cela semble tout à fait égal puisqu’à la fin les moines ont leur crayon, le père abbé est obéi et l’ordre est respecté. Mais ce n’est pas égal du tout, car l’esprit est tout différent et même aux antipodes dans l’une et l’autre formule. L’une, insistant sur les devoirs, favorise la charité, et l’autre, insistant sur les droits, favorise l’égoïsme. C’est finalement la différence entre la cité de Dieu, où l’amour de Dieu et des autres va jusqu’à la haine de soi, et la cité du diable, où l’amour de soi va jusqu’à la haine de Dieu et des autres.

 Et c’est une des raisons pour lesquelles saint Benoît bannit tout murmure en communauté. En effet, les murmures sont souvent dus à la revendication de droits. Déjà, au début de la Règle, il se moque de ces soi-disant moines qui déclarent saint tout ce qu’ils désirent. Le moine ne doit jamais réclamer pour lui quoi que ce soit, ce qui exprime bien que l’âme du moine s’élève vers Dieu en pensant non pas à ses droits mais à ses devoirs. Il en est de même pour les familles. Saint Paul rappelle non les droits des époux mais bien leurs devoirs mutuels et notamment ceux du mari, qui doit se sacrifier pour son épouse. Ainsi pour les relations entre parents et enfants.

 Et cela est valable pour les entreprises. Aux entretiens d’embauche se présentent de jeunes candidats avec sous le bras un dossier contenant leurs innombrables droits : RTT, vacances et autres grandes valeurs républicaines. Et si les actionnaires ne pensent qu’à leurs dividendes, comment ne pas s’étonner du cercle vicieux qui conduit aux conflits ?

 Et nous pouvons l’appliquer à la presse. Si la règle suprême est « le droit de savoir » comment s’étonner de tant de manques au devoir de la charité et au respect de l’honneur de chacun ? Mais le pire est que, depuis la loi permettant l’avortement, qui a évolué en droit fondamental de la femme, l’esprit de la société est passé du droit de l’enfant, qui était finalement le devoir des parents, à un droit à l’enfant. C’est diabolique.

 Mais nous avons l’exemple et la grâce de Jésus-Christ, qui n’a pas réclamé le droit d’être traité en égal de Dieu mais qui a accompli son devoir jusqu’au bout. Imitons-le.

 

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B. « RELIGION » . MGR MICHEL AUPETIT, L’ARCHEVÊQUE DE PARIS

Posté par papaours le 10 janvier 2018

Tiré du FIGARO MAGAZINE, du 29 décembre 2017

 Article de JEAN-MARIE GUÉNOIS

 

Ancien médecin, le nouvel archevêque de Paris aura à faire valoir la position de l’Eglise lors des débats à venir sur la famille ou la bioéthique.

 

Nommé par le pape François, il succédera le 6 janvier prochain, à 66 ans, au cardinal André Vingt-Trois atteint par la limite d’âge (75 ans). À l’archevêché de Paris, il occupera un siège stratégique pour l’Eglise de France.

 

I1 y avait un pape normal, voilà un archevêque de Paris normal. Un homme qui exerça la médecine générale, en cabinet, en banlieue parisienne, pendant onze années, avant de se sentir « appelé par le Seigneur » à l’âge de 39 ans. Michel Aupetit, qui sera installé archevêque de Paris le samedi 6 janvier à 18 h 30 en la cathédrale Notre-Dame de Paris, résista : « Ce fut un combat spirituel ». Il finit par céder. Déjà l’appelle taraudait pendant ses études de médecine.

 

Vocation tardive, il entre donc au séminaire quand le fulgurant cardinal Jean-Marie Lustiger est aux commandes. Il est ordonné prêtre à 44 ans par le cardinal André Vingt-Trois qui le repère aussitôt et dont il devient un proche. Aux derniers jours de son pontificat, Benoît XVI nomme Aupetit évêque de Nanterre en 2013. Le pape François le promeut 141ème évêque de la capitale française, le 7 décembre 2017 Qui est donc cet homme de 66 ans, ayant vécu à Viroflay et Chaville dans une modeste famille – son père, cheminot, n’était pas croyant -, guitariste de talent et sculpteur sur bois ? Qui est ce pasteur toujours souriant, très clair sur les principes catholiques, très déterminé dans l’action, à qui l’Eglise universelle confie la perle des diocèses de France ? Qui est ce spirituel dont l’un des secrets est, à l’image des moines, de pratiquer la prière de nuit ?

 

Les 525 prêtres parisiens n’ont pas leur pareil pour croquer, d’un trait, leurs homologues. Ils le définissent « joyeusement équilibré et loin de toute componction cléricale », ou encore « très jovial, très direct mais très cash ». Mais aussi « médecin, ne transigeant jamais sur la vérité du diagnostic, très méthodique pour trouver une solution pragmatique et efficace ». Un quatrième le voit « parfaitement adapté à la très fluide politique actuelle : le gouvernement aura un interlocuteur en face ».

 

Car après le prophète Lustiger, le sage et avisé gestionnaire Vingt-Trois, la plus lourde responsabilité de l’archevêque de Paris consiste à tenir le rang de l’Eglise catholique de France. Plus qu’un président de la Conférence des évêques, le « Cardinal », comme on dit dans les couloirs pour désigner l’autorité conférée par le siège parisien, assure une forme de stabilité et de continuité symbolique de l’Eglise face aux gouvernements et aux instances nationales. Et, cardinal, Aupetit le deviendra.

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C. « DIVERS ». La fin du travail serait calamiteuse.

Posté par papaours le 2 janvier 2018

Tiré du Figaro du 23 novembre 2017. Chronique de Luc Ferry.

 

A l’encontre de ce que prétendent les théoriciens du revenu universel de base (RUB), le travail n’est pas vraiment une option pour les humains. Bien qu’il soit souvent considéré comme une activité plutôt pénible, la plupart des gens en reconnaissent malgré tout la nécessité,voire l’utilité, non seulement pour « gagner sa vie », mais aussi pour se cultiver, acquérir des savoirs et des savoir-faire, pour se socialiser, entrer en relations avec autrui, bref, pour devenir nous-mêmes plus humains.

 

Par contraste, on admet en général que le chômage est un fléau et qu’un enfant qui ne travaille pas à l’école se retrouvera vite en échec scolaire, ce qui n’est jamais considéré par les parents comme une bonne nouvelle. L’idée d’une humanisation de l’humain par le travail est un thème que Kant, dans ses Réflexions sur l‘éducation, avait déjà développé de manière particulièrement forte, allant jusqu’à faire de nos activités laborieuses un des traits spécifiques de l’humanité par opposition aux animaux. Il en concluait, à mon sens tout à fait à juste titre, qu’il est « de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler. L’homme est le seul animal qui doit travaillerLa question de savoir si le Ciel n’aurait pas pris soin de nous avec plus de bienveillance en nous offrant toutes les choses déjà préparées de telle sorte que nous ne serions pas obligés de travailler doit assurément recevoir une réponse négative : l’homme, en effet, a besoin d’occupations, et même de celles qui supposent une certaine contrainte. C’est donc une idée fausse que de s’imaginer que si Adam et Eve étaient demeurés au Paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants d’Arcadie et contempler la beauté de la nature. L’ennui les eût torturés tout autant que les autres hommes dans une situation semblable. »

Il faut préciser que la valorisation républicaine de l’effort et du travail marque une rupture radicale avec les visions du monde à la fois aristocratiques et eudémonistes (orientées vers le bonheur) qui caractérisaient la pensée antique. Dans l’univers grec, aristocratique par excellence, seuls les esclaves étaient voués à ce malheur qu’est l’obligation de travailler, comme le souligne Arendt dans un texte qui vaut d’être cité tant il fait contraste par rapport à celui de Kant. Les Anciens, écrit-elle, « jugeaient qu’il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile de toutes les occupations qui pourvoyaient aux besoins de la vie ( … ). Travailler, c’était l’asservissement à la nécessité ( … ). L’institution de l’esclavage dans l’Antiquité, au début au moins, ne fut ni un moyen de se procurer de la main d’œuvre à bon marché ni un instrument d’exploitation en vue de faire des bénéfices, mais plutôt une tentative pour éliminer des conditions de vie le travail. Ce que les hommes partagent avec les autres animaux, on ne le considérait pas comme humain. L’animal laborans n’est en effet qu’une espèce, la plus haute si l’on veut, parmi les espèces animales qui peuplent la terre. »

Dans les mondes anciens, donc, l’esclave était à la limite considéré  comme plus proche de l’animal que de l’humain. Où l’on mesure à quel point on est là par avance aux antipodes de la philosophie de Kant, comme de celle des pères fondateurs de notre école républicaine qui fait au contraire du travail la marque même de l’humain, sa différence spécifique d’avec l’animal. Jusqu’à la Révolution française, l’aristocrate se définira volontiers comme celui qui ne va pas perdre sa vie pour la gagner. Pour nous, modernes républicains, c’est tout l’inverse : le travail, pour pénible et à première vue contraire au bonheur qu’il puisse être, est tout sauf une activité animale, tout sauf le signe d’une non-appartenance à l’humanité. Il est non seulement le propre de l’homme, non seulement la condition de sa survie, mais il est aussi celle de son humanisation, car on se cultive en cultivant. Un homme qui ne travaillerait pas ne serait pas seulement un homme pauvre, mais un pauvre homme. Peu importe, dans ces conditions, que le travail soit parfois pénible, car ce qui compte, c’est l’humanisation de l’humain, sa socialisation, la culture de soi qui passe toujours par une somme colossale d’efforts. En d’autres termes, pour un républicain authentique, l’essentiel, c’est la liberté, l’émancipation; l’humanisation de l’humain sous toutes ses formes étant infiniment plus importante que la quête d’un bonheur de toute façon impossible.. En quoi le RUB est bien l’archétype de la fausse bonne idée.

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C. « DIVERS ». LA FRANCE, JEANNE D’ARC ET LUI

Posté par papaours le 29 décembre 2017

 

 Tiré de « Valeurs actuelles » du 7 décembre 2017

Discours de Jean d’Ormesson

 

Le 29 mai 1988, Jean d’Ormesson prononce un discours à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc, à Rouen, pour le 557e anniversaire du supplice de la Pucelle. Une évocation passionnée de la France, de sa patrie chérie.

 

« AUCUN DES MIRACLES QUI, A INTERVALLES RÉGULIERS, ONT SAUVELA PATRIE N’A AUTANT FRAPPÉ LE MONDE D’ÉTONNEMENTET D’ADMIRATION QUE LE MIRACLE DE JEANNE D’ARC. IL Y A DE QUOI:’

 

Toute collectivité, toute famille, toute  nation a besoin de légendes et de mythes. C’est une grande chance quand la légende et l’histoire se recoupent, quand l’histoire est légendaire, quand la légende est historique. Nous avons beaucoup de chance de pouvoir célébrer, une fois de plus, une jeune Française de Lorraine venue mourir à Rouen, il y a un peu plus de cinq siècles, à l’âge de 19 ans.

 

La France est un drôle de pays. Plus qu’aucun autre, elle passe de la grandeur aux périls et des abîmes aux sommets. Elle s’entend à merveille à compromettre, en quelques mois, en quelques semaines, le labeur de plusieurs siècles. Et puis, en quelques mois, en quelques années, elle remonte la pente descendue et se situe à nouveau au premier rang des nations. La fin radieuse du printemps et le début de l’été quarante, que chantait dans les larmes la grande voix d’Aragon, ont vu la France écrasée, détruite comme jamais, rayée de la carte du monde. En moins de cinq ans, grâce aux visions de génie, à la foi, à l’action du général de Gaulle, elle figure à nouveau parmi les nations alliées qui sortent victorieuses de la guerre la plus terrible et la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité.

 

Avant le général de Gaulle, la Convention nationale ou sainte Geneviève, Jeanne Hachette à Beauvais ou le Grand Condé à Rocroi, Clemenceau ou Richelieu, Lazare Carnot ou Philippe Auguste incarnent tour à tour la volonté de la France de se défendre et de subsister. À plusieurs reprises — depuis Clovis ou Charles Martel, depuis Charlemagne ou Hugues Capet jusqu’à la bataille de la Marne et à la libération d’un Paris préservé et intact —, le témoin de notre histoire a le sentiment d’un miracle. L’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, les États-Unis, le Japon sont des puissances mondiales dont le rôle, souvent, l’emporte sur celui de notre pays. La France, et peut-être seule la France, est une personne plutôt qu’un État. Elle est fragile comme une jeune fille, irrésistible comme Chérubin. On l’aime comme une maîtresse, comme un amant, comme un être adoré, dont la santé, parfois, laisse franchement à désirer. On la voit décliner, elle est à la veille de périr. C’est alors que, sous des formes imprévisibles et improbables, se produit le miracle: un général de génie, un politicien au rancart soudain transfiguré, un ambitieux saisi par l’amour de la France, se penchent sur le chevet de la nation moribonde et, à la stupeur de l’univers qui attend son décès, ils la ressuscitent et la remettent sur pied. Aucun des miracles qui, à intervalles réguliers, ont sauvé la patrie n’a autant frappé le monde d’étonnement et d’admiration que le miracle de Jeanne d’Arc.

 

Il y a de quoi. Les bergères qui épousent des princes sont déjà surprenantes. Les bergères qui deviennent chefs de guerre pour mieux sauver l’État sont tellement stupéfiantes que leur seule existence n’a jamais cessé de constituer des énigmes. Qu’une jeune fille, une enfant, du milieu le plus simple, sans éducation ni culture, sans naissance ni relations, veuille aller sauver le roi et entraîner des troupes après avoir entendu des voix qui lui venaient du Ciel, l’affaire est si étrange que tous ses éléments ont pu être contestés. D’autant plus contestés que la tâche de l’esprit critique — et il a bien raison — est de semer le doute. Il s’est attaqué successivement à tout ce qui pouvait apparaître comme le plus assuré. Il a nié l’existence historique de Zoroastre. Il a nié l’existence historique de Jésus. Malgré tant de témoignages si récents et si concordants, il est même allé jusqu’à nier l’existence historique de Napoléon, qui a toutes les caractéristiques d’une figure légendaire née de l’imagination des peuples: né dans une île, mort dans une île, entouré de douze maréchaux, peut-il être autre chose qu’un symbole solaire, une évocation du zodiaque? Il était tout de même aussi difficile de nier la réalité de Jeanne d’Arc que de nier l’existence historique de Napoléon ou de Jésus. Ne pouvant mettre en doute sérieusement sa présence dans l’histoire, les adversaires de Jeanne ont successivement supposé qu’elle était folle ou hystérique, qu’elle était alliée à la maison de France, qu’elle était autre chose que ce qu’elle était: une bergère de Lorraine au secours de son roi.

 

Il y a un autre personnage que Jeanne d’Arc dans la vie de Jeanne d’Arc: c’est la France ou plutôt le roi. Car, pendant de longs siècles, et en vérité jusqu’à la Révolution, la France s’est appelée le roi. Ce roi était, depuis des années, dans une situation désastreuse. La guerre, qui sera de cent ans, n’a cessé de tourner à l’avantage des Anglais. Crécy a été une défaite, Poitiers a été une défaite, Azincourt est une défaite. Après le règne encourageant de Charles V le Sage, qui, appuyé sur Du Guesclin, reconquiert presque tous les territoires conquis par les Anglais, c’est le drame de Charles VI, le roi fou, et de sa terrible épouse, Isabeau de Bavière. Déchiré entre Armagnacs et Bourguignons, le royaume glisse dans l’anarchie jusqu’à ce que le traité de Troyes livre aux Anglais la France presque tout entière et reconnaisse le gendre de Charles VI et d’Isabeau — Henri d’Angleterre   comme régent du royaume et son héritier légitime. Charles VII n’est plus roi que de nom. Il ne règne plus que sur Bourges et la France est perdue. C’est alors que la bergère, comme Henri IV — , comme de Gaulle, comme les généraux de l’an 11, vient sauver la patrie.

 

Ce que fut cette aventure, admirable et sans pareille, aucun de nous ne l’ignore. Le roi était malheureux. La bergère était inspirée. Tout ce que nous savons d’elle, ses démarches, ses attitudes, ses réponses dans l’épreuve donnent le sentiment de l’esprit le plus droit, du caractère le mieux trempé, de l’intelligence la plus vive. À aucun moment, ceux qui l’interrogent et guettent le moindre faux pas ne parviennent à la prendre en défaut. C’est un spectacle étonnant de la voir déjouer tous les pièges et s’avancer du pas le plus égal et toujours le plus ferme. Elle ne cesse de dominer le débat et tout ce qu’elle dit s’écrit d’avance dans le cours de l’histoire.

 

Ce qu’il faut marquer, sans doute, ce sont les paradoxes et les contradictions d’une histoire surhumaine. Au milieu de tant de souverains, de grands seigneurs, de féodaux tout-puissants, de princes de l’Église, de soudards et de capitaines, la plus faible est la plus forte. Et, comme Celui dont sa foi et sa piété se réclamaient plus encore que de son roi, elle trouve son accomplissement dans sa mort et son triomphe dans son échec. C’est parce qu’elle est brûlée vive à Rouen à l’âge de 19 ans que Jeanne d’Arc est immortelle. Imaginez Jeanne d’Arc en train de vieillir à la cour au milieu des intrigues ou en Lorraine sous le poids des honneurs : elle ne serait pas entrée vivante, comme elle l’a fait, dans la légende des siècles et dans la gloire de l’histoire des hommes.

 

La faiblesse qui l’emporte sur la force. La mort qui est le signe du triomphe. Il y a un troisième paradoxe et une troisième contradiction qui est peut-être la clé de Jeanne d’Arc, et en tout cas la marque de sa grandeur. Parce qu’elle est une bergère qui a quitté ses brebis pour les champs de bataille, et parce qu’elle est une femme, et parce qu’elle est encore une enfant, Jeanne d’Arc est la seule figure de victoire qui soit une figure de pitié. Elle est une paysanne, mais le soutien du royaume. Elle est un chef de guerre, mais elle est d’abord une sainte.

 

Peut-être en ai-je dit assez pour montrer que les victoires et la passion de Jeanne d’Arc appar­tiennent au règne du coeur, de la foi, de l’esprit. Le mot qui court tout au long de l’histoire de Jeanne d’Arc, ce n’est pas le mot de puissance, de guerre, de haine, de refus, de rejet — c’est le mot d’amour. Elle ne hait pas les Anglais. Elle est appelée par En-haut pour apporter aux Français la liberté et la paix. Elle ne divise pas. Elle unit. Elle n’appartient à personne. Elle est la sainte de tous. J’imagine qu’elle était aux côtés du communiste fusillé pour la libération de la France comme elle était aux côtés des gentilshommes chrétiens qui se faisaient tuer pour leur Dieu et leur roi aux frontières du royaume. Ne laissons Jeanne d’Arc en otage ni aux uns ni aux autres. Si elle a été brûlée vive à Rouen à l’âge de 19 ans et si ses cendres ont été dispersées dans les eaux, c’était pour que les Français cessent de se diviser entre eux et qu’ils se retrouvent réunis dans l’honneur et dans la grandeur.

 

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C. « DIVERS ». NOTRE ANCETRE LUCY EST MORTE EN TOMBANT D’UN ARBRE

Posté par papaours le 11 décembre 2017

Tiré de La Croix. Martelet

 

Au scanner, le fossile de l’australopithèque montre des traces de fractures, signe d’une chute depuis une grande hauteur.

 

Ce fossile dénommé « Lucy » date de 3,2 millions d’années et est considéré comme appartenant à un espèce à l’origine, ou proche cousine, de la lignée humaine. Des études récentes utilisant des techniques très modernes apportent quelques précisions à son sujet.

 

PALÉONTOLOGIE

 

Lucy, la plus célèbre des ancêtres de l’humanité, n’avait apparemment pas coupé tous les ponts avec ses ancêtres les singes et passait encore du temps à grimper dans les arbres, d’après une étude américaine parue lundi dans la revue britannique Nature. Une pratique qui aurait même provoqué sa mort, à cause d’une chute depuis de hautes branches.

 

La petite australopithèque (1,10 m pour 29 kg) a beau avoir été découverte il y a plus de quarante ans, en 1974 à Hadar en Éthiopie, par une équipe scientifique comptant les Français Maurice Taieb et Yves Coppens, ses ossements ont encore bien des choses à nous apprendre. Et surtout quand on fait appel aux technologies les plus modernes, comme les chercheurs dirigés par l’anthropologue John Kappelman, de l’université du Texas à Austin.

 

Les scientifiques américains ont profité d’un des très rares déplacements du fossile de Lucy, conservé comme un trésor national par le musée d’Addis-Abeba en Éthiopie. De 2007 à 2013, plusieurs grands musées américains ont payé à prix d’or le droit d’exposer les véritables restes, complets à un peu moins de 40 %, de la plus célèbre représentante des Australopithcus afarensis. Lors de son passage à Austin, les chercheurs, avec l’accord d’Addis-Abeba, ont fait passer tous les ossements de Lucy dans un micro-scanner à rayons X, qui permet de détailler en 3D l’intérieur des fossiles avec une résolution bien meilleure que les appareils médicaux. L’opération n’a pris pas moins de 10 jours et a produit 35 000 coupes aux rayons X du squelette. Une précision aidant à faire l’autopsie de l’australopithèque, 3,2 millions d’années après sa mort dans les plaines éthiopiennes. «Lucy est précieuse. Il n’y a qu’une Lucy, et on veut l’étudier aussi bien que possible», explique Richard Ketcham, professeur de géologie à l’université du Texas à Austin et, coauteur de l’étude. «Avec le scanner, on peut voir au cœur des fossiles, les détails et les structures internes dans les os».

 

«Clairement bipède»

 

Et c’est cette approche fine qui a permis aux chercheurs de détecter une fracture inhabituelle dans le fossile. L’extrémité de l’humérus droit (os du haut du bras lié à l’épaule) était cassée, non pas de manière franche et droite comme cela arrive parfois sur les ossements fossilisés, mais avec une série de petites fractures très nettes, accompagnées de fragments et d’échardes d’os encore en place.

 

«C’est une fracture de compression qui se produit quand la main touche le sol après une chute, ce qui projette les éléments de l’épaule les uns contre les autres et produit ce type de signature unique sur, l’humérus», détaille John Kappelman. L’anthropologue américain n’est pas spécialiste de ce type de blessure, mais il a profité de l’expertise du Dr Stephen Pearce, chirurgien orthopédiste à Austin, qui a constaté la blessure sur une reconstruction 3D des ossements de Lucy. Pour compléter ce tableau, les chercheurs ont également détecté d’autres fractures, moins sévères, à l’autre épaule, à la cheville droite, au genou et au bassin du côté gauche. Un tableau clinique concordant avec une chute depuis une grande hauteur, qui aurait pu provoquer des dommages mortels aux organes internes. Lucy serait donc tombée d’une hauteur d’au moins 12 mètres, à presque 60 km/ h. Ses pieds ont dû toucher le sol les premiers, la projetant vers l’avant. Sa blessure à l’humérus montre aussi qu’elle devait être consciente, durant sa chute, et a tenté de se protéger en mettant ses bras vers l’avant.

 

«C’est une étude très intéressante, qui nous apporte un regard nouveau et très convaincant, plus riche que la stricte étude anatomique, sur la vie de Lucy et ses derniers instants», estime Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l’évolution humaine à l’Institut Max Planck à Leipzig et professeur de la chaire internationale de paléoanthropologie au Collège de France. «Surtout cette étude apporte une nouvelle réponse à un vieux débat scientifique qui dure depuis la découverte de Lucy : elle était clairement bipède, mais avait-elle encore un comportement arboricole ? Sa chute d’un arbre nous prouve que c’était probablement, le cas» Même si elle devait trouver la plupart de sa nourriture près du sol, elle devait encore trouver un avantage à grimper, peut-être pour se mettre à l’abri des prédateurs pendant la nuit.

 

«Je me réjouis de cette très belle étude, confie Yves Coppens, qui fut l’un des découvreurs de Lucy en 1974. Les Américains ont fait du beau travail, et j’avoue qu’ils répondent à une question, comment est morte Lucy, à laquelle nous n’avions jamais pensé en l’étudiant il y a quarante ans!» Contre l’avis initial de bien de ses confrères américains, Yves Coppens défend depuis longtemps l’idée que Lucy combinait à la fois la bipédie avec un comportement arboricole. Un compromis pas idéal d’un point de vue anatomique. «Elle marchait moins bien que ceux qui lui ont succédé et devait grimper moins bien que ceux qui la précédaient, et c’est malheureusement peut-être à cause de cela qu’elle est tombée», conclut Yves Coppens. 

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NC. « NON CLASSE ». LA FIN DU TRAVAIL ? UNE ILLUSION

Posté par papaours le 12 novembre 2017

Tiré du Figaro du 14 septembre 2017. Article de Luc Ferry

 

C’est cette illusion, particulièrement funeste parce qu’elle alimente le fantasme de l’allocation universelle, que Nicolas Bouzou, l’économiste le plus brillant de sa génération, dénonce dans son dernier livre, Le travail est l’avenir de l’homme (Éditions de l’Observatoire). Faits et arguments à l’appui, il raconte l’histoire de cette erreur selon laquelle les innovations technologiques détruiraient les emplois sans en recréer d’autres. Elle possède une longue histoire qui remonte à l’Empire romain, se poursuit au Moyen Age, s’amplifie avec la révolution industrielle, la révolte des luddites de 1811, celle des canuts de 1831 et se prolonge aujourd’hui avec celle des taxis ou des hôteliers contre Uber et Airbnb. Chaque fois, on voit les emplois que le progrès détruit, jamais ceux, bien plus nombreux et plus profitables, qu’il recrée selon une logique que Schumpeter avait déjà analysée. Sauf que, ainsi objectent les pessimistes, l’intelligence artificielle (IA) et la robotique viendraient changer la donne et invalider le raisonnement du grand économiste autrichien.

 

Dans un passage particulièrement passionnant de son livre, Bouzou s’attaque à l’objection. Suivant ici les meilleurs spécialistes, il propose de distinguer trois phases d’évolution de L’IA. Entre 2015 et 2025, elle remplacera de nombreuses tâches, non seulement routinières (caissières de supermarché), mais aussi sophistiquées, en médecine, analyse financière, juridique, comptabilité… Le chômage technologique transitoire, celui qui est engendré par l’innovation, sera relativement violent, mais avec une formation professionnelle adaptée et un marché du travail plus flexible, nous pourrions atteindre le plein-emploi si nos politiques comprenaient enfin les enjeux. Entre 2025 et 2050, L’IA pourra remplir des tâches bien plus complexes, y compris celles qui supposent une bonne coordination sensorimotrice (cuisinier, serveur, jardinier, hôtesse de l’air…), ce dont elle était encore incapable au stade précédent. La complémentarité humain/robot restera néanmoins possible, pourvu là encore que nos politiques anticipent ces évolutions. En revanche, si l’on parvenait en 2050 à créer une IA « forte « , c’est-à-dire un humanoïde réellement intelligent, doté d’un cerveau non biologique comparable au nôtre et par conséquent capable de conscience de soi, de pensée (et pas simplement de calcul) et d’émotions, alors là, oui, nous aurions créé une post humanité qui rendrait la nôtre obsolète.

 

Elle remplirait les deux conditions requises pour que la fin du travail devienne réalité : L’IA serait supérieure à nous dans tous les domaines, rien ne la différencierait du cerveau humain, sinon qu’elle serait des milliers de fois supérieure au nôtre et connectée à tous les réseaux. Nous serions alors comme Neandertal face à Cro-Magnon, en voie de disparition, car nous aurions créé une machine darwinienne dont la première préoccupation serait d’éliminer ceux qui peuvent l’éliminer, c’est-à-dire nous. Mais à ce stade, disons-le clairement, la question de la fin du travail serait le cadet de nos soucis. Elon Musk, qui n’est pas le premier venu, y croit dur comme fer, ce pourquoi il vient de créer Neuralink, une entreprise destinée à booster nos malheureux cerveaux afin de les rendre compétitifs face aux progrès de L’IA. Du reste, il n’est pas le seul, Stephen Hawking, Bill Gates, Ray Kurzweil, Laurent Alexandre ou Yann Le Cun par exemple, en sont convaincus eux aussi. Personnellement, j’ai tendance à penser que ce troisième étage de L’IA, contrairement aux deux premiers, relève plus de la science-fiction que de la science, mais qui peut dire où nous conduiront les biotechnologies associées à L’IA dans cinquante ou cent ans ? La vérité, c’est que nul n’en sait rien. Ce qui est certain à tout le moins, c’est que dans quelques décennies, il n’y aura plus de chauffeurs de camions, de bus, de taxis ou de trains, et ce qui est sidérant, c’est que nos politiques ne s’y intéressent toujours pas, qu’ils n’y comprennent à peu près rien, le nez qu’ils ont dans le guidon d’un vélo qui n’a qu’un seul et unique nom : la « com. ».Voilà pourquoi la lecture du livre de Bouzou devrait être obligatoire pour eux, car c’est tout simplement l’avenir de nos enfants qui se joue aujourd’hui. Pendant que la Silicone Valley et l’est de la Chine se dotent des moyens de dominer le monde sans partage, nos élites intellectuelles continuent de s’empêtrer dans des débats du XIXe siècle entre nostalgiques de la « Troisième Rep. », archéomarxistes et ultralibéraux. Consternant !

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